‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 33 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Propriétés de I'Etre spirituel clans les corps animés.

Jl y a sûrement unité dans la substance sentante,' car sans cette condition, l'individu seroit multiple, ce qui seroit le cas de l'arbre auquel on accorderoit le senliment. Chacun de ses rameaux, chacune de ses feuilles formant un végétal complet, il en résulteroit plusieurs existences confuses. La volonté créatrice, elle-même, ne les ramèneroit à l'unité qu'en leur donnant un point commun de perceptions. Certains animaux offrent bien à l'anatomie des plexus nerveux que l'on pourroit considérer comme des centres distincts d'impressions internesmais ceux-ci communiquent tous avec un senso / rium.

La spiritualité sortira de l'unité.

L'accroissement et le dépérissement des corps animés trouvent leur raison suffisante dans ces mêmes lois auxquelles la végétation est soumise. Ces périodes d'une vitalité plus ou moins énergique dépendent d'un assemblage d'organes au sein desquels circule une substance hétérogène. Le fluide recteur qui transmet ou répercute l'impression reçue par les sens , est sans doute homogène. Qu'il agisse par l'élasticité ou la continuité de ses molécules , il sera toujours divisible. S'il est divisible , dans laquelle des fractions résidera le sentiment qui ne l'est pas? L'être spirituel sera donc autre chose que la partie la moins matérielle connue, des corps dans lesquels il réside.

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Cet être a pourtant une propriété bien extraordinaire : il est susceptible d'extension \ il semble se nourrir comme les autres productions végétantes et vivantes; il élabore les alimens qui lui sont présentés, et en relient la partie la plus pure, c'est-àdire , la plus analogue à lui-même.

Ce pouvoir d'assimilation est tel , que le genre humain recule les bornes des sciences, et ajoute sans cesse à la masse de ses lumières, par le cerveau d'un Chaptal ou d'un Cuvier, qui arrêtant le torrent des siècles, d'une voix forte interrogent la nature à toutes ses époques , à tous ses passades , et la forcent à révéler l'histoire secrète de ses plus antiques révolutions.

Quand je lis le livre d'un naturaliste instruit, je puis me dire que les savans de trente ou quarante siècles viennent me parler par la bouche d'un seul homme, après avoir rectifié , d'âge en âge, leurs aperçus et leurs jugemens. Ces produits accumulés de l'instruction représentent, en lui, le génie du genre humain qui s'éternise comme l'espèce , et a sur elle l'avantage de s'accroître par l'adjonction des anciens trésors aux nouveaux.

Les animaux ne doivent absolument rien à leurs prédécesseurs ; mais ils ont aussi leur mémoire qui ne les laisse pas encourir deux fois le même péril. Nous aurons occasion de démêler ce qu'il convient d'accorder ici au mécanisme.

Avec tout cela, l'âme n'est qu'un être passif par rapport à la nature entière. Elle ne peut se procurer une idée dont elle n'ait reçu les élémens. Elle les combine, les digère et opère sur des sujets donnés dont elle parvient à s'approprier les notions. Essentiellement pénétrante de sa nature , elle se les représentera sous toutes les faces , et en extraira ce qu'ils ont de plus relatif â ses besoins ; car elle

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veut s'étendre à tout prix. Comme les arbres , elle se repaît de lumière ; comme eux , elle redoute l'étiolement.

Son activité n'est directement connue que de ses organes , sur lesquels elle n'obtient encore qu'un pouvoir réacteur , puisque les avis de ceux-ci précèdent toujours les ordres qu'elle leur intime, ou son reploiement sur elle-même. Dans cette dernière opération , ne faut-il pas qu'elle recherche les traces qu'ont laissé en elle ses aperçus, qu'elle y promène derechef le burin, et qu'elle leur redemande les images, causes de ses premières affections , et qui vont en réveiller de nouvelles ? les sens sont donc encore là , pour la diriger dans l'exercice solitaire de la pensée.

Plongée dans l'obscurité de sa naissance dont elle ne déterminera jamais ie point précis, elle s'ignore elle-même. Il faut que la première sensation ( que dis-je la première?) qu'une suite de sensations vienne lui révéler le secret de sa propre vie. Ce n'est qu'à force de sentir qu'elle se sentira; et encore l'idée de sa personnalité sera toujours confuse, jusqu'au parfait développement des organes dans l'espèce perfectionnée. Dans les autres, elle ne s'établira jamais.

Pauvre jusqu'au dénument que très -heureusement elleignore , elle ne possède rien de son propre fonds , et elle peut conquérir tout ce que renferment la terre et les cieux; mais elle n'y parviendra qu'après le rapport de ses émissaires. Sa force est grande , et elle n'agit que par un souille. Un souffle également bouleverse ou arrête toutes ses opérations. Une grande partie de ce qu'elle possède peut lui échapper à chaque instant; elle n'est pas même sûre de conserver le sentiment de sa propre existence, puisque le registre auquel elle

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en confie les actes successils peul lui être enlevé sur riicure. Il est en effet démontré jusqu'à l'évidence que la mémoire n'est que le produit d'une haute et brillante organisation , des accidens de laquelle il est solidaire.

JNous insistons sur ces choses dans le dessein de préparer le lecteur au développement prochain dé nos idées.

— Ouoi , vous abaissez ainsi la dignité de l'âme , de cette substance qui ne connoît ni bornes ni limites, qui , impatiente du frein avec lequel le corps tend à la fixer dans le cercle de la création réelle , s'élance dans le monde des possibles , non sans en rapporter une riche moisson de découvertes !

— Nous n'avons garde de révoquer en doute cette merveilleuse propriété qui est faite pour ennoblir notre nature à nos propres yeux; mais tout en la reconnoissant , nous avons lieu de croire que , si l'être spirituel parcourt le stade de l'infini , c'est que les sens lui en ont ouvert la barrière ; c'est que la sagesse régulatrice a donné à cet observateur audacieux , dans certains élémens palpables , les soutiens avec lesquels il se hasarde dans les hautes régions , les points d'appui d'où il prend son essor et sur lesquels il se rabat sans cesse , pour y ressaisir la vigueur nécessaire à de nouveaux élans et à de nouvelles recherches.

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