‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 27 sur 79 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'Jvir.r. matériel végétant dans les deux principaux organe* de bon accroissement.

JJu réceptacle où elle a été fécondée , une graine tombe en terre , pareille à l'enfant qui échappe à la matrice. Une fermentation , provoquée par une chaleur humide , met en mouvement toutes ses parties. Les lobes des cotylédons se gonflent ; l'enveloppe se déchire ; la radicule s'enfonce , et cherche autant un point d'appui qu'une nourriture ; car les lobes , semblables à des mamelles , fournissent d'abord celle-ci dans une quantité suffisante aux besoins ; la tige naissante se redresse ; elle appète le contact de l'air au milieu duquel elle est destinée à croître, et la vie végétale s'établit dans un système d'organes dont le jeu la porte à sa perfection. Bientôt la racine, comme une pompe aspirante, attire les fluides nourriciers et les approprie à l'organisation avec laquelle ses suçoirs ont été mis en rapport. Ce n'est pas une simple aspiration qui s'opère dans cette partie ; c'est un vrai travail chimique. Souvent les sucs j prennent la qualité qu'ils doivent conserver dans le corps de la tige. Les racines des tithymales, des garances des chélidoines , des betteraves , sont imprégnées déjà des mêmes substances colorantes que leurs lujauxcapillaires vont conduire jusqu'à l'extrémité des fanes.

Douée éminemment d'une force végétative, la racine ne tarde pas à se créer des auxiliaires ; car l'intérieur du sol renferme un ordre de ramifications imiîatif de celui qui se balance à sa surface.

On seroit tenté de distinguer deux plantes dans le même sujet : l'une destinée à l'étiolement , aux ténèbres , et à une nourriture solide qu'elle conquiert à force de peines; l'autre amie des vapeurs des a!imens légers , d'un jour pur et lumineux ; véritables enfans de Léda, qui se partageroient le ciel et les enfers.

Mais ici ces deux êtres , également nécessaires l'un à l'autre, contractent une sorte de solidarité, ou plutôt ils confondent leur exislence ; car la racine privée de la tige en forme bientôt une nouvelle , ou périt ; la tige sevrée de ses racines , en élance d'autres de son collet; ou en se desséchant elle perd avec la vie son droit à la végétation.

Voilà donc deux organes principaux qui constituent presque toute plante connue, et qui euxmêmes en renferment un nombre assez étendu dont la connoissance est l'objet d'une étude particulière.

On ne possède encore rien de précis sur la structure des boutons des racines. Il est probable qu'ils restent cachés sous l'écorce, jusqu'à ce que leur développement les transforme en légères protubérances , d'où sortent des chevelus. Quant aux suçoirs , ils tiennent lieu de feuilles dans cette partie , et s'acquittent, à beaucoup d'égards, des mêmes fonctions. On pourroit présumer que les uns trans~ mettroient la sève ascendante, et les autres la sève descendante. Quoi qu'il en soit, une correspondance réelle s'établit entre les deux extrémités de l'individu. Le mouvement qui monte de l'extrémité intérieure vers les branches terminales , par sa forte impulsion , y provoque l'épanouissement des germes. Le même service seroit-il rendu en sens inverse , par le mouvement qui se propageroit du feuillage aux racines? Nous aurions lieu de le croire.

puisque la renaissance de celles-ci, après leur amputation, se l'ail sur les bourgeons mucilagïneux que la sève descendante produit dans la section circulaire de l'écorce, tandis que les boutons , chargés du dépôt des branches et des feuilles , tiennent au corps ligneux par un pcduncule très-distinct , dont la perle décide celle de la greffe dans l'insertion corticale.

Chez plusieurs plantes des germes de racines apparoissent sur les rameaux , et des germes de rameaux sur les racines, comme il est prouvé par diverses expériences : attribuera-t-on ces jets organiques à un dépôt primitif caché sous les écorces , ou à une force vive de la nature qui , dans certaines circonstances favorables , se manifesteroit suivant les besoins? Peut-être notre chapitre onzième du présent livre sera de quelque secours dans l'examen de cette importante question.

Si la racine s'accroît quelque temps après avoir perdu sa tige , et si la tige , réduite à elle-même , conserve une certaine énergie d'expansion , on ne doit attribuer ces restes d'existence végétale qu'à une quantité quelconque de sucs élaborés déjà par les parties retranchées, et qui , restés dans la circulation , fournissent au développement des organes respectifs.

11 est extrêmement rare de rencontrer des racines volumineuses sans qu'elles soient surmontées d'un pampre verdoyant ; et il est également peu commun de voir un riche feuillage s'épanouir sur des racines sans vigueur. Il y a des exceptions à faire , nous en convenons : mais l'on remarquera quelles embrassent principalement , dans la première classe , les plantes légumineuses ou tuberculées qui s'assimilent une partie du principe terreux , et dans la seconde , les plantes grasses qui se

nourrissent par leurs fanes et par leurs aspirations aériennes. Les feuilles de cette dernière section deviennent de véritables racines pour lesquelles l'atmosphère se transforme en terrain généreux.

