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CHAPITRE III

Du système des molécules organiques , et de M. de Buffon.

Jlje système des molécules organiques , dont nous n'entreprendrons pas l'exposition , parce qu'il est nécessairement connu de tous ceux qui trouveront quelque intérêt dans la lecture de cet ouvrage , n'a pu tenir contre les coups qui lui ont été portés. Son principal mérité fut de donner des raisons plausibles des ressemblances et des diverses qualités transmises par les pères à leurs enfans ; mais de cette propriéié-là même , sort une des plus fortes objections contre 1'hypolhèse. Chaque partie élanten eliet destinée a fournir des molécules organiques représentatives d'elle-même, il seroit difficile d'imaginer comment l'individu quipècheroit par le défaut d'un organe , produiroit des êtres exempts de la même défectuosité. Vainement dira-t-on que les organes de la femelle suppléeront à l'absence de ceux du mâle , et réciproquement; car l'expérience prouve que , malgré le déficit du même membre dans les individus accouplés , leur fruit n'en jouira pas moins d'une organisation complète. C'est ce qui a été remarqué clans l'union des chiens et des chevaux écouriés. Le classement de ces mêmes molécules, selon l'ordre qui constitue un ensemble organique , ne trouve pas davantage sa raison suffisante dans la théorie de M. de Bufïon. Mais si ce dernier s'est trompé, comme il est présumable , son erreur est du nombre de celles qui portent l'empreinte du génie , et qui deviennent à la fois des titres à l'excuse et à l'estime.

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De combien de belles observations son hypothèse n'a-t-elie pas été le motif? L'auteur de VÎJistoue naturelle est sans contredit l'écrivain français qui a rendu le plus de services à la science comme à la philosophie. On n'a pas assez remarqué qu'avant lui les connoissances zoologiques , botaniques et minéraloffiques étoiént reléguées dans les pharmacopées et les livres obscurs de quelques savans él rangers à notre langue. Descartes, lui-même , n'étoit point lu ; l'essai analytique de Bonnet trouvoit peu de têtes en état de le suivre ; Locke n'avoit pas encore eu de commentateurs. L'ouvrage du philosophe de Montbar vint nous apprendre à penser , en répandant le charme d'une diction tantôt élégante., tantôt majestueuse et toujours pure, sur les matières les plus arides. Il faut en convenir : l'homme est tellement difficile dans le premier de ses besoins , qui est l'instruction , que si la vérité n'admettoit aucun de ces ornememens , à l'aide desquels elle se recommande à nos yeux , ses autels seroient bientôt déserts. Cela est simple : nous ne la recevons que par nos sens; pour être appréciée, il faut donc qu'elle débute par plaire à ceux-ci. (^uandon veut parvenir jusqu'au prince, trop souvent on est réduit à flatter les serviteurs.

rVavons-nous pas vu le magnifique carton de l'école d'Athènes , crayonné de la main de Raphaël , exciter un médiocre intérêt dans la foule des promeneurs qui visitoient le salon de 1801 et 1802. En passant devant ce modèle de la première fresque du Vatican, ils disoient , par manière d'acquit: « Cela est fort beau» , et ils se poussoient d'admiration devant un Adonis colorié. M. de Bufïbn a tenu souvent le pinceau du Titien , et ses tableaux ont eu quelquefois la fierté de Michel-Ange. Si son dessin n'est pas toujours correct , si l'expression

de ses physionomies est trop souvent hasardée , il faut s'en prendre au petit nombre d'études que permet la carrière d'un artiste chargé de la plus vaste des entreprises. Bien supérieur au Pline -romain , le Pline français, avec un âge d'homme de plus et un peu de présomption de moins , eut été , dans toutes ses parties , le véritable interprète de la nature ; il lui falloit des matériaux , et il n'a pas eu le temps d'en amasser ; il peignoit à grand traits , pressé qu'il étoit par cette première des puissances qui avertit sans cesse l'homme de lettres de céder la place à des successeurs réservés , comme lui , à accroître ce beau domaine de l'intellect , où l'Eternel règne dans toute sa gloire. Sur de son temps , il eût moins négligé les détails , sans l'étude desquels il sera toujours difficile de parvenir à des révélations qu'enlève rarement le seul génie, que le hasard procure quelquefois à la médiocrité, mais sur lesquelles peut compter davantage la patience infatigable et laborieuse. Construits dans la proportion de notre machine , nos organes sont trop bornés pour saisir des ensembles et des masses. C'est par ses extrémités que le grand tout nous devient abordable, et qu'il nous est permis de le mettre en rapport avec notre intelligence. Riche de l'expérience acquise depuis son décès , M. de Buffon se fût réformé lui-même. Le doute philosophique l'eût conduit à des découvertes qui coûteront encore à l'esprit humain un siècle de làtonnemens , d'erreurs et d'observations.

Cependant nous ne regardons pas son système comme indigne d'être médité ; il contient , selon nous, de belles parties qui ne pèchent que par l'application ou l'extension trop grande qu'elles ont reçues. C'est un hommage que nous nous plaisons d'autant plus à rendre à la mémoire de l'un de nos

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preinieT's écrivains français ( peut-être du premier, si J. J. Rousseau n'eût pas vécu) , que ses ouvrages sont tombés , depuis quelques années , dans une défaveur peu honorable pour notre nation. Quand nous avons à regretter les chefs-d'œuvre antiques échappés à notre musée, ayons au moins le lion esprit de nous consoler en estimant ce qui est né chez nous, ce qui nous est personnel, et ce qui marque le plus dans les richesses littéraires de l'Europe.

Après avoir passé les maîtres en revue, oseronsnous hasarder nos propres conjectures? Pourquoi non, puisque c'est à la méditation de leurs œuvres et de celles d'un plus grand maître encore , que nous sommes redevables des aperçus dont nous faisons part au lecteur? Si moins heureux que nos devanciers , nous n'avons pas de brillantes indemnités a offrir , nous trouverons notre excuse dans dos efforts , comme dans la mesure que nous saurons y mettre.

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