‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 28 sur 79 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De I'Etre matériel végétant dans ses organes Je reproduction.

Chaque rameau est une plante; chaque feuille même est un végétal, et peut former un tout organique , où la vie aura encore ses caractères distincts. Cette divisibilité d'un être, dont les divers fragmens deviennent à leur tour des individus en possession des mêmes qualités remarquées dans l'ensemble, est commune aux polypes , classe d'animaux peu connue avant les découvertes d'Abraham Tremble y.

Mais ce n'est pas là le grand moyen } le moyen presque universel employé par la nature pour la reproduction des végétaux. 11 est permis à l'art de trouver une ressource dans les greffes, les boutures , les drageons , les marcottes ou les provins , et d'abréger ainsi l'enfance d'un arbuste utile ou même d'une plante herbacée. La nature suit une autre marche. Elle ne morcelé pas ses ouvrages; elle n'emploie guère des fractions pour constituer des touts. Un travail sur nouveaux frais est celui qui lui coûte le moins. Dans sa richesse inépuisable, elle répand les germes à profusion, et, pour qu'ils soient absolument conformes au type primordial, par une succession non interrompue, elle les fait naître de ceux-là même qui les premiers sont sortis de sa main toute-puissante.

L'hermaphroditisme devoit être accordé à des êtres qui voient toutes les scènes de leur existence s'accumuler, dans le local étroit où la première de toutes a mis en mouvement le mécanisme de leur

MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. g3

organisation. Aussi cette classe comprend-elle ie plus grand nombre des végétaux. Quelques-uns sont androgynes , ce qui les rend également habiles à se suffire à eux-mêmes dans l'acte reproducteur; il en est peu de réduits à un sexe, et ceux-là sont encore destinés à vivre dans le voisinage d'individus qui possèdent le sexe correspondant. Alors les noces se font par entremise. L'haleine des vents et le toi rapide des oiseaux, favorisent un rapprochement auquel les distances sembloient mettre obstacle. Le pillage des insectes ailés lui prête encore son minislère. Convives reconnoissans , ils se chargent de négocier l'union de l'hôte qui leur a permis ce s'asseoir à sa table.

Mais voilà le moment où la nature soigneuse d'immortaliser ses ouvrages, va prodiguer les miracles. Le soleil moins oblique fait monter dans les végétaux une sève plus riche. Tout se rapproche, tout pullule à la surface du globe. Puisque les quadrupèdes , les insectes et les reptiles sur la terre, les oiseaux sous lafeuillée préludent parleurs amours à l'accroissement des espèces animées; puisque de nouveaux consommateurs sont à la veille de paroître , il faut que le règne végétal, obéissant aux mêmes lois, répare les pertes qu'il a faites. Des noces charmantes s'apprêtent donc dans les bocages et les vallons , sur les montagnes et les coteaux. Les fleurs se montrent accompagnées d'une tendre verdure qui en relève l'éclat. Semblable à une colonne légère, à celle-là par exemple qui portoit le lit d'Ulysse, leur péduncule soutient la couche nuptiale. Une brillante corolle lui donne ses rideaux de couleurs vierges ou agréablement mélangées , et l'aurore, de ses doigts de rose, y a versé ses plus pures essences. C'est dans cet asile mystérieux que va se célébrer l'hyménée des plantes ; c'est là

que va se dessiner l'image du plaisir, ee doux et fugitif ébranlement de l'être appelé par la bonté conservatrice à sa propre reproduction.

Aussitôt que le bouton générateur est prêt à s'entrouvrir, loul ce qui l'approche semble chargé de veiller sur son sort. Ses parties essentielles sont protégées par un cercle de pétales que le calice soutient a l'instar d'un rem paît deverl gazon. Comme ils ont quelque analogie avec les feuilles dont ils étoient entourés dans Je bouton, ils rendent au germe les services qu'elles leur ont prêtés. Leur forme légèrement concave réfléchit les rayons du soleil sur les époux placés à leur centre. Serrés autour des anthères et du stigmate , ainsi que des matrones discrètes, ils favorisent leur approche, et souvent celui-ci a besoin de leurs soins olhcieux pour s'imprégner de la poussière précieuse à laquelle il va devoir sa fécondité. Dès que l'acte qui assure cette dernière est consommé, ils s'éloignent, l'air se parfume, le rideau s'ouvre, et laisse la couche exposée aux regards.

Lorsque le fruit est d'une nature tendre et délicate, les pétales sont plantés au-dessous de l'enibrion , afin de lui servir de manteau ; mais est-il assez compact pour résister à l'impression des nuits encore froides , rassurés sur son sort, ils le surmontent, ne devant pas lui prêter un secours inutile. Le même motif les détache après la fécondation du germe, car une corolle épanouie est bien près de son déclin.

Promenades délicieuses , découvertes plus ravissantes encore , vous avez donc commencé pour l'observateur ami de la nature ! Déjà les collines fleuries et les vallons veloutés ont étalé leurs charmes à son approche. La montagne, elle-même, du sein de la roche buissonneuse, a fait briller à se*

yeux la ti^e pourprée qui, plus innocente que 1< ■> trophées de Miltiade , a si souvent troublé son soi: tneil ! Pareilles à la jeune mariée lasse de refuser et cpii laisse enfin l'œil et la main errer sur de voluptueux trésors , les fleurs viennent presque s'offrir à ses poursuites. L'arbre qui protège sa tète contre les feux du soleil, fournit un aliment à ses doctes méditations; la plante plus modeste qui se fait chercher et découvrir par son parfum, lui révèle des miracles auxquels il étoit loin de s'attendre. Ilassis'e à la fêle de la nature et à l'hvménée des êtres. La loupe à la main , il a pénétré sous les lambris les plus reculés du toit maternel. Il distingue, dans la pariétaire, les transports impulsifs d'un amant vers sa compagne ; dans le lis l'inclinaison amoureuse d'une épouse qui, oubliant sa pudeur, va chercher les baisers embaumés de son époux; la mauve lui offre un cercle de prétendans mieux traités que ceux de Pénélope, et la pervenche, consacrée par les souvenirs d'un grand peintre, lui a présenté le symbole de l'union la plus étroite.

Bosquets , épaisissez vos feuillages autour de lui ! roches garnies de chèvre-feuilles aux trompes odoriférantes, dérobez-le à tous les regards , quand il est admis à vos mystères ! qu'il se garde lui-même de les violer, en les exposant à des yeux profanes î Si , dans ses courses agrestes, il lui arrive de tenir sous son bras , le bras de sa jeune amie; si des lèvres ingénues viennent à l'interroger sur les merveilles qui le retiennent penché vers la plante encore humide de la rosée du matin , qu'il n'appelle pas sur le front de sa compagne une rougeur plus vive que celle des nuages empourprés par le soleil couchant , et qu'il réserve au moins pour le lit nuptial, ces secrets du lit nuptial de la nature !

Nous ne saurions oublier que les Heurs, qui ne

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