‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 22 sur 79 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Aperça de I'Ëtre matériel sur notre terre.

L'ordre règne à mes côtés. C'est par une suite de cet ordre que j'existe , que je me conserve , et que je tournis , avec la généralité des êtres , les diverses périodes de ma carrière. Le globe qui me porte est soumis aux mêmes lois ; mais elles ont pour lui une fixité qui peut s'accorder avec une durée au moins indéfinie. Sa révolution autour du soleil est constante. Jamais elle ne s'accélère; jamais elle ne souffre de retards sensibles. Si le soleil planoit un seul jour plus ou moins long-temps que de coutume sur notre horizon , nous l'apprendrions par le sentiment confus des actes ordinaires de la vie, et encore mieux par l'indication des pendules et des horloges dont la concordance deviendroit ici une preuve sans réplique. Le plus obscur faiseur dalmanaehs prédit un an d'avance la minute du lever et du coucher de cet astre , duquel les mouvemens apparens sont si bien réglés, que nous les avons pris pour la mesure la plus certaine de notre propre existence. Mais ces mouvemens ne lui appartiennent pas. La terre les réclame; et s'ils éprouvent jamais une aberration, ce qui ne nous semble pas probable, elle sera insensible et bientôt rectifiée. Par exemple, il seroit permis de présumer qu'après un certain laps d'années, la force d'accélération devenant à propos rétrograde , ou celle-ci reconquérant sa vitesse , rétabliroit le globe dans son ancien équilibre , non que la chose s'opérât par suite d'une direction nouvelle, mais seulement en vertu des lois,

«u INDUCTIONS

qui , depuis le premier des jours , gouvernent Tensemble du système.

Notre terre a pourtant subidcs révolutions. Quelle

qu'en ail été la eause, soil qu'on doive la rapporter à l'approche de quelques-uns de ces grands corps QOi , dans leurs courses excentriques, semblent destinés à un complément de vues, soit qu'un ferment interne ait agité la masse du <^Iobe, ces événemens ont fait partie des desseins éternels. Le plan incliné des roches schisteuses et graniteuses qui terminent les plus hautes montagnes , les bancs de terres calcaires enfouies à des profondeurs énormes, les couches d'humus végétal que surmontent des amas de limon et de productions marines, les sables et les tufs dont ceux-ci sont recouverts , jusqu'à ce que l'on retrouve le sol composé des débris actifs de la végétation et de l'animalisation de nos derniers siècles, établissent la vérité de ces grandes catastrophes sur des fondemens inébranlables. ÎNul ne sera tenté delà révoquer en doute, quand il aura reconnu avec l'un de nos plus illustres naturalistes, que des excavations entreprises dans diverses parties du globe ont été marquées par des découvertes similaires , et ont donné presque généralement les mêmes résultats.

Avant ces révolutions qui ont changé l'aspect de notre planète, et dont elle porte dans ses flancs la profonde empreinte , il paroît que des animaux étrangers à notre zoologie ont existé. Peut-être les autres astres qui circulent autour du même foyer de chaleur, ont subi de semblables résolutions. Fendant ces siècles qui ont roulé sur des siècles , la puissance créatrice sera-t-elle restée sans adorateurs? Essentiellement bonne, n'aura-t-elle pas voulu répandre ses bienfaits dans des cœurs susceptibles d'attachement et de reconnoissance ? Enfin n'aura-

t-elle mis sur la terre, en tête des êtres qui respirent , que ces animaux qui ont survécu aux grandes catastrophes , et ces énormes quadrupèdes dont le savant Cuvier n'a pu découvrir les analogues dans les fouilles, en rapport avec les temps où l'espèce humaine s'est montrée pour la première l'ois? Ce qui est le mieux à présent l'éloit alors. L'être

pensant etmoral est le plus belouvragedel>iEu. Tous les échelons de la création ne sont que des degrés pour arriver là. On peut dire hardiment que, s'il n'y avoit pas de substances intelligentes aptes à s'élever à la contemplation de l'auteur du tout, l'uni- Ters dormiroit encore dans le néant.

