‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 16 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La matière considérée par rapport à l'espace.

J e jette les yeux autour de moi : je vois un globe immense qui me porte et qui me nourrit; je les élève et je découvre des milliers de sphères qui le surpassent en étendue et en masse. Où ma vue ne peut pénétrer, j'en suppose d'autres. Mon imagination supplée à mes organes; après avoir triomphé du télescope lui-même , elJe reste stupéfaite et accablée sous le poids d'une création digne de son auteur. Mais ce qu'il ne m'est pas permis d'énumérer, ce qu'il ne m'est pas seulement donné de conjecturer, est borné par rapport à Dieu. Son œuvre n'est pas pour lui une pensée flottante et incertaine. Il pourroit la doubler, la centupler, mais elle auroit un terme, et l'espace n'en a pas. L'Eternel embrasse l'espace , il embrasse l'immensité des temps , et ce sont les seules infinités que n'exclue pas la sienne. Si l'espace étoit borné , la suprême puissance le seroit aussi. Il faut que l'espace et le temps se donnent la main , et que véritables en fans de l'infini, ils offrent en tous sens à l'Eternel une latitude infinie. Semblables à des licteurs armés de haches , c'est à eux de frayer devant lui la route de l'immensité.

Pour atteindre les objets de toutes formes , compris sous la dénomination générique de matière, continuons à nous entretenir de ces corps imposans qui gravitent sur nos têtes.

Séparés par des distances incommensurables , ils parcourentleurs ellipses sans aucun froissement.

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Il ne résulte de leur~\ieemcnt el de leur rolalion, que lu seule influencé harmonique prévue par l'architecte, et ils ne brillent à nos peux que comme des étincelles jetées çà et là, dans les célestes parvis. 11 dépendait de la main créatrice de les éloigner encore davantage, d'isoler les systèmes et de les repousser dans des profondeurs impénétrables. Alors , ils n'eussent pas été plus apparens pour nous, môme au milieu des ténèbres de la nuit, qu'ils ne le sont présentement en plein jour, à l'heure où le soleil vient transformer en désert et en solitude lumineuse, la vaste étendue des cieux. Comparés à l'espace au milieu duquel ils ont été semés , les astres ne sont donc que des points et des atomes. Moins positifs que le navire et ses passagers errans dans l'immensité des mers , ils sillonnent à peine un océan sans bornes et sans rivages.

Réduisons -les maintenant à leur plus simple expression ; employons à cet effet la puissance fjui les a consolidés; supposons, par exemple, que Dieu fosse cesser tout à coup une des lois donl la combinaison les retient sur la tangente de leur orbite , et que toute la création soit livrée à la force centrifuge : qu'en arrivera- 1- il ? La décomposition desmasses, etleur dispersion dans le vide. Quelles traces y laisseront-elles? aucune , puisque la matière est bornée, et que l'espace est infini.

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