La racine étant presque toujours dérobée aux regards, on peut dire que le feuillage donne seul un caractère à la plante. Il croît avec elle ; il la dirige dans les airs où il protège de son abri les tendres rameaux. Chargé de fonctions absorbantes et secrétoires , il est à la fois le pourvoyeur et l'ornement de la tige à laquelle il communique son balancement onduleux. Aussi quelle prévoyance dans le bouton qui le contient !

Celui-ci formé dans l'aisselle d'une feuille qui le nourrit et l'enveloppe de son pétiole , ne présente d'abord qu'un point presque imperceptible. 11 croît graduellement et se montre d'une manière plus distincte aux approches de l'hiver, époque à laquelle les frimas lui enlèvent sa protectrice. Mais si ce secours lui manque , c'est qu'il est déjà pourvu des pellicules et des gommes sous lesquelles il peut braver impunément la rude saison. C'est donc dans cet espace étroit , que , plies selon leurs formes, les divers feuillages attendent le printemps. A peine le soleil de mars a réchauffé la terre , qu'on les voit, de toutes paris, abandonner, déchirer , ou chasser les tuniques qui leur ont servi de berceau. Les arbres se coiffenl de vertes chevelures sous lesquel'es leurs frouis cannelés se rajeunissent. Variées dans leur port comme dans leurs teintes , elles se groupent, se divisent, s'étalent ou flottent avec grâces. Tantôt agréables pendentifs , elles s'arquenl et retombent en guirlandes; tantôt moins modestes . elles s'élèvent à la manière de faisceaux, de gerbes ou d'obélisques. Ici c'est une flèche que l'on décoche ; là c'est une touffe azurée

oo INDUCTIONS

qui se marie élégamment à l'horizon. Des feuilles innombrables se sont tout à coup étendues dans les airs , pareilles à l'épée c|ui sort du fpurreau , à l'évantail que l'on déplisse , ou à la pièce d'étoffe que Ton déroule. Jeu de jours viennnent de s'écouler , et les bosquets se sont si bien enlacés , l'ombre s'est tellement épaissie , que l'on seroit tenté de se demander où donc avoient été mises en réserve c< s riches et fraîches tentures, dont s'est paré dans un instant le séjour de la race humaine?

Le bouton à fruit, plus précieux et plus délicat que celui qui rènfermoit le feuillage , méritoit aussi plus d'attention : au lieu d'une nourrice, la nature lui en accorde trois ou quatre et quelquefois davantage. Dans les jours d'automne, cette escorte jaunit, se détache et semble laisser le bouton sans défense ; mais un coup d'ceil nous apprendra que ces iîdèles serviteurs n'abandonnent l'enfant qui leur a été confié, qu'après l'avoir entouré des coiffes, des bourres, des sucs visqueux, des écailles propres à garantir son existence contre les nuits glaciales de l'hiver. Ainsi l'observateur reconnoîtra avec admiration que les arbustes qui ne portent de fruit que sur le bois de deux et trois ans , ont d'adord le principe de leurs fleurs contenu dans un bouton qu'une simple feuille nourrit et abrite de son pétiole; que l'année suivante, sa maison devient plus nombreuse, et qu'à mesure qu'il approche du grand mvstère de la fécondation , la nourriture et les soins sont proportionnés à ses progrès et à son importance.

Ii nous reste à dire que l'art qui veille à la conservation des feuilles, après leur épanouissement, n'est pas moins admirable que l'art qui les produit. Elles ont pour principe des nervures qui, passant par le pétiole , dont elles ne sont peut-être qu'une ex-

pansion , forment ensuite un tissu cellulaire. Ces nervures, comme pièce essentielle , sont placées au revers de la feuille , où elles se trouvent à l'abri des gelées, ainsi que de toute chaleur trop vive qui pourroitles racornir. Leurs libres , après avoir parcouru le parenehime dans sa longueur, par leurs ramifications alternes et décroissantes , distribuent la nourriture à tout le tissu ; le réseau se prolonge jusqu'aux limbes, où pareil au fil échappé de la navette du tisserand , il se recourbe sur lui-même pour en assujettir le contour. Les interstices de cette charpente sont occupés par les principaux organes d'absorption et de sécrétion, tels que les pores du disque inférieur , les trompes aspirantes, les utricules et les vésicules , qui remplissent, a beaucoup d'égards, des fonctions stomachiques et pulmonaires.

Après avoir donné notre attention aux racines et aux feuilles, sans nous arrêter au mystère de l'accroissement de la fibre ligneuse , mystère qui tient sans doute à la formation delà fibre osseuse, nous allons admirer la fécondité avec laquelle le règne végétal comble, chaque année, le vide immense qui survient dans sa population.

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