Dieu ne ressemble pas à l'artiste qui ne parvient qu'après plusieurs essais à la perfection de son œuvre.

Première cause agissante , il n'a pas eu besoin d'aï tendre l'effet d'une cause agissante.

Il savoit ce qu'il pouvoit demander à la matière, et il l'a obtenu.

Il est donc pi ésumable que dans ces âges enveloppés d'une obscurité sacrée, la terre et les globes contemporains ont été peuplés d'êtres raisonnables. Leur forme ne seroit que le stérile sujet d'une dissertation oiseuse. Etrangères aux nôtres , leurs générations n'ont point laissé d'annales; mais des traditions reçues de tous les peuples admettent l'existence de créatures pensantes soustraites à notre économie. Ces êtres d'une nature épurée , que nous nous représentons planant sur nos tètes, et que la révélation associe plus d'une fois aux projets du Très-Haut , ne seroient-ils pas ceux-là même qui, dans les temps primitifs , ont foulé cette terre où nous attendons aussi l'heure de noire métamorphose? Ne se peut -il pas qu'un jour des savans d'une autre catégorie et d'une autre forme que

Ci INDUCTIONS

ollc qui nous est affectée, en rencontrant la colonne vertébrale de la présente espèce humaine, n'y voient que la charpente d'un animai ignoble; et comme nous cher< hent en vain des hommes , ou leur équivalent , dans ces royaumes sombres d'un ordre de choses qui aura cessé d'être à la surface! de notre planète terraquée ? Le merveilleux travail vasculaire de nos corps aura disparu. Jour nous servir «les expressions pittoresques de l'Ecriture, la chaîne d'argent, symbole <lu système nerveux, sans laisser la plus foible trace , aura été depuis long-temps brisée. Qu'aura donc pour lors de remarquable cette boîte osseuse, où se célèbre, à chaque seconde , l'alliance inconcevable de l'esprit et de la matière , où la nature se peint dans tout son é< !at, et où Dieu trouve un temple qui n'est pas tout-à-fail indigne de sa majesté souveraine?

Si les éludes nouvelles d'anatornie comparée , et les exhumations de fossiles dans les diverses parties du monde, prouvent jusqu'à l'évidence que notre globe a eu diverses époques mémorables et antérieures à celles à laquelle nous rapportons vulgairement son origine , une conjecture non moins fondée , et qui résulte de l'état présent de notre planète, nous conduira à croire qu'une grande alluvion y a tout disposé pour un changement notable de productions et d'habitans. Passant sur les périodes précédentes qu'il a peut-être comprises sous le nom de jours , et qu'eût repoussées l'esprit de son peuple peu versé dans les connoissaneei cosmogoniques, le législateur des Hébreux n'a fait mention que de la dernière catastrophe. Sans doute il s'est cru en droit de regarder comme une création absolue , quant à nous , la grande révolution probablement nécessaire à la suite de laquelle la main du Tout-puissant établit notre espèce ici-bas.

MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. n

La tendance des élémens auxquels a été confié le rôle de la composition et de la décomposition des êtres, comme aujourd'hui, préparoit peut-être la solidification des fluides. Les antiques et immenses dépois de marne , de chaux , de substances calcaires , osseuses , ou testacées , partout répandus , en font foi. Les végétaux fossiles qui occupent des lieues entières de terrain, dans des abîmes où le soleil , à son zénith d'été , ne parviendroit pas, confirment celle vérité. 11 est peut-être renfermé dans les secrets divins ce moment où une autre révolution , devenue également nécessaire , changera les productions et les espèces , tant l'Eternel peut , avec les mêmes matériaux , varier ses plans et diversifier

