‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 49 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Vie.

V^/i/EST-ce que la création ? c'est-à-dire qu'est-ce que le globe qui nous porte avec ses liabitans de toutes les espèces, de toutes les classes? Qu'estce que notre système planétaire ? Qu'est-ce que l'univers ?

C'est, en dernier résultat, une communication de l'existence , de la vie , du sentiment , de l'intelligence , de la part de celui qui possédoit, dans leur plénitude , la vie et l'intelligence , et qui n'a pas voulu les posséder seul. C'est la manifestation de l'Eternel , son premier acte extérieur , et l'éclatant témoignage d'une bonté qui n'a pu rester concentrée en elle-même.

Dieu n'est pas une pensée inerte. L'activité et la perfection du mouvement sont dans son essence ; cette activité l'a sollicité de donner de l'exercice à sa force ; c'étoit lui demander la création.

La parole du Tout- puissant étoit descendue comme une semence génératrice, dans le sein de i'abime ; le néant , obligé de révéler ses richesses inconnues à lui-même , avoit enfanté les mondes : la terre, les cieux , l'eau, l'air, la lumière, les ombres qui la rendent plus sensible , la chaleur qui en est probablement le fover, exisloient, et le but de la création n'étoit pas encore atteint. Des soleils allumés dans l'espace , des globes gravitans autour d'un point central, des rapports entre ces globes et ces soleils , de l'harmonie dans l'ensem-

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blé, tout cela n'étoit rien aux yeux de l'Eternel, qui âvoit résolu la vie et la pensée.

Aussi a-t-il toul disposé pour leur apparition, et il leur a prépaie des tabernacles dans la matière organisée. Les molécules élémentaires, ainsi que nous L'avons vu, soumises à un principe d'accroissement, ont végété; les immenses forêts se sont balancées dans les nues ; les arbrisseaux se sont élablisdansune région inférieure ; à leur pied, les autres plantes ont étendu leurs nappes de verdure , de fleurs et de fruits. C'étoit le prélude nécessaire d'une production plus magnifique. Sortis comme par enchantement des retraites où le Créateur les tenoil en réserve, des êtres vivâns , doués d'activiiéont paru , et les animaux ont peuplé les vallons et les collines , les fleuves et les mers , et jusqu'à la colonne d'air qui les surmonte.

J.e théâtre est en mouvement. Je vois partout des germes de sensibilité; je commence à démêler des intentions; mais la scène restera dépourvue de son véritable intérêt , jusqu'à ce que le principal acteur se montre. Dans tout ce qui existe, pas un objet qui mérite l'attention particulière du Toutpuissant. Celui-ci a eu aussi ses vues personnelles, et rien n'y répond encore.

Dans cette longue nomenclature d'êtres qui appartiennent à la matière, et d'êtres animés qui s'en repaissent et la parcourent en tous sens , qu'est-ce qui contemple la voûte céleste ? qu'est-ce qui admire les merveilles du mouvement diversifié? quelle et la pensée qui remonte à une cause? quel est l'instîttet qui seulement la pressente?

Y a-t-il une seule bouche qui balbutie des actions de grâces , une seule voix qui puisse entonner l'hymne de la reconnoissance ?

JLt les notions sacrées du juste et dé l'injuste.

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du bien et du mal moral , dans quels cœurs ontelles été semées? Qui sera révolté à la vue d'un acte inique? qui mêlera des pleurs aux pleurs de l'innocence? qui éprouvera un saint tressaillement en écoutant les généreux sacrifices delà vertu? Alt ï si les animaux av oient reçu ces dons en partage , toute autre création eût été superflue !

Une main libérale a semé partout les étincelles de la vie; quoique plus économe de celles du sentiment , elle a versé sur des myriades d'êtres le bonheur que comportent leurs organes ; mais , avant la création de l'homme , elle n avoit pas encore allumé le flambeau de l'intelligence appliquée aux belles notions de la justice. Djeu vouloit se l'aire des relations, et c'est là seulement qu'il les a trouvées; car l'ouvrier en a avec son œuvre. Il ne la perd pas de vue ; ils ne sauroient devenir étrangers l'un à l'autre, surtout quand l'œuvre a été douée de la faculté de s'élever jusqu'à l'ouvrier, et de lui rendre grâces de l'existence dont elle jouit par son bienfait.

