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de la leur fendre. La direction des idées ne se rétablit qu'avec une peine extrême , et encore faut-il faire aux temps et aux mœurs des concessions qui n'altèrent, ni la pureté de la morale, ni le fond de la doctrine. Dans ces derniers jours, on a fait courir des missionnaires en France. Dès qu'un dessein se montre trop à découvert , l'homme est cuirassé ; on ne gagne pas les mécréans , et en exaltant l'esprit des foibles , on n'obtient que des fanatiques. Ce n'est pas par des croisades que l'on rétablit les relio-ions sur lesquelles il a été porté un œil scrutateur ou téméraire. C'est en les raccordant aux institutions. L'Evangile, ce plus beau présent que le ciel ait pu l'aire à. la terre, a cela d'admirable, que sa touchante simplicité pourroit , à la fois , se prêter à toutes les formes de gouvernement, et se passer des prestiges auxquels les autres cultes ont trop souvent besoin de recourir.
Dans plusieurs écrits qui d'ailleurs ne sont pas dépourvus de mérite, on se plaint du peu d'influence des opinions religieuses, sans s'apercevoir qu'il n'est au monde qu'un seul moyen de la faire revivre et que ce moyen est de les mettre en harmonie avec les besoins nouveaux , et les principes politiques qui nous régissent. Mais on s'obstine à ne présenter l'existence de Dieu , qu'à côté de la doctrine du pouvoir monarchique absolu ; on accole à celle de l'immortalité de l'âme des idées de service, et de sujétion ; enfin une certaine classe d'auteurs enveloppe ces vérités essentielles de formes théocratiques et féodales , comme s'il n'étoit pas insensé de donner à soupçonner un piège, en couvrant d'un amas de feuilles desséchées , le trésor où il seroit à souhaiter que vînt puiser l'universalité des hommes? Pour complément de maladresse , après avoir disposé le terrain d'une manière insidieuse ,
on écarte les jours et on repousse les lumières. Qu'arrive-t-il ? des citoyens justement ombrageux s'éloignent de ce qu'il y a de meilleur. Une religion, qui ne permet ni de discuter, ni de défendre les droits sociaux, devient suspecte. Est-ce en effet, en parlant sans fin de l'autorité qui lie, est-ce en insultant sans mesures aux nobles élans de la pensée , qu'on prétend ramener les peuples aux pieds des autels? Et cela n'a-t-il pas un peu trop l'air d'y conduire des victimes?
11 est certain que dans cette marche , on montre bien peu de connoissance de l'homme; il aime, il chérit sa liberté; il y voit le cachet de sa prééminence sur le monde matériel et animé : et ce n'est pas au nom du Dieu de qui il la tient qu'on pourra désormais la lui ravir. Montrez-lui donc , qu'au lieu de les menacer , les sublimes préceptes du christianisme protègent les belles conquêtes de la raison ; ne présentez plus la coupe à ses lèvres , après l'avoir frottée d'absynthe ; que, semblables aux vaches maigres du songe de Pharaon , les vieilles institutions , ramenées par vous , cessent de s'approcher des institutions nouvelles pour les dévorer; car on ne sauroit se dissimuler que les ministres del:Eglise romaine, par une sorte d'instinct qui les avertit d'une réduction de pouvoir temporel, ont peu d'attachement pour le régime représentatif et rejettent même les principes qui en sont la base. Déjà ils redemandent par tout l'éducation et ils ne veulent f>as former des citoyens ; ils parlent sans cesse d'éever les âmes à Dieu , et ils ne veulent pas seulement qu'on sache lire ! si cet état de lutte se prolonge , on peut prédire de deux choses l'une : ou que la religion , à force de contraster avec des sentimens , qui sont devenus nos plus chères habitudes, périra faute de se fondre dans les mœurs , ou qu'elle
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tuera la Charte et la raison publique cle l'Europe , ce qui seroit un égal malheur.
