‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 29 sur 79 · G INDUCTIONS · texte numérisé non relu

G INDUCTIONS

seml)lcnt exister que pour le plaisir de la vue ou pour celui <!<.' L'odorat, ne portent pas ordinairement de fruit. Elles se sont acquittées de leur dette en nous livrant Jeur encens et leur émail. Faciles à détacher de leurs tiges , elles se trouvent partout sous nos pas ou à la hauteur de notre main. Au contraire, les fleurs des plantes légumineuses et celles des arbres fruitiers sont généralement inodores , ou de fortes agrégations nous rendent seules leurs esprits sensibles. Dépourvues de longs pétioles , elles sont de courte durée. Entre toutes , leurs formes sont les moins gracieuses; car il n'entre dans la composition de leurs corolles qu'un petit nombre de pétales sur lesquels encore le pinceau de la nature ne semble s'être promené qu'avec négligence. On diroit qu'elle n'emploie à cet usage que les restes de teintes qui se trouvent sur sa palette , après qu'elle a coloré la tulipe superbe , la riche anémone , l'iris au fond d'azur , et la rose qui est vraiment la Y émis de son atelier. Voilà comment elle préserve de plus d'un péril les fruits savoureux qu'elle nous destine. Ce sont des enfans qu'il lui faut bien habiller contre l'intempérie de lair et de la saison , mais auxquels elle se garde de donner des robes magnifiques ou parfumées , de peur d'exciter par ce luxe la cupidité du passant. Ces fleurs de peu d'apparence réveillent aussi dans l'esprit du sage le souvenir des hommes recommandâmes qui, long-temps vêtus de bure et méconnus de leurs contemporains , leur ont cependant laissé des fruits de science et des exemples de vertu.

Les plantes , et surtout les fleurs qui ne peuvent se perpétuer de semence, prolongent indéfiniment leur durée, en se donnant quelque jeune héritière qu'elles élèvent en secret , pour lui léguer leur éclat et leurs parfums. Elles la cachent tantôt dans

leurs calices prolifères , tantôt entre les écailles de leurs bulbes , ou dans les drageons de leurs racines.

Il n'y a pas une convenance qui n'ait été observée dans ces productions fragiles et durables tout ensemble. Elles appartiennent, par familles et par espèces, à des divisions de l'année. On en rencontre peu dans la rude saison , époque à laquelle nous ne quittons guère nos demeures , et où l'âpreté du froid empècheroit leurs esprits de flatter nos narines. Cependant l'hiver n'en est pas absolument dépourvu. Son front blanchi se couronne encore de safrans , de violettes , de primevères , de ciclamens et d'hépatiques de toutes couleurs. Modeste et gracieuse députation qui nous semble envoyée des confins de l'empire végétal, pour nous annoncer le prochain retour de tout ce qui est en possession de charmer nos sens.

Les parfums demandant à être combinés avec le calorique, et ne pouvant non plus se dégager que par son action , les fleurs d'hiver dévoient être inodores ; par la même raison elles sont presque toutes infécondes.

Ces détails dans lesquels est entré la sagesse ordonnatrice , indiquent des intentions dont il faut que l'être , chez lequel les organes sont le mieux développés , soit particulièrement l'objet. Pour quel autre auroit elle jaspé l'œillet, et l'auroit-elle rempli d'une douce odeur ? à quelle fin auroit-elle tracé les contours réguliers de l'anémone ? cpiel œils'arrèleroitsur les riches carnations de la tulipe? En définitif, c'est pour l'homme qu'elle a dressé l'atelier de la végétation ; au moins elle lui en a

; exclusivement réservé la partie la plus agréable.

I C'est pour nous qu'elle distille les baumes et les essences; qu'elle les fait couler de l'étamine jus-

qu'au pisti] ; qu'elle mêle ou sépare les couleurs; qu'elle les étend de l'onglet jusqu'au limbe , et qu'après avoir achevé ses charmantes œuvres , elle les met sur notre passage , non pour conquérir nos éloges, comme l'artiste qui expose son tableau en public, mais pour appeler dans notre sein des émotions de plaisir et de reconnoissance.

Ayant à cœur d'indiquer le perfectionnement progressif de l'être matériel , dans notre imparfaite esquisse , nous avons dû tenir nos yeux , comme ceux du lecteur, plus long-temps fixés sur le règne végétal que sur le règne minéral. La grande différence de tous les deux est dans les germes. L'être le plus foiblement organisé ( fût-il réduit à un seul tube capillaire assimilant), surpassera toujours les plus rares produits de la minéralisation. Le sanci et le régent , ces ornemens de la couronne des princes français, ces pierres si précieuses que l'or même ne sauroit les payer , le cèdent pour nous en mérite à la petite fleur rosacée du mouron que l'humidité fait croître sur le pan de la muraille voisine.

Dieu nous parle à plus haute voix par les plantes , parce que plus évidemment elles ne sont pas des accidens.

Aimables productions ! après avoir parcouru des terres arides , réservés à en parcourir encore , nous nous sommes reposés près de vous , et nous nous sommes arrêtés avec ce même plaisir que goûte le voyageur quand il rencontre une Oasis dans les déserts delaLybie ! Nos pensées comme notre style, ont dû se ressentir du charme qui nous a retenus sous vos ravissans ombrages. Vous nous avez présenté , pour la première fois , le brillant phénomène de la vie : aussi les images empruntées de notre propre existence , nous ontservià décrire les principaux actes de la vôtre. Et pourtant il nous a

coûté de vous refuser la sensibilité ! Ah ! si vous partagiez ce don avec nous , rarement contrariées dans vos penehans y établies dans un air libre , répandues sur un sol fécond, tendres objets d'amour et de complaisance , vous seriez mille fois plus heureuses que l'homme pour lequel cette sensibilité est trop souvent mêlée d'amertume ! La nature t sans s'exposer à nos justes reproches , ne pouvoit se montrer plus libérale envers vous. Qu'il vous suffise de tenir le second rang- dans ses œuvres ! Il ne nous reste qu'à parler de vos derniers momens : ne sera-ce pas encore réveiller le souvenir des nôtres ?

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