son œuvre i

Des siècles de végétation et cfanimalisation successivement accumulés , doivent réduire , d'une manière notable , la masse des fluides en circulation. 11 est démontré que ce n'est pas aux dépens des solides que ies végétaux croissent, se développent et acquièrent le volume énorme auquel ils parviennent. La lerre ne leur fournit qu'un point d'appui : si elle est le berceau de ces colosses , ils ne sont , à bien dire , que ies nourrissons vaporeux de l'eau , de l'air , du feu et de la lumière , dont l'empire recule par conséquent chaque jour devant les invasions de la matière consolidée. Des ceps de vigne ont parfaitement végété et porté fruit dans une mousse humide. On a pesé la terre de caisses destinées à recevoir des arbustes qui, sous peu d'années , y ont acquis , en substance ligneuse , le poids d'un quintal , sans un déficit sensible du sol où on les avoit établis.

Oublieroit-on les détritus énormes d'organisation qui s'entassent dans les profondeurs de l'Océan , les pertes de la mer surpasseroient de beaucoup

ses envahissemcns. Il est certain que si elle n'avoit pas souffert de fortes réductions, depuis un laps de trente ou quarante siècles, elle eut de toutes parts débordé ses rivages , en indemnité des amas solides qui se forment dans son sein , et des plages limonrieuses <|ue les alluvions projettent à l'embouchure des fleuves. La situation présente des villes de la Basse-Egypte, ou de leurs ruines, n'est plus en rapport avec leur ancienne distance de la Méditer^ ranée , telle que l'ont fixée J'olybe et Strabon. Celles-ci se trouvent réculées bien plus avant dans les terres. L'Orénoque, le Gange, le KJun et tous les grands fleuves des deux mondes charrienldes sables et des vases qui obstruent leur entrée , jusqu'à ce qu'un fort courant ou une tempête impétueuse en disperse les débris dans les golfes. Il seroit permis de dire avec les poètes que partout Cvbèle poursuit Amphytriteet la resserre dans des bornes plus étroites.

L'atmosphère n'auroit-elle pas supporté des pertes pareilles? Si le mercure avoit été employé depuis plus long-temps aux observations météorologiques, et si l'on avoit dressé des tables exactes des variations qu'il eut éprouvées dans le vide, peut-être seroit-il démontré que la colonne de l'air ambiant est aujourd'hui plus rare qu'elle ne l'étoit autrefois. Nul doute alors qu'on ne fut en droit de rapporter à ce phénomène plusieurs accidens dont les causes échappent maintenant à notre pénétration , tels que l'absence de quelques maladies cutanées , une déclinaison de la force musculaire , une plus grande irritabilité nerveuse , et une réduction de longévité dans l'espèce humaine.

Nous ignorons dans quels réservoirs intarissables le soleil puise les élémens de la lumière et de la chaleur qu'il distribue aux planètes de sa dépen-

dance. Toujours est-il vrai que la noire s'est assimilée une masse de calorique d'autant plus considérable , qu'il existe dans les couches souterraines jadis enlevées à la surface du globe , une quantité prodigieuse de fossiles , de combustibles et de détritus chez lesquels 3a plus légère action de l'air extérieur tend à déveloper le feu qu'ils recèlent.

L'accroissement graduel de la masse des solides et la réduction proporlionelle des fluides ne sont

Jws de vaines hypothèses. Le diamant n'est probablement qu'un amas de fluides condensés. Le feu de réverbère, qui seul pourroit le rendre à sa nature primitive , n'existera jamais , à moins d'une grande révolution dans l'économie actuelle; au contraire, les moyens les plus actifs de solidification se trouvent dans les forces végétante et annualisante. Elles travaillent constamment; elles s'exercent sur presque tout le globe , au sein même de l'air et des eaux. Dès-lors les restitutions opérées par le feu P tel qu'il se manifeste en l'état, atténuent seulement les effets de ces deux forces, mais ne parviendront jamais à rétablir l'équilibre antique de la matière. Des événemens inconnus et diûiciles a préciser , quoique indispensables à la conservation de la vie sur le globe, sont donc ménagés dans l'obscurité des âges , par la sagesse créatrice qui n'aura pas oublié d'assurer la brillante perpétuité de son œuvre.

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