‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 48 sur 79 · EN CIRCULATION · texte numérisé non relu

EN CIRCULATION

Après avoir posé ces principes qui nous semblent incontestables , et à l'appui desquels les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous permettent pas de citer des faits consignés dans les écrits des plus illustres praticiens, nous sommes en droit de croire que l'on ne peut regarder la liqueur séminale humaine comme seulement destinée à communiquer une force motrice au germe parvenu déjà à l'organisation , ainsi que l'on met en jeu le rouage

d'une horloge en favorisant la première oscillation du balancier.

Les ressemblances que l'âge rend sensibles entre le père cl les enians, ressemblances qui ne s'arrêtent pas aux extrémités organiques de l'individu , tomme quelques-uns l'ont prétendu , mais qui tiennent à sa texture intime, suivant les témoignages résultant de l'examen des métis , prouveroient par surabondance qu'une part notoire appartient à l'homme dans l'œuvre de la reproduction.

D'un autre côté , nous ne saurions contester l'importance des vésicules connues sous le nom d'ovaires chez les femmes. 11 seroit difficile de ne pas admettre que l'acte générateur s'opère dans cette partie. Un fœtus trouvé dans une des trompes de fallope où il avoit commencé à prendre de l'accroissement; d'autres qui, en échappant sans doute au corps frangé , ont glissé jusqu'à la première tunique du bas-ventre , celui dont le squelette , après avoir percé l'extrémité inférieure du tube intestinal , a donné lieu à la belle cure de M. Littre , et des ressemblances aussi prononcées entre la mère et les enfans que celles rapportées au père , mfirmeroient toute supposition par laquelle on réduiroit l'épouse qui conçoit au rôle d'une simple nourrice. Cependant nous nous permettrons d'atténuer la preuve que l'on tireroit des seules ressemblances, sur ce qu'un être aussi délicat que l'embryon , dont le premier trait ne se dessine que le septième jour de la grossesse, et dans une proportion de quelques lignes , doit nécessairement ne pas rester étranger m •. affections età la texture organique de la femme, qui , pendant neuf mois révolus , le nourrit de son sang. On ne peut attendre moins de la communauté d'un liquide dont l'emploi est de parcourir, plusieurs fois par heure , les diverses parties du corps

maternel , d'entretenir l'humide radical , de modifier jusqu'au caractère, et de fournir un aliment à tous les autres systèmes. Luisqu'à bien dire il n'y a qu'une vie pour deux êtres, tous les deux doiven t par ticiper à ses effets. Tout le monde sait que l'énergie du sang , et son mouvement plus ou moins accéléré, déterminent le calibre de plusieurs vaisseaux dont la dépression et l'évasement ne commissent pas d'autre cause. Les muscles de la lace ont des tubes capillaires dans lesquels ce fluide s'insinue; la matière calcaire qu'il renferme sert à l'accroissement des os, et ne s'échappe par les urines que quand ceux-ci sont solidiiiés. li abreuve de sa partie lymphatique le tissu cellulaire où les poils, les cils , les sourcils et les cheveux prennent la teinte qui leur est propre; enfin il colore les autres traits du visage dans lequel une similitude de nuances suffit quelquefois pour établir une conformité d'expression.

Si l'on considéroit bien ces choses , on s'étonneroit que l'influence maternelle , fût-elle réduite à ce seul mode d'action , n'effaçât pas davantage les impressions dues au père qui n'a eu qu'une influence de quelques secondes. Et certes il faut que ce dernier, dans ce moment si décisif, ait fait autre chose que mettre en mouvementun mécanisme préformé.

Il semble que l'on ne peut se dispenser de confesser ici que les deux êtres appelés par la nalure à la conservation de son ouvrage , y concourent d'une manière essentielle, quoique par des moyens différens.

On voit que nous n'avons pas le projet de nous jeter témérairement dans le vague des conjectures.

C'est l'animal, c'est l'homme, et non un système, que nous voulons organiser.

