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trouveroit le motif dans un défaut de proportion entre la vie morale et la vie physique. Pour soulever des jouets, il ne faut pas le génie d'Euclide. 11 en est de même de l'état d'imbécillité où languissent quelques personnes robuslement constituées. La débilité organique, accompagnée d'une intelligence en rapport avec l'âge du sujet, excite beaucoup moins notre élonnement, parce qu'il nous est facile d'attribuer cet état de foiblesse à une cause accidentelle ou morbifique. Les progrès de l'esprit se réglant sur celui des années , la marche de la nature ne nous semble pas avoir été contrariée dans son travail le plus essentiel , qui est d'établir un équilibre entre les ressources de l'intelligence et le sentiment des besoins. D'ailleurs, comme notre espèce ne tire point son caractère distinctif <le la force des muscles, nous regrettons moins les pertes cpie ce système a éprouvées , quand elles tournent au profit de l'autre. Ainsi , je ne m'étonne pas que Pascal, foible et délicat à trente ans , soit en même temps l'un des premiers génies de son siècle; mais je m'étonnerai qu'à douze ans , il ait résolu le problème de la roulette , et je m'affligerai de voir Thersile et Irus , taillés en Hercules , devenir l'un le jouet de l'armée des Grecs devant Troie , l'autre celui des enfans d'Ithaque.
L'application des mêmes principes nous apprends qu'un être ne sauroit atteindre le degré de perfection morale à laquelle il est destiné , si ses organes essentiels et caractéristiques ne sont pas mis en action. Ainsi, la femme ne touche au but prescrit qu'après avoir passé par les états d'épouse, de mère et de nourrice. Il est facile de démontrer que , sous ces trois rapports , il s'opère dans son uisu des déveioppemens physiques qui , s'ils n'en
changent la nature , la modifient, et lui donnent une véritable extension. La jeune personne qui a rencontré le protecteur de sa faiblesse , cesse de se livrer à ces idées inquiètes dont l'influence est trop souvent préjudiciable an tempérament. L'interruption des règles pendant la grossesse , les progrès du sein qui en sont la suite , l'activité des ganglions internes qui communiquent avec celui-ci , avec l'abdomen et le champ consacré à la reproduction de l'espèce, de nouvelles sécrétions et de nouvelles sensations sont bien propres à susciter des changemens dans un être délicat , dans un être où tout se coordonne, et où les parties les plus notables , en soutenant des relations prochaines ou éloignées, subissent une dépendance réciproque. C'est une chose que les pages savantes du Dictionnaire de science médicale, d'acordavec l'expérience, ont mise hors de doute. Ce qui l'est également , c'est que ces changemens ne peuvent avoir lieu dans les habitudes du corps, sans qu'il s'en effectue de semblables dans celles de l'esprit. Les sens sont les x occasions des idées : ajoutez ou retranchez à ceuxci , vous donnerez de l'essor, ou vous imposerez des bornes à l'être spirituel. D'où l'on est fondé à conclure que la jeune vierge et la femme soumise aux lois de l'hvmen , sont deux être distincts ; que le cercle moral de la première est nécessairement resserré, par cela même qu'il existe chez elle des organes sans emploi , tandis que l'autre obtient, avec le développement de ses facultés organiques , celui de ses facultés aimantes et intellectuelles. Enfin , l'une est un être arrêté dans la marche tracée par la sagesse ordonnatrice ; l'autre , en correspondant à ses vues , est devenue ce qu'elle pouvoit et devoit être, c'est- a - dire, qu'elle est vraiment femme. Elle coimoîtra toutes les craintes et toutes
les espérances, tous les chagrins et toutes les délices attachés à cet état.
C'est principalement dans la différence des sexes que l'influence des constitutions sur les mœurs paroît décisive. L'hommte et la femme sont les deux genres d'une même espèce. Leur structure a été ordonnée sur un seul plan ; aux organes sexuels près, l'examen anatomique n'en tire , pour aucun des deux , de caractère vraiment distinctif. Chez l'un et l'autre, la distribution intérieure des trois ventres est semblable ; les charpentes osseuses, les épatemens des muscles, les ramifications des nerfs, le système circulatoire , l'absorption etles sécrétions se présentent sous un même aspect. La pulpe cérébrale et les cinq sens qui y aboutissent, suivent à peu près les mêmes règles analogiques , et pourtant quelle diversité , nous pourrions dire , quelle opposition dans les goûts, les penchans et les habitudes î
L'amalgame à la masse du sang d'un fluide élaboré dans les glandes viriles , dessine , entre les deux sexes , les principaux traits du contraste. Indépendamment des formes qu'il fait saillir et des teintes qu'il prononce , dans l'un il appelle avec la iorce le sentiment qui en apprend l'usage; dans Vautre son absence laisse la texture molle et délicate. L'être qui a la conscience de sa foiblesse , y cherchera nécessairement un remède. Il voudra plaire pour être protégé ; il aimera tendrement , pour être plus sûr de son appui. Ni le pampre de ia vigne, ni celui du chêvre-feuille ne sont compacts; mais leurs étreintes y suppléeront bientôt , et ces deux arbustes, enlacés aux branches fortes de Forme et du chêne , braveront les tempêtes.
De là une manière différente d'opérer dans les mêmes actes de la vie. Où celui-ci voudra renverser les remparts et monter à l'assaut , celle-là
pénétrera par surprise : où l'un sera fier et menaçant, l'autre aura pour elle un sourire ou des larmes et n'en sera pas moins certaine du succès.
