‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 26 sur 79 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De I'Etre matériel végétant.

I iK titre de ce chapitre tient à la chaîne fie nos idées, mais il implique contradiction. S'il est douteux, pour certains esprits, que la matière ait le pouvoir de se combiner dans de simples agrégations, c'est-à-dire, sans une tendance imprimée à chaque instant par la main divine, un sentiment intime nous dit qu'elle ne possède rien en ellemême qui lui permette de végéter. Ce dernier acte, surtout quand on y joint celui de la reproduction , veut une concordance, un agencement et une direction de parties dont le principe a été mis en réserve dans le germe organique fécondé.

Nous avons à parler de la faculté résidante dans une portion de matière organisée , de s'approprier des molécules terreuses, aqueuses et aériformes , des huiles et des alcalis , de la lumière et du calorique , de les élaborer, de les ajouter à sa substance, d'accroître celle-ci sans perte de l'identité, de se reproduire, et, après avoir parcouru une progression ascendante et descendante , de rendre à l'universalité des élémens ce qu'elle en a reçu et ce qu'elle n'est plus habile à conserver, depuis la suspension du mouvement intérieur.

Cette faculté ne peut être autre chose que la vie.

Nous voilà donc arrivés au parvis du temple ; ce qui, jusqu'à présent, dans ce troisième livre , a fixé nos regards , ne sauroit être comparé qu'au terrain sur lequel de belles routes auroient été tracées.

Quoiqu'il ne nous soit encore donné que d'entrevoir le sanctuaire , c'est avec un sentiment de respect que nous allons porter nos pas sous le péristyle. Tout y est plein déjà de l'auguste présence de la Divinité.

Les plantes vivent. Leurs assimilations, improprement nommées intus-susceptions , leurs sécrétions, le mouvement qui se manifeste en elles , leurs progrès , leurs fleurs, leurs germes , leur décrépitude, sont des actes d'une existence active aussi-bien consconstatée que la nôtre.

Mais qu'est-ce que la vie elle-même?

Nous ne l'examinerons présentement que dans ce qu'elle a de commun avec l'être végétant et l'être animé. Tout en nous efforçant de saisir les rapports, nous insisterons sur les différences dont se sont moins occupés les écrivains qui nous précédèrent dans la carrière de l'observation. En effet, là où la nature paroit le plus avoir contrasté ses ouvrages, l'esprit humain, dans son amour-propre, sera toujours flatté d'exagérer ou d'imaginer des similitudes. La manie des oppositions peu fondées provient sûrement de la même source.

Avare de causes, Dieu, qui est la première des causes, est prodigue des effets. Ceux-ci, en s'éloignant de la branche principale d'où ils sortent, deviennent causes à leur tour. C'est ainsi que se crée un ensemble.

Il seroit possible que le principe qui préside à l'agrégation des substances minéralisées , au développement et à l'accroissement des graines végétales et à la nutrition des animaux , quant au rapprochement des molécules intégrantes des corps , fut le même dans des degrés diffère ns ; bien entendu que dans ces deux dernières classes d'êtres ,

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il opérât sur des germes déjà disposés à sa présence , et chez Lesquels il se transformeroit en force

vitale. .11

Son action nous échappe en partie dans les concrétions pierreuses ou cristallines ; mais les rapports qui existent entre les plantes et les animaux sont plus apparens. On découvre chez celles-ci, comme chez ceux-là , des veines , des artères , des libres , des sucs, une transpiration , des momens d'activité accélérée , d'autres de repos , et enfin des organes de reproduction dont les procédés

diffèrent peu ,

Nous ne comparerons pas toutefois la sève ascendante et descendante à la circulation du san^ qui a presque toujours son mobile au centre de l'animal, tandis que dans la plante l'impulsion part des deux extrémités. C'est là que le travail a lieu avec une sorte de discernement et avec une telle activité , que la colonne arborée , comparativement au feuillage et aux racines , ne sembleroit être qu'un tube conducteur , dans lequel les fluides , à 1 instar de quelques eaux connues, déposeroient lents molécules les plus condensées, et dirigeraient les autres vers les feuilles , dont le principal emploi est d'éduquer les boutons, douce espérance du fruit et d'un nouvel ombrage.