D'après ce qui a été dit précédemment , il faut

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que la liqueur séminale du mâle portée, par une contraction delà matrice vers l'une des trompes de J'allopc, afflue dans une quantité suffisante au tissu frangé, pour que celui-ci, enveloppantune des vésicules des ovaires, l'imprègne du fluide générateur.

Alors il arrive de deux choses l'une : ou il se fait un mélange de la liqueur contenue dans l'osai' e et de celle qui le pénètre , mélange duquel résultcroit un germe organisé , en vertu de la combinaison des deux liquides , et en conséquence de lois qui sont et resteront peut-être toujours inconnues.

Ou la semence du mâle , se précipitant par les pores qui lui sont ménagés , dans les interstices intérieurs du globule, s'y moule et devient un principe organique pourvu de toutes ses parties essentielles.

Sans supposer , d'après M. de Billion , que chaque membre et chaque organe du corps humain iournisse à chaque épanchement de liqueur séminale des molécules identiques avec lui-même , nous sommes fondés à croire que, dans toutes les espèces formées sur notre dessein , cette liqueur est essentiellement propre à l'annualisation ; qu'elle est même animalisée, et qu'elle ne demande qu'à passer par des canaux appropriés pour y prendre la forme et le caractère de sou modèie. Ainsi, en pénétrant dans le vide qui ligure le cerveau , elle deviendroit substance cérébrale ; dans celui des artères elle pren droit la qualité de sang ; dans l'emplacement des muscles elle se transformeront en fibre. Le fluide nerveux qui en est l'âme (1)

(i) On sent bien que li mot cime n'est pas entendu ici clans nu sens métaphysitjuè.

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donneroit le mouvement à cette organisation intérieure ', et la vie , ce don du ciel, suivroit le mouvement dès qu'il y auroit un ensemble de pièces principales.

Ne voyons-nous pas les racines des plantes qui soumettentles substances terreuses à leur première élaboration, par la seule diversité de leurs formes et de leurs suçoirs, en extraire des sucs de différentes couleurs et de différentes qualités? La betterave et la chélidoine puiseront dans les mêmes élémens , l'une la sève pourprée qui colore son pivot , l'autre la liqueur jaune qui remplit le tissu cellulaire de sa tige et de son fane.

Dans notre hypothèse, l'essentiel seroit que la liqueur spermatique trouvât des canaux appropriés.

On nous dira peut-être que nous ne faisons ici que reculer la difficulté , puisqu'il faudroit toujours qu'un premier trait et un système vasculaire assez compliqué fussent préformés dans la femme. Nous en convenons ; mais ne seroit-ce rien que d'avoir l'aie concourir à l'œuvre de la fécondation deux êtres dont la nature utilise sûrement les moyens d'une manière plus efficace et plus égale que les naturalistes ne le supposent dans leurs opinions diverses. Consultez (1) Aristote et quelques modernes, l'homme est ici le seul ouvrier. Rapportezvous-en à Bonnet et à Hailer (2) , sa coopération sera même douteuse.

Nous ajouterons qu'il est impossible de reculer la difficulté d'une manière conforme à la raison et

(1) De gencratione onimalium , lit). II , c. !x.

(2) Voyez la Palingénésie , Y Essai sur les corps organises , et la Contemplation de la nature.

à l'expérience , sans avoir fait un pas de plus vers la vérité : et c'est déjà quelque chose.

Un des torts les plus ordinaires à ceux qui étudient la nature, est de vouloir consicrer en principe ce que leurs premières découvertes leur ont fait entrevoir; car si elle met de l'unité dans ses plans, elle présente aussi une grande variélé dans ses moyens. Tel sera toujours le vrai caractère de l'intelligence unie au pouvoir. On a vu dans les plantes un réceptacle chargé de vésicules que féconde une poussière subtile; on a cru même reeonnoître que celle-ci n'éloit pas constamment nécessaire «à cet acte ; et oubliant que le mécanisme des végétaux, entre tous est le plus simple , on a voulu étendre ce mode de reproduction au système le plus compliqué; on a vu les oiseaux et quelques reptiles, dont l'organisation diffère essentiellement de la nôtre dans presque toutes ses parties . se perpétuer par des œufs , au sein desquels l'existence d'un germe vraiment constitué est encore un problème , et on a voulu que l'homme , cette image de son Créateur , fût appelé à la vie comme une giroflée ou une mésange. Il nous étonne qu'on n'ait pas essayé de le propager, même de bouture, à la manière des plantes et des polypes; car dès qu'on se détermine par des vues d'analogie tirées des classes inférieures , qui posera les bornes où celle-ci cessera d'être applicable?

