CHAPITRE VI
De TIviKE matériel minéral! sa ni.
Jj\ combinaison des liquides et des solides, offre trois résultats principaux. Une simple afiinilé de su bstance semble présider au premier dans toutes les aggrégations pierreuses , terreuses, cristallines et métalliques. Le plan de nos éludes ne nous permet pas de nous étendre sur celte division de la nature qui sert de point d'appui et de base à toutes les autres. Elle constitue la charpente de noire planète. Une immense partie des matériaux qui en dépendent, paroît uniquement réservée à cet emploi de solidité , tandis que celle qui est à la fois plus rapprochée de la surface de la terre, et plus susceptible de se volatiliser, par une transmutation perpétuelle qui n'est pas son ouvrage^ concourt avec les fluides , à l'entretien des corps organiques.
Le règne minéral embrasse tonte la nature. Où il ne domine pas , il s'insinue ; mais il ne travaille en grand que dans l'ombre et le mvslère ; la main qui en a voilé les beautés et qui les a reculées dans des profondeurs impénétrables à l'homme , ( si l'homme pouvoit être arrêté par des obstacles ! ) n'a pas été dirigée par l'intention de nous dérober les vrais trésors de l'existence.
Nous n'examinerons pas combien de temps la nature emploie à condenser un bloc d'albâtre ou une stalactite , ni par quels tamis doivent passe) les sels et les terres qui concourent à leur forma-
tion. La pierre que le riche fait éiinoeler à son doigt, n'est elle-même à nos jeux qu'une agrégation produite par une juxta-position de molécules un peu plus homogènes et plus pressées que les autres. 11 y a lieu de croire que l'action solaire ou une chaleur très-active du sol a décidé le rapprochement de leurs lames. Un feu plus vif les rendroit seul à leur état de liberté ; c'est l'effet de la volatilisation.
Dans le règne minéral tout s'opère par similitude de formes et par attraction. Il n'y a point d'ensemble, point d'unité dans les masses ; leurs parties sont continues , mais ne se lient pas. On y chercheroit en vain une suite ou des anlécédens , un lingot, un cristal , un soufre , ne sont qu'un assemblage dont on peut retrancher, auquel on peut ajouter , sans attaquer , sans accroître des êtres. Les effets les plus remarquables du règne minéral , ne sont que des accidens sans conséquence pour eux-mêmes. Les moindres produits des autres règnes présentent un développement de parties qui se correspondent , qui ont un centre commun d'action , qui se balancent, et qu'une force intérieure fait concourir à une même fin. Voilà pourquoi la plus brillante cristallisation ( l'arbre de Diane , par exemple ) , restera fort au-dessous d'une simple mousse où se manifeste un mouvement organique. L'une n'est qu'un mélange de mercure et d'argent , dans lequel la force d'attraction devient bientôt stationnaire : l'autre est récrie par une force toujours active qui fait parcourir à lètre, les périodes caractéristiques de la vie végétale, avec un ordre résultant de la perfection même des organes par lesquels elle s'exerce.
L'animai privé de vie se putréfie , parce que la cause peut-être immatérielle qui tenoit , chez
lui, les liquides ci !cs solides dans une disposition organique , a cessé d'agir ; Ja pierre et le métal voient tùt ou tard arriver la dispersion de leurs parties , parce qu'un contact parfait n'étant point dans la nature , les molécules les plus similaires des corps composés, éprouvent, dans leur adhésion , un état de gêne qui les rappelle plus ou inoins promptement à l'isolement de leurs parties
intégrantes.
Le fossile n'a pas un autre genre d'existence dans sa niasse cpie dans ses parties élémentaires. Ici les fractions écpiivalent au tout. Le rapport plus ou moins exact de leur forme détermine leur union , comme la pesanteur de leur ensemble. Dans les êtres organisés , les seules espèces sont immortelles , et les individus périssent : dans les substances minérales, la fixité n'appartient qu'aux individus réduits à leurs principes ; car il arrive un point où leurs particules échappent à toutes les attaques. Cet amas de sels qu'un fluide plus ou moins échauffé a mis en dissolution , parce que ]a force qui pénètre est supérieure à celle qui unit, ne cessera pas d'exister dans ses molécules , que nulle puissance n'empèeherad'être identiques. Contemporaines des mondes , elles dureront autant qu'eux ; sans aïeux , elles resteront sans postérité : au contraire, le principe de la vie , par son action constante dans des combinaisons sans terme , animera toute la nature, et en diversifiera les produits sous le voile d'une similitude apparente. Les matériaux mis à sa disposition sont immuables ; mais l'emploi des quantités restant en son pouvoir , le nombre des résultats possibles devient indéfini. Le plus, beau de tous , sans doute , est la transmission de l'existence dans des êtres organisés sur le même modèle. Cette Lrausmission ne pouvant jamais apparç
tenir aux fossiles qui, par suite de leur caractère inerte , tendent à l'isolement de leurs parties constituantes , c'est-à-dire à leur décomposition , la ligne de séparation restera toujours positive entre ce règne et les deux autres divisions du vaste domaine des êtres.