‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 38 sur 79 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Comment l'ËTRE spirituel devient une faculté dans les substances animées , et par quels degrés elle passe.

X ourquoi ces globes resplendissans de lumière semés dans les plaines célestes? pourquoi ces globes opaques qu'ils entraînent dans leurs sphères d'attraction? quel est le but de cette masse effrayante de matière rassemblée, distribuée , balancée et régie, suivant des lois admirables , dans celte même portion du vide auquel elle a peut-être été soustraite? Il est présumable que notre planète n'ayant pas été jetée dans un moule particulier et étranger aux autres grandes constructions , Dieu a peuplé ce tout immense. Le besoin de créer s'est fait sentir dans son essence adorable; il a voulu s'entourer d'êtres sur lesquels il pût verser un bonheur sensible ; il les a destinés au bonheur plus grand de le connoître et de l'approcher dans une progression toujours croissante et indéfinie. Mais il ne pouvoit se répéter lui-même ; seule essence pure , il ne pouvoit constituer des essences pures. Pour fonder le monde intellectuel, il falloit recourir au monde physique. Bientôt les richesses arrachées au néant sont devenues disponibles ; l'Eternel leur a donné une forme. Il y a appelé le mouvement de la vie, premier but de la création , et son souille divin y a fait naître le mouvement de la pensée qui en est le complément.

L'intelligence est sortie d'un foyer d'organes tout étonnée de sa propre existence ; elle s'est interrogée plus d'une fois avant d'en acquérir la

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conviction , et Dieu a cessé d'être seul dans l'univers.

Les mondes eussent-ils gravité autour de leurs éoleiis , si pour obtenir des créatures spirituelles , il n'y eût eu nécessité d'unir la substance palpable à l'impalpable , la mort à la vie , et la pensée à la matière ?

C'est une question sur laquelle nous avons notre opinion faite. Peut-être le lecteur sera-t-il en état de la résoudre lui-même, en achevant la lecture de cet ouvrage : qu'il nous sumse pour le moment d'examiner, autant que s'y prêtera notre foibie vue , comment s'établit cette conscience par laquelle un être est constitué, et nous reconnoîtrons qu'elle naît d'une faculté inhérente au germe , qu'elle se développe avec lui, qu'elle existe par la pensée qui est toujours précédée de la sensation , et que la sensation n'a lieu que dans la vie organique. C'est donc en définitif à celle-ci qu'il faut remonter , quand un veut entreprendre l'analyse de l'être le plus élevé, comme le plus inférieur de l'échelle pensante.

La vie organique , dont nous nous proposons de parler plus amplement dans le livre cinquième qui sera consacré à l'union de l'être spirituel et de l'être matériel, quant à ses élémens , peut être comparée à la vie végétative. Elles se présentent toutes les deux presque avec le même appareil. Leur principe a été confié aux germes. Semblable au ressort disposé à la détente, le mouvement ne demande qu'à y être mis en action. Dès que le balancement régulier de celui-ci s'est établi , la plante végète, et l'animal vit.

L'impression transmise par les organes , en ce qu'ils participent à la vie commune , sera certainement, comme elle, un effet du mouvement imprimé au mécanisme.

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Une suite d'impressions, en parvenant à un point central qui, dans toutes les substances animées', tiendra lieu de cerveau , y sera recueillie par un être mis en rapport avec elles , et chez lequel elles se transformeront en perceptions ; ainsi cet être deviendra faczdté sentante.

Les sensations laisseront des traces dans la substance médullaire ; la faculté sentante, par le mouvement qui lui est propre, repassera sur ces traces , y trouvera des différences ; distinguera celles qui lui sont agréables de celles qui lui sont nuisibles , et de cet instant le moi sera fondé ; car une seule sensation continuée ne sauroit éveiller le sentiment de l'existence. Inhabile à provoquer la réaction de la faculté dont elle est le partage , elle devient pour elle un état passif, au sein duquel la pensée ne peut éclore. Telle est la destinée de plusieurs productions vivantes réduites à un seul organe , quand cet organe n'est point troublé dans ses fonctions (1). Il ne faut pas moins de deux sensations distinctes perçues au même point central , pour constituer l'être spirituel de la dernière classe. Celui de la première en réunira peut-être des millions.

Ainsi, par réaction , lafact/llé sentante deviendra personnelle.

On voit que les lois du mouvement ont ici leur application. Comment elles régissent la faculté sentante, et l'appellent sur les traces dues à l'impression , on l'ignore ; mais on sait bien que ces choses ne se peuvent tfaire sans mouvement , puisque les

(1) C'est ce qui nous semble avoir échappé aux physiologistes qui ont animé des statues par la communication d'un seul sens.

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traces doivent différer entre elles , soit qu'elles résultent des oscillations des fibrilles , soit qu'elles naissent des impressions nerveuses. La faculté sentante n'admettant en elle-même ni parfums, ni couleurs , ni formes , ni mollesse ou solidité des corps qui n'ont agi que sur les organes , il y a nécessité que le mouvement seul en laisse les signes dans son répertoire (1).

La sensation sera donc soumise aux lois du mouvement.

La faculté personnelle deviendra faculté pensante , par cela même quelle aura comparé plusieurs sensations. Elle y procédera, à l'aide de la mémoire qui est un retour sur les traces , et de l'attention qui en est l'examen prolongé. De cette opération complexe, comme par enfantement sortiront les pensées.

