‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 61 sur 79 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Du vice et de la vertu.

JMous avons vu l'esprit de sociabilité naître de l'organisation de l'homme. La moralité , que l'on pourroit définir une observation des lois , en vertu desquelles les rapports sociaux doivent avoir lieu , a eu la même origine. Nous voilà sur les traces des grands principes , suivant lesquels on est autorisé à juger la vie de chaque individu dans son ensemble et dans ses parties. Il ne nous sera pas difficile de reconnoître que ces principes sont fondés sur les rapports même de l'association.

Rien de vague ; rien d'idéal dans les notions du vice et de la vertu. C'est à tort que les moralistes, par leurs définitions , puisées dans un ordre de choses trop étranger à ce qui se passe sous nos jeux , sont parvenus , en quelque sorte, à faire de lun et de l'autre des êtres abstraits.

La sagesse créatrice n'a pas imposé à l'homme des devoirs gratuits ; elle s'est adressée à son intérêt personnel avant de parler à sa raison. C'est de la pratique des règles auxquelles est assujettie toute existence, qu'il est conduit au respect des droits de ses semblables. Pour qu'il devînt sociable , il a été placé dans un état de dépendance ; pour le conquérir à la justice , on l'a soumis aux besoins et à la douleur ; dans l'amour de lui-même , il a trouvé la bonté qui s'oublie; et la générosité, prête à s'immoler , n'est devenue en définitif que l'effort souvent pénible , mais non dépourvu de jouissance,

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de l'égoïsme qui s'ajourne , ou change de direction au profit de l'espèce.

Ils se sont abusés ceux-là qui ont prétendu qu'une créature humaine ne lût pas mue par son plus grand avantage , autrement par son plus grand plaisir. Ils eussent dû se borner à nous montrer tous les deux dans les choses qui ne blessent point l'intérêt commun. Le dogme qui place un bonheur plus grand hors cette vie , où il y a conflit et rivalité , s'il n'étoit indiqué par le vide d'un cœur que rien ne peut remplir , seroit de toutes les inventions la plus adroite.

Quand la supposition d'une chose est essentiellement nécessaire au maintien de quelque partie ou de l'une des grandes masses de la création, on peut admettre son existence positive en principe rigoureux et certain. J'ignore quelle force détermine la gravitation ; mais on ne sauroil douter que cette force existe.

Les beautés de l'ordre physique ont donné le sentiment d'une religion ; les imperfections de l'ordre moral l'ont rendue nécessaire. Où le bonheur d'un seul individu, froissé, malgré la conscience de ses droits, rencontre des obstacles insurmontables, le recours à une autorité supérieure devient une loi ; il découle de l'essence même des choses.

Qu'est-ce que le vice? qu'est-ce que la vertu? Nous l'avons dit pour l'homme qui se donne la peine de réfléchir : ce sont de riches conséquences de notre position relative , et par conséquent de notre organisation. Dieu n'a pas fait deux êtres privatifs et distincts , en la vie présente , de l'âme et du corps. Dès l'instant que l'un ou l'autre est frappé , l'être primitif n'existe plus ; mais réunis , ils agissent simultanément ; ils sont solidaires de

leurs faits , et de leur fusion même résulte le mode de personnalité voulue par le Créateur.

Il n'y a de beauté organique que dans ce qui est utile au corps tel qu'il est constitué. Il n'y a de vertu que dans ce qui concourt au bien-être de l'espèce et de l'individu.

Ceci demande à être développé. On y trouveroit la matière d'un livre qui, traité avec les soins convenables, auroit droit à l'estime. Nous espérons que le lecteur nous suivra avec intérêt dans cette partie de notre travail. Si malgré notre désir et nos efforts, l'espace que nous avons jusqu'à présent parcouru , lui a semblé quelquefois aride, nous nous flattons que des sites plus heureux vont reposer sa vue , et qu'il nous saura gré de le conduire , au moins pendant un temps, sur des terres em~ preintes à chaque pas de la bonté de son Auteur,

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