Ce n'est ni dans les végétaux, ni dans les ovipares qu'il convient de chercher notre origine ; c'est dans l'homme qu'il faut étudier l'homme. L'impartialité dont nous nous sommes fait une loi en prenant la plume , nous engage à convenir que , dans les classes les plus marquantes des vivipares où le concours des deux sexes est nécessaire à la génération, la femelle a été chargée de tenir prêtes pour cet

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instant des ébauches linéaires, qui sont à la confection d'un être organisé, ce qu'un simple dessin est à un tableau riche d'expression et de coloris. C'est en quoi nous différons beaucoup des" défenseurs de l'emboîtement, qui supposent, dans la femme ? des germes pourvus de toutes leurs crualités essentielles. Où ils voient un tout auquel il ne manque qu'un stimulus pour entrer en exercice de ses facultés, nous n'apercevons qu'un moule où l'esprit et la matière doivent, en se combinant, produire d'abord les organes principaux, tels qu'ils apparoissent dans l'embryon de cinq jours (1) , et ensuite, par leur force expansive, ceux qui en sont des dépendances , puisque les extrémités les plus déliées du système nerveux sont de simples prolongations de la pulpe cérébrale.

Ainsi nous sommes persuadés que, dans les femelles des espèces en rapport avec la nôtre , la nature trace secrètement le croquis des êtres que l'approche du mâle doit réaliser; que la liqueur prolifique due à celui-ci, n'agit pas seulement comme stimulus , mais qu'elle contient tous les principes élémentaires d'où peut naître la vie qui s'attache à une organisation, si même elle n'en est l'origine.

Eussions-nous des motifs de croire avec les défenseurs de la préformation , qu'avant l'union des sexes, l'ovaire renferme l'enfant en raccourci, la femme n'en seroit pas moins chargée d'un rôle

(i) Après le troisième jour de la conception . on trouve clans la matrice une bulle remplie d'un liqueur limpide, au milieu de Laquelle s'aperçoit un léger nuage. An cinquième jour l'œil armé y distingue le cerveau et le corps sous la l'orme de deux petites protubérances.

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secondaire dans col acte important. Le dépôt d'une matière disposée pour L'annualisation , fui auroit été confié; tous les linéaincns , jusqu'à la dernière fibre , y auroient été exprimés , que ce neseroit pas encore là l'être humain. Le logis seroit prêt, mais c'est d'une autre région que le locataire seroit attendu. Dans les bipèdes , l'œuf non fécondé , pour l'observateur qui n'a point épousé un système, n'est qu'un projet d'organisation : ainsi, le germe que n'auroit pas atteint le iluide spermatique, ne présenteroit qu'une forme, ou une apparence humaine; ce seroit dire trop encore : puisque l'œil armé ne sauroit la saisir, il faudroit se borner à n'y voir que des matériaux amassés à pied-d'œuvre , et que le génie de l'artiste peut seul utiliser.

