CHAPITRE X
De I'Etre matériel végétant dans sa des true lion.
Jje mouvement est le principe de la vie végétale. Ce mouvement s'exerce sur Un fluide qui parcourt des canaux appropriés. Renfermé dans le premier rudiment de la plante, dans ce point où 1 œil décomre à peine la radicule et la plumule ( car les lobes séminaux ne sont que des mamelles où la nourriture conserve sa saveur primitive , longtemps après que le germe est entré en fermentation ) , il i'étend , il pénètre avec les sucs dans les routes qui lui ont été ménagées , et chasse devant lui le bourgeon terminal qui, en s'allongeant, se garnit de feuilles sous son souffle nourrissant et dilatateur.
Ce mouvement a ses diverses périodes qui résultent tant de la quantité des mixtes assimilés , que de l'organisation du germe.
A moins d'obstacles insurmontables , il conduit ce dernier à sa perfection ; mais il n'en sauroit prolonger la durée au delà des limites tracées par la nature.
Ainsi qu'il a commencé, il faut qu'il finisse. Les organes se sont prêtés à sa première action : l'état détérioré des organes , amène la dernière.
Le rajeunissement de la même plante est donc impossible. L'art de Médée y échoueroit.
Le défaut d'un de ses principes constituans , tels que de la chaleur, de la lumière et de l'humidité qui rend les sels solubles , fait contracter à la sève
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des qualités nuisibles , ou introduit dans les canaux des sucs qui en altèrent le tissu. Les glandes secrétaires ne peuvent suflire à leur emploi. L'oxigène et l'hydrogène se dégagent du carbone , et la décomposition travaille le sujet. Si un coup de soleil ou une gelée frappent les feuilles, quoique les racines n'ayent pas souffert , l'arbre périt. Les mamelons des racines rencontrent-ils un amas d'air vicié ou d'eau stagnante, l'effet est le même, et le feuillage, naguère verdoyant , se dessèche en un clin d'œil , ce qui confirme la correspondance déjà indiquée entre ces deux parties essentielles à la végétation.
Ce sont là des causes accidente] les de destruction , sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas.
INous avons à parler de celle à laquelle est soumis tout ce qui a vie; nous dirions volontiers tout ce qui respire , car l'inspiration et la respiration des plantes sont démontrées.
Il s'agit donc de la dernière période de l'existence amenée par la vieillesse , c'est-à-dire du dernier effort du mouvement possible dans les végétaux.
Il est présumable que l'obstacle ne vient pas des rameaux supérieurs : la sève ascendante qui manque de force pour y produire des jets, continue à y former des boutons susceptibles d'une plus grande extension , comme le prouve la greffe qui éternise les espèces, en transportant sur un sujet neuf le germe enlevé à son ancien.
La faute n'est pas non plus aux racines dont les suçoirs n'ont pas perdu leurs facultés aspirantes , puisque de leur collet s'élancent souvent des drageons vigoureux.
Il faut donc la chercher au corps de l'arbre.
C'est là que les engorgemens se font , que les humeurs croupissent ou s'épanchent, quel'écorce
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calleuse et couverte de rugosités , devient inhabile aux sécrétions , et que les canaux oblitérés transmettent avec épargne une sève pauvre en principes nourriciers , ceux-ci ayant été interceptés au passage. Aussi voit-on des arbres caducs faire trèspeu de bois , et se charger d'un grand nombre de boutons à fruit, inutile fardeau qui accable leur vieillesse languissante , puisqu'il leur sera impossible de conduire ces germes jusqu'à leur parfaite maturité.
Les fibres ligneuses , bien loin de s'accroître en divers sens , se bornent à devenir plus compactes. Elles ne tardent pas à refuser tout service ; le mouvement vital s'y arrête; le mouvement délétère de la corruption le remplace. Les parties les plus subtiles s'échappent avec l'hydrogène qui en étoit le lien , et les autres vont grossir l'humus , ce vaste magasin des matériaux du règne végétal, jusqu'à ce qu'elles entrent dans de nouvelles combinaisons.
Cependant la vie semble quelquefois se réfugier dans un mince fîlet cortical. A côté d'un tronc caverneux , s'établit un modeste atelier de végétation. Bientôt l'écorce se change en aubier , l'aubier prend la consistance ligneuse, et un feuillage verdoyant couronne de rechef, et non sans gloire , une tige desséchée. C'est ainsi que la jeunesse fleurit auprès de la tombe, et que l'existence se prolonge indéfini ment.
Q'en conclure? Que certains végétaux ont d'autres moyens de reproduction que leurs graines , et qu'ici il s'est vraiment formé une nouvelle plante, puisque les anciens organes ont disparu.
Cette sorte de résurrection est interdite à un grand nombre de sujets , dont la durée ne passe pas le second automne. L'époque de leur fructiiî-
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cation est ordinairement celle de leur chute. Il suffît à la nature de leur avoir assuré des successeurs auxquels, par un acte immémorial, elle a substitué les qualités, les titres et les honneurs des générations précédentes , car la nature a aussi son esprit de famille.
Ainsi tombent et se succèdent les nombreux rejetons d'un mode d'existence dont la destination est de favoriser l'écoulement de la matière vers les formes animées qui en sontle plus bel emploi.
L'analyse chimique trouve dans les ruines de cet édifice , jadis élégant et léger , des molécules alcalines, terreuses, oléagineuses et aériformes. L'incinération les réduit encore de moitié.
Un peu de terre ! voilà donc ce qui reste des débris d'une organisation végétale. L'organisation animale ne laisse rien davantage , si ce n'est un résidu calcaire ou de phosphate de chaux que l'azote a quitté. Grandeurs du siècle , qu'aurez-vous de plus à donner dans l'ordre matériel des choses? rien , absolument rien !
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