‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 23 sur 79 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Combinaison élémentaire.

J-jes expériences nouvelles et les lumières qui en sont le fruit, ont obligé de bannir du Dictionnaire de la science , l'ancienne classification des élémens , qui tous, à l'exception d'un seul, ne semblent que des composés. Le feu ou le calorique offre des caractères distincts, et il est remarquable que, par cela même , il ne sauroit être soumis à une analyse chimique. En effet , sa tendance à se combiner est telle qu'on ne le rencontre jamais dans un état d'isolement absolu. Il a pourtant de l'étendue puisqu'il dilate les corps, en s'y introduisant; il n'est pas non plus dépourvu de pesanteur , puisqu'il accroît sensiblement leur poids. Toutefois sa combinaison avec l'air pourroit conduire à des inexactitudes dans l'examen de ce dernier effet de sa présence. Sa divisibilité , son extrême fluidité qui produit toutes les autres, ses qualités pénétrantes et sa vertu universellement communicative (si la lumière n'est pas un être à part) nous donnent le droit de le regarder comme le premier et le principal agent de la nature. Seul il sépare , seul par conséquent il réunit les diverses substances en décidant l'action de leur homogénéité et de leurs affinités. Ainsi tel degré de chaleur établit dans un corps la fermentation qui le décompose ; tel autre en le consumant , par l'incinération, rend plus promptemenl à chacun, des élémens ce qui leur appartient ; et un degré plus intense appliqué aux métaux et aux cendres ellesmêmes, en provoque la fusion, c'est-à-dire la plus

grande concentration possible des soiides après leur refroidissement.

La surface de la terre n'est, à bien dire, qu'un moule multiple où les parties de la malière se combinent diversement. Elle sert tour à tour de filtre et de base aux sels , aux huiles , aux vapeurs et au calorique , dans lesquels réside la force essentiellement active.

Après avoir concouru à leur formation, l'air externe se présente comme une sorte de destructeur des êtres organisés qu'il attaque par tous les points et auxquels il livre des assauts d'autant plus terribles, que le mouvement intérieur de vie, ralenti dans son action , offre moins de résistance aux élémens combinés dont il étoit le frein.

L'eau considérée dans sa masse et dans ses effets généraux , intervient en qualité de grand réparateur de la nature. Susceptible de s'unir d'une manière assez intime, même au leu dont elle enveloppe les molécules élémentaires , elle se ressaisit des sels ou des substances oléagineuses qui se volatilisent de toutes parts vers la moyenne région atmosphérique, et les rend au sol par les alluvions ou les pluies , vraies sources de fécondité. La mer elle-même n'est qu'un immense laboratoire dans lequel notre planète a puisé des moyens successifs de restauration ; car les diverses zones terrestres , à différentes époques , paroissent avoir été fertilisées par les ravages reproducteurs de cet élément. Nul doute que la partie du globe ou il règne aujourd'hui, ne renferme une plus grande quantité de principes d'organisation que les régions découvertes.

Les fluides sont expansifs et tendent à l'équilibre de leurs parties. Quand ils sont comprimés , iis finissent toujours par se faire des issues dans lesquelles ils se précipitent avec une violence déterminée

par l'état de pression et de déclivité. Le fleuve resserré dans son lit s'échappe rapidement vers la nier. L'air dilaté souleveroit des montagnes ; raréfié par la chaleur atmosphérique , il s'élance d'une contrée à l'autre et mugit entre les gorges des coteaux; mais il y a ici deux élémens combinés qui , par leur réunion , accroissent l'intensité de leurs forces.

Tous les élémens concourent à la formation des êtres; tous sont constamment dans un état de mélange et d'agitation que régularisent des principes de mouvement dont nous parlerons bientôt; car si les substances se classoient suivant leur pesanteur et leurs affinités spécifiques , le reposde toutes s'ensuivroit ; et avec un repos absolu on ne sauroit imaginer de productions.

Telles qu'elles s'offrent à nos regards , les substances sont donc dans un balancement perpétuel. Sans cesse promenées d'un règne à l'autre, après avoir passé par diverses combinaisons , dont aucune n'est semblable aux précédentes, elles reviennent plus ou moins souvent sur leurs pas, en raison de l'activité du mouvement auquel elles ont été soumises ; car l'être organique ou agrégé de la plus longue durée seroit celui-là même dans lequel cette force d'activité seroit la moins sensible , dès qu'il auroit atteint la perfection de sa texture. Les proportions d'accroissemens et de décadence étant presque toujours les mêmes entre elles, il résulte du principe émis, que le mécanisme, dont le développement s'est opéré avec lenteur, est aussi celui qui donne le moins de prise à la destruction.

