CHAPITRE PREMIER
Qu'il faut recourir à I'Etre proprement dit clans la recherche
de I'Etre spirituel.
Il nous est interdit cle poursuivre notre travail, sans l'intervention d'un agent plus relevé que celui auquel nous avons eu recours.
A la rigueur il seroit possible d'expliquer , par les seules lois d'un mécanisme mis en action, tout ce que jusqu'à présent l'être matériel nous a offert cle merveilleux. La création des germes , quelle qu'elle soit , étant une fois admise , leur développement peut devenir un simple effet des lois qui régissent les corps.
Mais quand il s'agit de l'être animé , le mouvement n'explique plus rien.
La personnalité , c'est-à-dire, l'action et la réaction qui, partant d'un point central et y aboutissant , donnent à un être des impressions dont il a le sentiment , sont d'une autre nature que la matière. Ici cette dernière reste muette ; nous l'interrogerions pendant des siècles , qu'elle garderoit le silence.
La libre nerveuse aura beau être délicatement tissue, le fluide qu'elle contiendra aura beau être
no INDUCTIONS
subtil , ce ne sera qu'une fibre; ce ne sera qu'un fluide, et vous aurez dus canaux de transmission. Mais un canal aboutit quelque part.
Nous sommes doue forces de chercher une cause nouvelle , à la vérité évidente par ses effets, et qui pourtant ne donne quebien peu de prise à nos sens.
Semblable à cet élément principe que nous avons seul ad mis sous ce titre dans L'être matériel , elle n'apparaît à nos regards que combinée avec les corps. Réduite à elle-même, comme lui, elle échappe à l'analyse philosophique.
Dans cette carrière où le sol cède sous nos pas, où nos propres illusions peuvent se mêler aux mystères dont nous sommes entourés , et où le ciel lui-même semble vouloir se couvrir de nuages impénétrables , quel sera notre guide? où prendronsnous un point d'appui?
Notre embarras seroit sans remède , si nous n'avions , dans le premier livre de cet ouvrage, jeté des fondations sur lesquelles on peut poser un pied solide.
Nous avons saisi quelques traits de l'être proprement dit; nous avons reconnu sa nécessité; nous nous sommes prosternés avec respect devant sa puissance unique, universelle, créatrice. Quel autre auteur pourroit avoir l'être spirituel qui nous occupe présentement? à qui le demanderoit-on?
Comme nous aurons occasion de l'observer, la matière, par ses diverses modifications , peut provoquer dans un être organisé des désirs, des affections et des penchans ; elle peut leur faire succéder des peines ou des plaisirs; mais elle ne se donnera rien de pareil à elle-même. Elle ne se plaira point dans les jouissances; elle ne voudra pas écarter la douleur. Vouloir, c'est juger; et avec quoi la matière jugeroit-elle?
MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. m
Les anciens disoient qu'il y a haine et antipathie dans la matière, parce qu'elle tend à la dissolution de ses parties; ils eussent été autant fondés à dire qu'il y a amour et sympathie , puisque ses parties tendent également à l'union. Dans l'examen d'un
O . lit
même effet, ils eussent commis une double erreur. Il n'y a rien dans la matière que ce que Dieu a pu et voulu y mettre, sans changer les essences, après l'avoir constituée. Elle gravite parce qu'elle pouvoit graviter.
Locke n'a-t-il pas émis une opinion hasardée, en doutant s'il ne seroit pas au pouvoir du Créateur de faire penser la matière? Ou la pensée est dans l'essence de cette dernière, ou elle n'y est pas. Tout prouve que la première supposition ne sauroit être admise ; la seconde étant conforme à la vérité , qui osera dire que Dieu puisse changer les essences ? La force de l'Etre suprême est grande , mais elle n'ira jamais jusqu'à bouleverser sa propre nature. Si la matière pensoit, que feroit-il donc de plus , lui qui n'est pas matière , et qui est la pensée universelle ? L'intelligence dans ses moindres ramifications est un don céleste. Si elle avoit résidé dans l'univers d'une manière quelconque , l'univers se fût disposé lui-même avec l'ordre qui y brille de toutes parts, ou plutôt l'univers eût été Dieu; mais il est mixte, hétérogène , sans discernement. Donc l'esprit vient d'ailleurs.
Celui-ci agit d'une manière régulière, sans affecter l'uniformité. Une réunion minérale diffère d'un mécanisme végétal, et les substances animées obéissent encore à d'autres lois. On reconnoît bien l'unité du principe, mais dans ses combinaisons si bien entendues , si bien calculées pour l'avantage de chaque être , il est évident qu'en puisant à la même source, tous en ont rapporté des facultés diverses,
et les seules dont ils pussent s'accommoder. L'importance de chacun aura donc une autre mesure , s'ille faut, que le portet les habitudes avec lesquels ils se présentenl à nos regards.
J'aperçois un animalcule gravissant l'escarpement d'un gTam de sable, qui n'est rien moins pour lui qu'une montagne avec ses anfractuosités. Je me crois supérieur à cet être, non parce que j'ai une autre organisation (celle qui le dislingue étant parfaite en son genre) , mais parce que la mienne me donne une autre sphère de rapports et d'intelligence. Néanmoins je me dis : « Le plaisir et la douleur « peuvent être là. » Et cette pensée m'étonne. Poursuivant ma contemplation, je m'élève jusqu'aux substances supérieures dont l'Eternel se laisse probablement approcher, et j'imagine qu'après avoir abaissé sur moi ses regards, l'une de ces créatures aériennes se dit à son tour : « Voilà un être bien « petit qui s'agite assez péniblement sur un globe (( opaque ; mais cet être est appelé à connoître le « même Dieu que moi, et il a reçu en partage un « principe de sentiment par lequel il peut m'éga- « 1er. ))
C'est ce principe plus ou moins perfectible qui fixera principalement notre attention.
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