« Homme, glorifie-toi ! Tu étois nécessaire à ton « Créateur ; ta vie n'étoit pas indifférente à la « sienne. Il attend quelque chose de toi , et tu peux « espérer tout de lui. C'est par toi, c'est par les « êtres de ton espèce que sa solitude a cessé; car,. « malgré leur infériorité , dès qu'il existe au monde « des créatures susceptibles de remonter à leur « auteur , petit ou grand, opaque ou lumineux, « le globe qui les porte devient digne des regards « de l'Eternel. »

La disposition matérielle des mondes ne nous semble donc qu'un moyen d'arriver à quelque chose de plus relevé. Si parmi les sphères qui roulent dans les cieux , il en est une seule d'où l'intelligence animée ait été bannie, et si cet astre n'est

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pas , d'ailleurs , nécessaire à l'économie actuelle ou Future tlu système général , nous ne savons que penser de celui dont la voix puissante a retenti clans l'abîme du néant.

Jl \ a\oil nécessité que l'esprit se combinât avec la matière dan-, la production des ('très animés. La vie s'attache à l'organisation ; la pensée se montre là où est la vie, et la pensée elle-même n'est qu'un degré pour parvenir à l'intelligence , au jugement raisonné et à des conséquences morales.

Oui osera séparer l'intelligence d'une vie quelconque ? Le premier des êtres , l'être générateur prend le titre de Dieu vivant. L'intelligence n'est certainement point matérielle ; qui a dit que le principe de la vie sensilive le soit V Son union avec la matière n'en est point une preuve; bien loin de là : puisqu'il y a différens modes d'organisation , et que tous sont habiles à recevoir l'impression de la vie , il seroit plus conséquent d'admettre l'adjonction d'un principe sensitif commun à cette multitude de mécanismes , que de le faire naître de tant de millions de combinaisons diverses. Où la nature met du mystère dans des actes régis par une même loi , il convient de se ranger du coté de l'unité.

On peut vivre sans penser, et c'est le cas de certains animaux crustacés , chez lesquels il y a tout lieu de croire que l'existence se réduit à un simple mouvement digestif ou machinal ; on peut penser, sans donner naissance à des idées morales , ainsi qu'il arrive dans certaines espèces d'animaux perfectionnés; mais nous tenons pour impossible de penser sans vivre. La pensée résulte d'une opération complexe qui veut un être mixte. Dans l'exactitude de l'expression, Dieu ne pense pas; il voit tout en lui-même, parce que sa vie dilfère delà notre.

Examinons au moins clans ses effets ce grand mobile d'action d'où la nature tire une énergie sans cesse nouvelle.

La vie ne se reçoit, ni ne se perd en masse suivant le cours ordinaire des choses. Déposée dans ce point animé, que le germe de trois jours montre chez les vivipares , transmise probablement par le fluide générateur de l'homme , elle s'accroît graduellement. Sa destinée est de lutter sans relâche contre la dissolution des parties, ou leur tendance à se classer suivant leur pesanteur respective, dont les lois semblent n'avoir pas été consultées dans l'animalisation. IN ou s n'oserions dire qu'elles ont été méconnues dès l'origine, ou seulement dès la première formation du fœtus , qui ne seroit peutêtre qu'une sorte de pulpe cérébrale d'une nature homogène , et qui alors tirerôit incessamment du sang de sa mère la matière des os, des ongles et des muscles; car il n'est pas sûr qu'il y ait coexistence de ces diverses parties dans le germe fécondé. L'enfant de quinze jours n'est pas l'enfant qui vient d'être conçu. N'ayant pas prétendu fonder un système clans le chapitre IV, pourquoi voudrions-nous écarter les lueurs de vérité qui pourroient éclairer ce sujet de h ules méditations ? Etrangers à une telle pensée, nous nous ferons constamment une loi de favoriser les jours par lesquels il deviendroit plus accessible.

Jusqu'à la maturité de l'âge, la lutte dont nous parlons a pour résultat d'accroître toutes les puissances de l'individu; chaque jour celui-ci fait des conquêtes , parce que le principe qui agit en lui est supérieur auxélémenssur lesquels il s'exerce. Lassé ce terme, chaque jour les résistances gagnent de la force par la raison contraire ; la vitalité décline et se retire avec perte , jusqu'à ce que la dernière

heure du combat donne le triste signal d'une entière <î faite.