Prédicateurs d'une religion qui n'a fait beaucoup de bien qiie parée que, parfont elle n'a vu que des frères , soyez conséquents : vous savez que dans les actes cle sa vie domestique , L'homme ne seroit pas plus responsable qive la brute à Laquelle il a confie la garde cle sa porte , s'il ne possédait un libre arbitre; et vous prouvez fort bien qu'il en a la jouissance : pourquoi retraneheriez-vous cle sa vie publique Je même ressort qui la rendrbit plus morale et l'ennobfiroi! à ses propres veux V égaûi devant la religion , pourquoi ne le serions-nous pas devant la loi? Sachez que la servitude et l'obéissance passive dégradent tout ce qu'elles touchent: Sans la Liberté qui donne du prix à son hommage , l'archange ne seroit pas digne d'approcher du trône du Tout-puissant.
De tout ce que nous avons dit clans ce chapitre et le précédent , on peut conclure que L'homme est né libre , qu'il reste libre , et cpie l'exercice de sa liberté peut seul y porter une sorte d'atteinte.
La nécessité , pour un être moral, de surveiller ses habitudes, est elle-même la conséquence de cette vérité. Il n'est personne qui n'ait été clans le cas d'éprouver combien leur influence est quelquelois décisive dans la conduite de la vie. Que d'actes, des motifs desquels on n'a pas d'autre compte à se rendre ! Le célèbre Campanella n'est-il pas entré dans le secret du caractère de certains individus, en adoptant pour un temps leurs manies ou leurs usages. L'imitation sur lui-même de leurs gestes et des traits principaux de leur physionomie , clonnoit à ses idées une nouvelle direction, dont l'étude lui a ouvert plus d'une ibis la porte du cœur humain. Tous les actes delà vie ne sont que des conséquen-
ces. Lorsque la raison semble entravée par la compression cérébrale qui provoque le sommeil , le mouvement des fibres médullaires transforme en pensées les perceptions reçues dans le jour ou dans les morne n s les plus décisifs de noire carrière. Alors , l'ambitieux s'entourera des hochets de la vanité, l'avare palpera des métaux; quoique fermé l'œil du voluptueux ceindra des formes provoquantes^ et nagera au milieu des Lys et des roses.
Celui qui, dans le sommeil, se livre fréquemment à des actes injustes, peut s'observer : il a acquis une tendance au mai ; les mêmes fibres inviteront plus d'une fois lame à s'égarer dans le jour , et la vie sera difficilement innocente chez celui dont le songe est constamment criminel. C'est la veille qui a préparé le rêve : mais le rêve , à son tour , ne sera pas sans influence sur le lendemain ; bien entendu que nous n'érigerons pas en crime ces mouvemens qui résultent des besoins même d'une nature bien organisée.
Il est remarquable que les songes des célibataires des deux sexes , sont plus voluptueux que ceux des personnes mariées, La raison suffisante s'en trouvera dans le défaut de sécrétions des organes générateurs. L'absence prolongée des alimens dans l'estomac, y excite le sentiment de la faim que reportent au cerveau les nerfs dont il est tapissé ; ainsi, la présence trop active de la liqueur séminale dans les glandes où elle s'élabore , sollicite un épanchement dont le besoin, par l'intermédiaire des nerls , arrive au siège de l'intelligence. Pour être exempt de ces vifs désirs qui convient les sexes à se rapi>£©ener l'un de l'autre , il faut donc attendre que la nature , à laquelle on ne résiste jamais impunément, ait détourné le cours de cette
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liqueur, dont l'emploi accomplit ses projets, et constitue la perfection d'un être organique.
Les institutions finissent par déterminer les mœurs des peuples , comme les habitudes celles des individus. Une bonne loi aura plus d'influence sur
le caractère national, que le climat et la température. Elle inclinera l'esprit des citoyens vers ce qui est bon, juste , honnête et profitable au bien publie. C'est en quoi s'abuseront tous ceux qui liront superficiellement l'immortel ouvrage du président de Montesquieu. La vertu n'est pas dans l'air ambiant ; elle est dans la volonté et dans la direction qu'on lui donne. C'est dans les cœurs qu'elle jette des racines profondes, à raison même de la culture qu'elle y reçoit. La gloire et les récompenses appliquées aux actes louables , la ravivent à l'instar d'une fraîche rosée. Ainsi fécondée tout terroir lui devient propre , sous la ligne comme sous le pôle; car en tout pays, une bonne législation est une lutte heureuse de l'intérêt de tous, contre l'intérêt personnel. 11 est vrai que la détente du ressort, quant aux mœurs publiques, rendroit les esprits à l'influence du climat et de la nature.