L'assimilation du chyle aura donc des caractères particuliers dans les Végétaux , où le canal défèrent, à la fois tube intestinal et artère, est le principal organe de la circulation de la sève. Elle aura encore pour résultat d'incorporer au tissu la portion du liquide en mouvement la plus susceptible d'être solidifiée, et d'en dégager les parties les pms volatiles, tandis que l'effet contraire se remarque dans les produits de l'animalisation. Il est vrai que les sécrétions doivent différer comme les alimens.

L'exiguité des tuyaux capillaires de la plante ne sauroit se prêter à une nourriture trop compacte. Incapables de trituration et d'élaboration , ils en sont indemnisés par leur aptitude à s'incorporer les élémens et les gaz qui s'élèvent dans la moyenne région atmosphérique , au sein de laquelle nage leur verte chevelure. Ils les combinent en eux-mêmes , et après les avoir condensés, ils les fixent, sous diverses formes, dans leurs couches ligneuses, où l'analyse nous les l'ait découvrir en l'état de substance mixte. La {bible réduction que souffre le sol qui a nourri des arbres de première classe , les gains même qu'il fait après quelques siècles d'abandon sous forêt , viennent à l'appui des conséquences que l'on se croit fondé à tirer présentement de cette partie de la physique végétale.

La feuille , ce moyen essentiel de végétation , est enlevée chaque année dans la plupart des sujets, et , dans presque tous les autres , après que le rameau a pris une consistance ligneuse. Il est rare , au contraire , que l'animal perde un seul de ses organes essentiels ; car le poil et les plumes se renouvellent bien dans la saison de la mue , mais sous le rapport de l'importance , leurs fonctions ne sauroient être mises en parallèle avec celles dont s'acquittent les feuilles. Ces dernières , en même temps, vrais siphons , magasins, abris et émonctoires de la plante , se chargent en outre d'aller à la recherche de la nourriture aérienne qui, comme nous l'avons observé , est la plus appropriée à ses besoins. Par un côté de leurs surfaces , elles soutirent, elles pompent; par l'autre elies sécrètent et perdent. La main qui les arrache oblige l'arbrisseau à un nouvel effort, le jette souvent dans un état de langueur , et quelquefois le tue.

Quant aux poils et aux plumes , la nature les a

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distribués comme des manteaux eu des véhicules aux hôtes des bois et des airs. Elle n'en a pas lait dépendre directement l'action delà vie. Ils ne sont, pour s'exprimer sans une rigoureuse exactitude, que des productions végétales implantées sur l'individu , et qui vivent aux dépens de la matière animaliséc. Ea même définition peut s'appliquer aux substances cornées et à toutes celles de celle espère dont on extrait de la gélatine. Alors ccilc-ci devient la sève propre de ces plantes d'un ordre particulier.

C'est ici le cas de remarquer que le règne minéral donne des matériaux aux autres règnes, mais ne présente en lui-même aucun de leurs beaux produits; que le règne végétal abonde en concrétions ^ et que le règne animal renferme à la fois des concrétions et des substances végétantes. La nature entière s'y retrouve comme dans un riche tableau.

Le sommeil nocturne des plantes a fixé l'attention du sage d'Upsal : son horloge de Flore est calculée sur les observations qu'il a faites dans un jardin botanique. Mais le resserrement ou l'expansion des corolles , le rapprochement des feuilles , la roideur des tiges sont-ils bien des signes de sommeil dans les végétaux ? Nous en doutons , puisque le travail de la circulation est plus actif que jamais pendant cette apparence de repos. On objectera que chez l'animal , le sommeil n'interrompt pas davantage la circulation : aussi , dans ce dernier, nous n'admettrons jamais un véritable sommeil du système organique ou de la force qui le fait mouvoir. Le système nerveux seul, sans être entièrement privé d'activité , jouit d'un calme qui lui permet de réparer ses pertes. 11 falloit suspendre l'action musculaire qui consomme une quantité prodigieuse d'esprits : et la nature toujours attentive à conserver

son ouvrage , par une sorte d'enchantement , enlève à l'individu sa faculté loco-motive qui mettait toutes les autres en exercice. Le plus grand nombre des facultés intellectuelles reste encore éveillé. La compression de la pulpe cérébrale semble atiaaii^r le seul organe du jugement, dont les sens extérieurs ne peuvent plus rectifier les aperçus. A quelques égards ^ la volonté veille encore, mais d'une manière imparfaite ; et l'ébranlement ralenti des fibrilles nerveuses , ne va guère jusqu'à interrompre le repos del'aninal, si ce n'est dans les songes, où la vivacité de l'image, par sa forte secousse, dissipe l'assoupissement.