Une femme chez laquelle des affections vertueuses secondent la douce influence de la nature , aime comme elle vit, comme elle respire. L'amour , dans toute sa pureté , semble le principal élément de son être. Il perce , il échappe dans les moindres actes de sa vie domestique. Voyez cette jeune fille qui cultive une fleur : elle la soigne avec délices ; elle lui donne des supports avec une tendre commisération ; elle l'offre aux rayons du soleil; vous diriez qu'elle la caresse de ses propres regards. L'aiguille , entre ses mains , est-elle employée à nuer des couleurs , ou à piquer un simple corset ? saisissez le mouvement presque imperceptible de ses lèvres : vous verrez qu'elle sourit à son ouvrage , et que c'est d'un sourire d'amour. L'homme, dans son énergie , travaille à vaincre les obstacles ; il s'opiniâtre , il lutte contre eux corps à corps ; il s'arme presque de colère là où la femme semble se livrer à un goût, suivre un penchant, obéir à une douce inspiration , ou ne rien attendre que de son zèle et de sa patiente assiduité. Il y a de l'affection dans le regard qu'une femme abaisse sur la foible enfance , ou qu'elle porte sur la caduque vieillesse. Elle aime en prenant pitié; elle aime en soulageant des douleurs, tandis que l'homme protège , et s'enorgueillit le plus souvent du secours qu'il accorde.
Nous voulons être craints , respectés et considérés ; nous ne marchons , au moins en idée , qu'avec des faisceaux et des trompettes. Ces vues sont presque étrangères aux femmes ; ou si elles cherchent à faire naître quelqu'un de ces sentimens, c'est encore, et quelquefois en dépit d'elles-mêmes , pour inspirer de l'amour. En cela elles sont dupes
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clos illusions de leur cœur ou île leur vanité. Christine , Elisabeth et Catherine II eroyoient qu'une princesse a le droit de faire naître autour d'elle des passions. La première abdiqua le souverain pouvoir, mais s'en réserva encore assez pour prouver d'une manière terrible qu'elle vouloit être aimée en reine. Ce fut aussi la prétention des deux autres. Elles iirnoroient combien est rare le bonheur des unions dans lesquelles le sexe apporte une mise de puissance et de richesse. A quoi s'attachera celle qui, dans la vie, n'a besoin d'aucun support? Et quel charme un mari trouvera-t-il dans des nœuds où il lui faut oublier les droits qu'il tient de la nature? Il convient donc que le dernier conserve une sorte de dignité dans son amour , puisque ce sentiment chez lui est une dépendance de sa force; la femme , au contraire , mettra de l'abandon da.is le sien , puisqu'il n'est à proprement parler qu'un recours de sa foiblesse.
Avec de l'ambition vous ferez des héros ; avec de l'amour vous ferez des héroïnes. Les deux mobiles des deux sexes sont distincts ici comme leur organisation. L'Evangile devoit conquérir dix fois plus de prosélites parmi les femmes que dans la classe des hommes, et la chose a eu lieu. Une religion qui de l'amour fait un devoir , n'étoit pas seulement dans le cas d'être discutée par elles. La piété étoit dans leur cœur : le précepte n'a eu qu'à la réveiller. Prier, pour elles, c'est aimer. Leur débilité organique semble ne leur avoir laissé que ce seul moyen, dans la société , comme dans leur intérieur , de parvenir à leurs vues. A beaucoup d'égards , leur vie n'est qu'une prière perpétuelle ; mais qu'elles n'en veuillent pas trop à la nature de les avoir soumises à ce rôle, puisque le plus souvent leurs prières équivalent à des ordres.
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L'athéisme devoit être fort rare chez les femmes. Il y offriroit quelque chose de plus repoussant que dans l'homme, à titre d'inconséquence morale et de monstruosité physiologique. ^ ictimes de leur foiblesse comme de notre humeur altière , qui invoqueroient-elles, si elles ne reconnoissoient un juge de leurs maîtres? Et quel autel leur seroit-il permis d'embrasser , quand celui de la loi même se refuse si souvent à leurs étreintes?
Il résulte de la conformation des deux sexes , que le plus foible sera l'être aimant par excellence. Aussi offrent-ils à l'observateur un spectacle trèsvarié dans les modifications deleur sensibilité. Quelle différence de la tendresse filiale chez la femme à celle que ressent un homme , et qu'au prix de l'autre , il témoigne si imparfaitement ! La différence de l'amour maternel au paternel est peut-être encore plus positive. Ce sentiment dans le sexe qui conçoit, parle à chaque instant de la vie ; il s'exprime par une continuité d'attentions , de délicatesses et d'actes souvent involontaires , tandis quel'homme, par cela même que sesmouvemens sont plus énergiques, ne sauroit les répéter avec la même abondance. Et s'il s'agit de l'amour proprement dit , combien la femme ne nous laissera- t-elle pas loin derrière elle? Quant à l'amitié , cette douce solidarité qui s'établit entre deux êtres, en passant sur un fond d'amour, elle contracte quelque chose de touchant et d'onctueux qui en accroît le charme. \ ous la trouverez avec ce caractère dans l'épouse qui a vieilli doucement à côté de son époux ; vous la trouverez dans presque toutes les femmes chez lesquelles elle succède à un sentiment plus vif et peut-être moins tendre.
Nous aurons occasion de remarquer que de la diversité même des constitutions naissent les devoirs
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particuliers aux deux sexes. Le sentiment de la force apprendra à en modérer l'emploi , celui de la foiblesse à ne pas recourir à la violence qui, entre des mains délicates, ne seroit jamais qu'une arme impuissante; et trompeuse. Le droit de protéger, de nourrir, de commander même, sera attaché au premier état; l'autre se contentera du droit séduisant de plaire , de consoler , d'encourager au travail et d'adoucir, par l'influence certaine des grâces, l'austérité du commandement.
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