Allez, asseyez-vous sur la pointe du cap Sunium, près des ruines du temple de Minerve; marchez dans un religieux silence, 4e long de la route du Céramique, bordée des tombeaux d'Aristide, de Thrasibule, dePériclès et cleTimoléon : interrogez leur cendre ; de là , descendant sur la côte héroïque duLatium, dirigez vos pas vers la veuve du peuple roi, vers cette ville , dont le pouvoir colossal a pesé pendant tant de siècles sur le monde connu ; prenez dans les mains de cette terre foulée si souvent par le quadrige qui portoit les consuls vainqueurs au capitole, et l'élevant vers le ciel, sommez-la de vous
dire , si c'étoit bien elle qui formoit les âmes grandes et vertueuses?
Comme eelïe du Céramique , la poussière de la voie sacrée vous répondra :
« Je suis encore composée des mêmes atomes que « s'assimilèrent les corps des Fabricius et des Ca- « ton. C'est un prêt qui m'a été rendu. Le même « air me pénètre, le même soleil me réchauffe , la « même rosée me fertilise; mais je ne fais pas plus « qu'autrefois, les sages et les héros. Ce sont les « institutions qui forment les hommes ; ce sont les « mœurs qui maintiennent à. leur tour les institu- « lions. Les mœurs deviennent des habitudes domes- « tiques; elles font corps avec le citoyen, auquel, « dans un état bien réglé , on les voit offrir en pers- « pective des modèles dignes de lui. Voilà comment « le bien général se transforme en loi. La volonté « des âmes fortes s'y attache avec énergie , et cha- « cun obéissant à la simple action des mœurs pute biiques, atteint, par elles, le degré d'élévation « auquel il lui était permis de prétendre.
« Jadis je donnois au sage des organes qu'il parte venoit à dompter dans la lutte des passions ; je « donnois au guerrier et au magistrat la vigueur « du corps dont se renforcoit celle du caractère, ce Aujourd'hui , j'assouplis avec les mêmes élé- « mens l'âme des esclaves; je la façonne au joug, « je l'amollis dans les délices de la volupté, parce « que les institutions , les mœurs et les volontés ne ,« sont plus les mêmes. Rendez-moi mon sénat, mes « consuls, mes tribuns et mes censeurs; remettez « en honneur mes couronnes de chêne , et de mon « sein il sortira encore desCaton et des Fabricius.»
Ainsi vous répondra la terre des héros , aux champs du Lalium et du Céramique.
L'homme fait l'homme. Une génération prépare le bonheur ou le malheur de la suivante.
Nous ne saurions méeonnoître, dans un ouvrage hilosophiqûe , un des bienfaits de la philosophie. ,c gouvernement, représentatif dû à son influence, dans son action décidée sur les esprits, trouvera tout ce qu'il faut pour élever la nation française à mi haut degré de gloire ; il viendra, chez elle, au secours d'un ressort qui a perdu , en partie, son action . sans qu'on puisse se flatter de le retremper avant l'écoulement d une longue période d'années. L'amour de ta patrie est aussi une religion, au moins il y ramène par la conformité des senlimens grands et généreux qu'il inspire. Honneur soit au prince à la pensée duquel fut présente la dignité de l'homme , dont un triste concours de circonstances tendoit à bannir partout le souvenir! Maître de régner par la force, au moins pour un temps, il a demandé des lois , et il les a appelées lui-même autour d'un trône libéral. L'ordonnance du 5 septembre 1816 a rendu une patrie à vingt-neuf millions de citoyens; elle a fait cesser l'état de guerre sourde et de dissolution prochaine , qui menaçoit le corps social. Par la nature même des. .-choses, les intérêts les plus divergens finiront par se confondre dans le sentiment de l'intérêt commun. Ce que, malheureusement, on ne pouvoit plus demander au nom du ciel, Louis XV III l'obtiendra au nom de la grande famille dont il est le père révéré. Une impulsion nouvelle est donnée aux esprits , et nous sommes persuadés qu'il en résultera, dans le caractère national, des modifications très-importantes, qu'avant la fin de sa carrière, l'observateur actuel s©ra en mesura d'apprécier.