Nous sommes d'autant plus fondés à refuser aux. végétaux le sommeil nocture, que les signes par lesquels il est simulé, ne sont que de simples effets extérieurs résultant de l'absence de la lumière. En mille façons on provoque le réveil d'un animal pendant les ténèbres : nous voudrions bien connoître si le prétendu sommeil des plantes pourroit être chassé par un autre moyen que le retour même du soleil.

11 faut convenir que cette période de l'année , à juste titre nommée saison morte, semble plonger les plantes dans un véritable engourdissement. Aous allons plus loin , nous croyons que , pendant un hiver glacial, il y a chez plusieurs cessation absolue de mouvement organique. Une léthargie seroit d'un moindre effet , car cet état , pour l'animal qui en est frappé, n'entraîne pas la suspension de toutes les puissances actives , sans quoi la mort auroit lieu à l'instant même. Ce que nous avançons est si vrai , que ce sommeil supposé de l'hiver n'est poinL permis à certaines plantes dont la disposition fibreuse et corticale exnre des abris contre les frimas. Quant aux autres, la solidité et l'enduit du mécanisme

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suffisent pour préserver leurs organes des atteintes a'un froid Je 18 degrés. Vous diriez une pompe foulante et aspirante, dont les canaux sont soigneusement entrenus pendant qu'on en interrompt l'usage. La mousse mise au sec dans un tiroir conserveroit pendant des siècles sa faculté végétative. Si elle sommeilloit, ce seroit l'Epiménide des végétaux. Mais il n'en est rien. Ici la vie s'est retirée , sauf a reparoître avec certaines conditions.

Quand l'hiver n'est point trop rigoureux , la végétation est en pleine activité dans les racines , et elle ne fait de progrès , en commençant par les rameaux inférieurs, que lorsque la chaleur atmosphérique, après avoir raréfié l'air , transforme en siphons les canaux déférens.

On s'est demandé si les plantes sont douées de sentiment : nous pencherions pour l'affirmative , pourvu qu'il nous fût permis de les comparer a un être sans conscience des actes par lesquels il exerceroit ses facultés. C'est dans ce sens que nous consentirions à les regarder , avec Anstote , comme des animaux enracinés , sans que l'animal nous sein- Mât jamais une plante ambulante; car il seroit m-

a plua

brusqué dans la nature , et qu elle s est partout ménagé des passages : mais encore , sont-ce des passades ? Au reste , prétendroit-on établir un parallèle en°tre l'huître et la sensitive , nous croirions que la balance des sensations pencheroit en faveur de la première , de même que la structure de la truite ou de la plante la plus obscure de la cryptogamie , méritera plus notre attention que l'amiante ou le

madrépore. , , .

Un arbrisseau mutile, ou arrache a la terre qui

Je vit naître , souffre et dépérit sans éprouver le sentiment du mal physique : l'animal blessé souffre , en éprouve le sentiment , cherche à écarter la douleur, et lutte puissamment contre la destruction. Une lésion organique peut bien jeter un être vivant dans un état de langueur; un besoin essentiel satisfait, ou un aliment approprié peuvent également l'établir dans une situation prospère; mais l'un et l'autre , pour être sentis, veulent un système nerveux. Les plantes le possèdent-elles? La nature , en le leur accordant , ne se seroit-elle pas constituée dans une dépense superflue? Si elle les en a gratifiées, où en est le point centra!, hors lequel il n'y aura pas plus de réaction intérieure que de personnalité? Sans être taxé de témérité, l'on peut dire que dans la grande échelle de la création , les partages sont inégaux. La sensibilité de voit rester étrangère aux plantes. Elle a été portée plus loin , et se montre avec un tout autre appareil.

Nous ne contesterons pas toutefois aux végétaux la vie pure et simple que nous leur avons reconnue, et nous en trouverons les caractères incontestables dans leur naissance , dans leur développement , leurs moyens de reproduction , et même leur mort, qui vont devenir les objets de notre examen.

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