Enfin , une suite d'expériences perfectionnées nous forcàt-elle d'admettre la préexistence de germes déjà organisés dans l'ovaire, les modifications importantes que le mâle fait subir à l'embryon , et qui vont le chercher dans les parties intimes de son mécanisme , nous autoriseroient à penser que l'emploi de la liqueur spermatique , donne à celui-ci ce coup de pinceau de maître , qui en détermine, nonseulement la forme, mais même le caractère. Alors nous croirions qu'il s'éleveroit de ce fluide annualisant, un ensemble de traits qui , tenant de la nature de l'individu dont ils s'échappent , iroient frapper le premier germe exposé à leurs molécules, ou simplement à leurs vapeurs susceptibles d'être envisagées comme la portion la plus subtile de la matière qui les produit. Cette miniature aérienne, spiritueuse et essentiellement pénétrante, s'insinueroit dans les porcs de la miniature fixe et passive de l'ovaire , et après l'avoir vivifiée dans la proportion de son énergie, elle la rendroit tout entière semblable à elle-même , ou se borneroil à

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déterminer la configuration de quelques-unes de ses parties principales.

La simple influence vaporeuse du sperme étant admise , ainsi que nous venons d'en exposer les effets présumables , le premier rôle resteroit toujours dévolu à l'homme dans l'acte de la fécondation, surtout s'il y procédoit avec cette franchise d'organes et de volonté, dont la nature l'ait une douce loi à la généralité du sexe masculin. C'est ici le cas de signaler un des graves inconvéniens qui, dans l'hypothèse reçue, doivent plus d'une fois résulter de l'infraction des ordres intimés par le Créateur à tout être , chargé en ce monde de perpétuer la vie en la communiquant à son semblable. L'homme qui méconnoît ce devoir sacré, par des motifs d'égoïsme ou de prévoyance , dont la justification ne sauroit être admise , s'expose ( et l'accident n'est que trop ordinaire) à n'imprimer au germe présenté par sa compagne, que ce simple ébranlement propre à y décider une action organique. Cependant l'influence des absorptions et de la nourriture fourme par le sang artériel de la mère , agit sur le fœtus; les fibres nerveuses prennent une direction, le sensorium se détermine , et l'époux , dans ses froids calculs, est tout étonné du résultat de ses imparfaites jouissances. Il a voulu se jouer de la nature, et la nature se venge en lui présentant, au lieu d'un autre lui-même, un enfant souvent mal constitué, plus souvent encore étranger à ses "-ouïs et à son caractère. Il n'a point voulu être père , il ne le sera pas non plus (1). Il a seulement favorisé

(1) Il n'est pas hors de propos de noter ici que, suivant les observations que nous avons été dans le cas de suivre , les enf'ans nés à la suite d'une grossesse inattendue , dans les

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la maternité de son épouse, ear ce n'est jamais impunément que l'on luttera contre la volonté sainte Je celui qui a créé, de celui qui perpétue les espèces. Nous espérons , qu'éclairé par nous sur ses véritables intérêts, l'égoïsme cessera d'éeonduire Ja volupté , ou de la chasser de son sanctuaire même, au grand préjudice de la morale.

En résumé, nous n'envisageons chaque vésicule de l'ovaire , que comme un appartement vide de ses meubles les plus précieux , et que la femme , par un travail organique intérieur, est chargée de disposer pour l'arrivée de l'hôte , dont l'homme est le véritable introducteur. Cet hôte, cet être destiné à résider dans un centre de perceptions, à y posséder une volonté, à perfectionner sa faculté pensante, et à la diriger sans effort vers son Dieu, ne franchit Je seuil de son nouveau domicile, qu'enveloppé du fluide nerveux auquel la sagesse ordonnatrice a jugé convenable de l'adjoindre. Mystère impénétrable d'une création que nous ne sonderons pas davantage dans son origine, puisque nous ne piocéderions à cet examen qu'avec des organes , dans lesquels gît le vrai point de la difficulté !

S'il plaît au lecteur d'appeler un système les idées que nous venons de lui offrir, et qui, jusqu'au moment présent, nous semblent les seules admissibles , nous protestons que notre intention a été beaucoup plus modeste, c'est-à-dire, plus en rapport avec nos forces. Nous nous bornons donc à lui soumettre nos conjectures sous la forme d'un doute philosophique, que la simplicité des vues peut seule recommander à son indulgence.

ménages calculateurs , tiennent beaucoup plus de la mère que du père , sous les rapports moraux et physiques.

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