Il est sûr que la formation des pensées est précédée d'un travail , comme nous nous proposons de le prouver, en jetant quelque jour sur cette belle opération de l'àme. Or , le travail n'a lieu que par le mouvement; le mouvement est soumis à des lois : donc la faculté sentante , personnelle et pensante, participe à l'effet de l'organisation dans les corps animés , et se combine avec les lois du mouvement dans ses progrès ultérieurs.

Comment tiendra-t-elle de l'essence ? il sembleroit que l'espèce la plus relevée dut seule lui conférer ce privilège. Les relations que nous soutenons dans l'ordre intellectuel indiquent une

(i) Une forte pression des paupières , ou une violente commotion cérébrale , sans aucune présence de la lumière , en donnent la sensation. Dans un profond silence , il arrive quelquefois que l'on croit entendre des sons par un ébranlement accidentel ou spontané du nerf auditif, etc.

noblesse d'origine , dont les esprits les plus prévenus ne peuvent se défendre de reconnoître le caractère : c'est là notre coté brillant. Les liens sociaux et moraux, les notions du juste et de l'injuste, en faisant cesser l'isolement de l'homme , le rattachent encore à son auteur. Nous sentons à chaque instant la nécessité d'une cause première. La manière même dont les êtres se perpétuent nous l'indique. L'âme n'a pas besoin dé chercher un Dieu. Il s'offre à elle de toutes parts , il l'entoure, il la presse , il l'obsède presque de sa présence. Volontaires ou non, les communications s'effectuent. Le plus souvent le cœur les demande, et le cœur est satisfait. Newton, Locke, Pascal, Catinat, Fénélon, Louis XIT, vous avez dirigé votre vue par delà notre horizon terrestre, pour nourrir votre pensée du spectacle de l'ordre et de l'harmonie universelle : abaissant ensuite vos regards autour de vous , sur ce globe, notre commune patrie, vous avez cru que le plus bel h .immage à rendre par la créature au Créateur , se trouveroit compris dans la pratique des vertus dont , en cette qualité , il vous a tracé le modèle, et vous êtes devenus les bienfaiteurs de vos contemporains. En mesurant la hauteur à laquelle se sont élevées vos grandes âmes, nous reconnoissonsbien que l'Eternel a créé l'homme à son image. C'est ici , c'est dans vos actes même que nous serions tenté de signaler une conformité d'essence avec l'essence pure et spirituelle de l'ordonnateur des mondes. Mais ces sentimens , ces hauts faits que le ciel admire avant de les couronner, ne sont que les produits précieux de la perfectibilité de la facilite pensante, telle que nous l'avons décrite. Dieu n'a pas permis que les sens fusent étrangers à ces merveilles. Jadis ils commandoient à l'âme , et maintenant ils lui sont soumis. C'est à présent

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que leur dépendance fait leur gloire. La réaction l'emporte sur l'action , et les obscurs instituteurs de l'élève sont devenus ses ministres accrédités dans de brillans emplois qui feront douter de leur

origine

Dans notre recherche nous voilà donc condamnés à des pas rétrogrades. Force est de remonter à cet instant précis où un être a été admis à suivre la combinaison de deux sensations. Quel qu'il soit, cet être tient de l'essence. Avec elle il se perd dans des profondeurs inabordables. C'est là qu'il prend son caractère particulier; le reste est dû à la supériorité plus ou moins décidée de l'organisation.

On nous demandera si nous prétendons associer aux mêmes prérogatives le vil animal qui rampe à nos pieds , et l'homme , dont sans métaphore , la tète va se perdre dans les nues?

Nous commencerons par répondre que rien de ce qui est sorti des mains de l'Eternel n'a été vil à ses jeux, et ne doit l'être par conséquent aux nôtres.

Nous dirons ensuite qu'ici il n'y a pas de confusion de facultés , par cela même que les espèces sont distinctes dans les masses comme dans les individus.

Tel être humain meurt , dont le principe spirituel , n'ayant éprouvé qu'une suite de sensations similaires , n'a été que simple faculté sentante , comme le fœtus ; chez tel autre, la faculé n'a pu parvenir à la personnalité par la variété des sensations perçues; il en est qui, enlevés au berceau, ne l'ont point conduite jusqu'à la pensée, par leur impuissance de rappeler les traces des impressions, et de les combiner après y avoir fait la pause convenable ; d'autres enfin , quoiqu'un peu plus tard , faute de relations raisonnées avec des êtres d'une

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même nature , ont vu se concentrer en elle-même leur faculté pensante , et n'ont pu obtenir qu'elle devînt vraiment intelligente et morale. Elle étoit , direz-vous, susceptible d'acquérir ces diverses qualités. Soit : mais elle n'y est pas parvenue.

L'intelligence est un germe spirituel , comme le corps est un germe organique. Tous les deux demandent un développement, tous les deux l'acquièrent de la même manière , puisque la même "vie leur est commune. Mais à la chute du corps l'âme étant ordinairement constituée , la mort a pour tous les deux des suites différentes. Ainsi l'être spirituel n'est qu'une faculté dans l'homme , qui par elle parcourt des degrés divers d'intelligence et de mérite ; dans Dieu il est une essence, parce que là il est immuable comme son principe.

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