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CHAPITRE III

De la divisibilité admissible de la matière.

JLa divisibilité des corps est indéfinie, mais non infinie. Attaqués dans leurs dernières retraites , réduits après des milliers de dissections qui épuiseroient ia somme de dissections possibles , réduits , dis-ie , à leurs derniers élémens, ils n'offriroient plus que des substances simples. Mais des substances simples ne sauroient tomber sous les sens; la métaphysique seule les réclame, la matière les méconnoît, et le néant les dévore.

Le néant en effet seroit-il autre chose que la fusion de la matière qui est finie clans le vide qui ne le seroit pas? Quoiqu'il en ait fait une fausse application, Pascal étoit fondé à dire que le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant (1). Une heure ajoutée ou retranchée à l'éternité , ne l'accroîtroit , ni ne la réduiroit pas plus que ne le feroit un million de siècles. Par la même raison , si le nombre des systèmes planétaires n'est pas infini

(1) Pensées de Pascal , chap. "VII , pag\ 1 , après ces mots, le même penseur ajoute : « Ainsi notre esprit devant Dieu , « ainsi notre justice devant la justice divine. Il n'y a pas une « si grande disproportion entre l'unité et l'infini , qu'entre « notre justice et celle de Dieu. »

Qui ne voit qu'ici l'application est fautive. Certes mon esprit ne s'anéantit pas devant Dieu , puisque j'ai devant lui une intelligence morale, et l'on peut dire que le magistrat intègre ne prononce sa sentence que sur des principes coordonnés avec ceux qui régissent la justice éternelle. Quand on veut généraliser ses idées, il faut y regarder de plus près.

(el il ne sauroit l'être) , le résultat d'une dispersion possible seroitde leur enlever l'ombre mêmeae l'existence; curie fini, contenu dans l'infini, ne peut marcher paralellement avec celui-ci , que pour s'y perdre et s'y confondre. La divisibilité indéfinie de la matière bien analysée, seroit à peine un être de raison. II est un point où ses particules deviens nent insaisissables même par la pensée. Parvenues là , si on les soumet à une dernière opération, force est que le néant s'en empare.

Un demi - grain d'ocre rouge délayé dans une tonne , devient peu sensible; si on épanche celleci dans le lleuve voisin , on n'y trouvera nul vestige de la substance colorante; quand ce dernier aura abouti à la mer, quels seront les rapports du demigrain d'ocre avec l'océan? Mais l'océan a des limites ; faites-les disparoître seulement par la pensée : que deviendra le demi-grain d'ocre? Nous concevons que dans une mer immense , mais bornée , une molécule de poussière divisée dans des proportions mathématiques , puisse répondre à un certain nombre de molécules aqueuses : mais où trou\er des molécules de matière en rapport avec un espace infini ? Puisque celle-ci est essentiellement bornée , par millions de lieues cubiques du vide qui est sans limites , elle ne rendroit pas un atome.

Sa plus grande atténuation possible et sa dispersion indéfinie, dans l'absolu de l'espace , étant sa condition rigoureuse , on peut dire qu'elle n'appartient réellement à aucune région d'un abîme incommensurable. ÎSégative dans ses parties , elle n'étoit susceptible d'être aperçue que dans son ensemble, ou, pour mieux s'exprimer, dans l'infinité de son contenant; car appliquée aux divisions imaginaires d'un tout représenté par une seule de ses fractions, eïie échappe à la pensée. Or l'e sfkit de Dieu , seul habile

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h embrasser l'immensité de l'espace et l'universinvisiblequiyétoitrenfermé, a pu seulconcevoir la possibilitéde la création. Ainsi la matérialité n'areçu L'être et n'a produit de corps positif qu'à l'époque précise où un grand moteur l'a fixée dans un espace circonscrit. De ce seul moment , elle a vraiment occupé un local ; de ce seul moment, elle a revêtu les qualités avec lesquelles elle apparoît à nos regards ; nous voulons dire l'étendue et l'impénétrabilité. Les propriétés dépendantes de ses affinités et de ses répulsions dérivent de l'acte même qui l'a soumise au mouvement, et qui a dû précéder la formation des corps organiques. Combien de temps les globes, vierges de créatures, ont-ils voyagé en silence dans les plaines célestes , seroit une question difficile à résoudre, si, comme nous serons bientôt dans le cas de l'établir , les premiers attributs de la volonté productrice n'en donnoient la belle solution.

De ce que la matière étoit bornée résulte donc sa nullité d'existence positive. Perdue dans le sein dévorant de l'espace , d'elle-même elle n'eût aspiré à se produire. Fille du néant, elle tend encore à s'v replonger sans cesse ; elle y trouveront à la fois sa tombe et son berceau. C'est dans ce gouffre sans fond qu'il falloit la chercher et qu'en même temps elle sembloit insaisissable : Mais Dieu qui est ici , qui est là, qui est grand devant l'espace même , s'étoit résolu à la poursuivre dans ses retraites les plus sombres et les plus mystérieuses.

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