Les deux extrêmes de la température s'opposent à faction de la vie. Les germes ne se développent ni dans les ardeurs du feu , ni dans les concrétions glaciales. 11 est pourtant vraisemblable qu'un grand nombre se conserve dans les unes comme dans les autres. Une chaleur et un froid excessifs mettent obstacle à la dilatation des parties organiques, sans laquelle leur accroissement ne peut avoir lieu. Comme ils ne sont que des principes , il faut qu'ils puisent au dehors une nourriture. Le feu et la glace ienleveroicnt plutôt que de la donner. Où celui-ci règne en tyran , la circulation des fluides cesse*, et avec elle la vie disparoît; où sa retraite est absolue, le même effet se remarque encore. Ses triomphes et ses défaites sont également funestes à la vie organique.

Nous avons vu que les végétaux jouissent de la vie. Leur mouvement arrêté dans des bornes déterminées , ne s'étend pas jusqu'à la faculté locomotive; leur sensibilité, si on peut donner un tel nom à quelques affections vagues , ne répond à aucun point central et essentiel, et tous leurs actes procèdent d'impulsion et non de volonté.

L'animal se meut, sent, juge et se détermine à mesure que l'on fait des pas dans ce règne merveilleux de la création. Voilà les grandes différences : plus que minérale , plus que végétale, son existence est une vie perfectionnée. Les deux systèmes dont elle se compose sont surtout remarqués dans l'homme. Il ne nous appartient pas de décider quel rang celui-ci tient dans la vie possible , dont le dernier terme est Dieu; mois il est probable que pour y atteindre il y auroit bien d'autres degrés à franchir.

La vie a été attachée à une certaine disposition c!e !a matière : si elle n'étoit clouée de sentiment, elle pourroit n'être que matérielle. Le mouvement en est l'origine et le premier acte; l'attraction et la cohésion des parties en sont l'effet : la conservation et la personnalité de l'être, le but. La cessation du mouvement en détermine la fin.

Sa continuité tient à l'irritabilité musculaire au moyen de laquelle le sang veineux, épuré et renouvelé dans l'organe de la respiration, est distribué par les artères, en manière d'aliment et de calorique, aux diverses régions du corps.

Cependant le cœur, ce muscle principal , n'a pas été reconnu dans tous les corps animés; quelques productions vivantes semblent acéphales; d'autres cire dépourvues, ou se passer, pendant un certain temps , des organes de la respiration. La seule circulation ou absorption d'un fluide, chez toutes, paroi t constante ; car le rotifère ne vit vraiment qu'à l'instant où il est humecté. Le principe de la vie est un; mais il se présente avec différens modes et différens caractères, suivant la nature des êtres que Dieu appelle au partage de ce don céleste.

Pour leur en faire connoîlre le prix, pour les convier à veiller à sa garde, un grand miracle a été opéré en leur faveur : un sentiment ineffable les a rendus participans de leur propre existence. Ainsi le cèdre du Liban peut envier le sort de la mite et de la fourmi.

Les expansions nerveuses , après avoir communiqué avec les parties du mode palpable dont les relations importent à l'individu , aboutissent cà un centre qui, lui-même, soutient des rapports avec tout le mécanisme. Si le cerveau aide aux fonctions vitales , il en recueille bien plus le fruit : car c'est , pour lui, que le jeu de l'organisatiou entière existe.

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Objet des attentîoDS les plus délicates de la sagesse créatrice, sa texture classe l'animal dans l'échelle réelle des êtres.

L'iioninie , en particulier, lui doit toute sa prééminence. C'est de là qu'il part dans ses actes; cVst là qu'il aboutit dans ses impressions. Seule absolu- j ment personnelle dans le sujet, la substance médullaire ne nourrit rien, ne porte rien; mais elle donne l'impulsion à tout. Dépositaire de tous les secrets de l'être, elle transmet toutes ses volontés, et oblige toutes les autres parties à y correspondre, sans les honorer d'une seule révélation. Le tube intestinal alimente le corps par l'absorption du chyle; le poumon le ravive par celle de l'oxigène, et peut-être par la conquête d'un fluide encore plus précieux; le cœur perpétue le mouvement par son irritabilité: le cerveau s'approprie ce triple travail. Quatre grosses artères sont chargées de lui en voiturer le tribut, et se subdivisent pour le disséminer dans sa masse. Il ne lui faut rien moins que la Heur d'un sang vierge. Ainsi nourri, échauffe, excité, il a sa vie propre , qui est la mesure et le complément de la vie générale. La pensée y prend naissance ! autant vaut dire que l'encéphale renferme tout l'homme , puisque le sentiment intérieur y a aussi son trône !

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