La nature emploie sans doute des siècles à former l'or, ou plutôt à rassembler ses particules intégrantes : il lui en faudroit autant pour le décomposer. Les foibles graminées élèvent rapidement

leurs liges dans moins d'un printemps; il suffit d'un automne pour les rendre au sol qui lésa produites. La moticne éphémère est adulte à midi, et le soleil couchant a vu sa décrépitude; tandis que l'éléphant colossal , dont la masse s'est développée par un progrès insensible , salue pendant des décades d'années, l'astre dont la chaleur le vivifie.

L'ensemble élémentaire doit être regardé comme un vaste dépôt où il règne au premier aspect , une sorte de confusion. 11 renferme , à la vérité , des richesses; mais ces richesses eussent été prodiguées en pure perte sans la création des germes qui seuls agrandissent le domaine des êtres réels.

Pourvus déjà de sels , d'arums et de molécules ignées renfermées dans des formes constantes , ils n'attendent que l'impression accélératrice d'un dernier degré de calorique ou de mouvement , pour commencer l'absorption de l'aliment avec lequel leurs alvéoles et leurs tuyaux capillaires ont été mis en rapport.

Plusieurs faits conduisent à regarder le feu comme principe du mouvement organique, tels que la. germination des graines et l'incubation de l'œuf, chez lequel un surcroît de chaleur suffit pour mettre en action les organes. 11 est encore plus sûr que le mouvement développe la chaleur , comme il arrive dans l'estomac où l'absence d'alimens finit par livrer l'animal à un froid mortel , tandis que le travail de la digestion y appelle une sorte de fièvre qui, dans l'exacte vérité, n'est due qu'an développement du calorique contenu dans les matières assimilées. Les pertes du fluide igné se compensent ainsi par des acquêts ; et l'équilibre constant de la force de composition et de décomposition dont les corps annualisés sontie théâtre, y entretient, dans la même mesure, la chaleur naturelle. Sous une zonu glaciale il convient que le mouvement seconde

7o INDUCTIONS

l'effet des alimens. Dans certains cas il y supplée , en forçant les particules innées à se dégager de leurs retraites les plus inaccessibles, et en lesappelantdes exlrémilés an centre de L'organisation , d'où elles se répandent uniformément dans le système vasculaire ; le repos seroit funeste au voyageur enfoncé dans les déserts du Nord. S'il se laisse aller au sommeil , ou s'il s'arrête , il est perdu. S'il marche , il provoque l'expansion du fluide igné que la nature avoit mis chez lui en réserve ; il s'appauvrit , mais il est sauvé. Borné pendant quelques heures au travail de la décomposition , c'est beaucoup qu'il puisse attendre de nouveaux principes de composition. L'état de santé demande que ces deux opérations soient simultanées et proportionnelles. Quand elles diffèrent dans leurs modes, il y a maladie; le maintien de la chaleur veut qu'au moins l'une des deux s'exécute. La dernière a lieu dans les loirs , les marmottes et tous les animaux qui restent engourdis pendant l'hiver. On dit improprement qu'ils se nourrissent d'une partie de leur substance : il seroit plus convenable de remarquer qu'ils s'en réchauffent , car c'est à la faveur de ce mouvement de décomposition que, chez eux, le calorique se dégage et se dilate dans une mesure suffisante à la conservation de la vie.

Soit que les germes , dans leurs particules de feu, contiennent sous des formes oléagineuses , une certaine quantité de mouvement approprié qui, pour entrer en exercice, ne souhaite que la détente d'un ressort quelconque ; soit qu'ils soient des machines organisées , au sein desquelles l'esprit moteur doive s'introduire par un acte fécondant , pour y prendre la direction du mécanisme , nous les regardons comme la merveille de la puissance qui a ordonné aux sphères de rouler dans les cieux.

MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. 7t

Les deux grands moyens sur lesquels Dieu a fondé la perpétuité du mouvement à la surface du globe, et peut-être dans sa profondeur, sont la végétation et l'annualisation.

Les germes ont reçu le dépôt de toutes les deux.

Tout porte à croire que la substance ignée , ce fluide subtil et expansif , seroit , dans ceux-ci , la cause prochaine du mouvement organique , auquel s'adjoindroit, avec certaines conditions, une substance plus pure dans les compositions animées. Mais cet article sera plus amplement traité dans le quatrième et le cinquième livres de cet ouvrage. L'être matériel nous rappelle encore à lui pour quelque temps.

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