CHAPITRE XVI
Du beau et du difforme matériel dans les corps animés , et principalement dans la femme.
J.JE beau et l'utile , dans les mœurs comme dans les arts, n'ont qu'une même origine. Chez l'être, animé, une conformation de membres ou d'organes ne semble heureusement disposée que lorsqu'elle répond à sa destination , et l'œil n'en suit avec plaisir les contours , qu'autant que la convenance des parties avec le tout a été observée.
Ty niée de Locres , cet écrivain si souvent et avec plus ou moins de succès commenté par Platon , a Bien dit (1) : « que les principes de la beauté sont « les justes proportions des parties selon les parties « entre elles , et les proportions de ces mêmes parce lies avec l'âme ».
Ces deux lignes sont pleines de sens , et nous allons bientôt Je prouver en les appliquant à l'un des chefs-d'œuvre de statuaire en possession d'être admirés des artistes , chefs - d'œuvre que le temps semble avoir épargnés par respect pour la gloire d'un peuple qui , n'occupant qu'un point sur la terre et dans les â^es, n'a pas laissé de montrer jusqu'où pouvoit s'élever, dans l'homme, la force de l'âme , celle du corps et la sagacité de l'esprit.
Nous n'oublierons pas qu'un peu plus loin le
(1) Tymée de Locres , de VA/ne du monde, ch. 5,8, 9 et 10.
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même penseur ajoute avec une précision qui équivaut à tout un traité :
« La nature a arrangé le corps à l'instar d'un tact bernacle , comme un instrument pour être obéis- « sant à ses lois ; et harmonique avec les règles de « la vie ».
Que notre imagination se représente cette Vénus dont le droit des armes nous avoit rendus dépositaires envers l'Europe savante , et dont nous espérons que notre œil , ravi par les chefs-d'œuvre du ciseau français, cessera bientôt de chercher la place sous les voûtes de notre muséum repeuplé : nous reconnoîlrons , dans cette production, l'être organisé pour bien sentir , pour communiquer à autrui cette belle faculté, et pour offrir, en toutes ses parties , le plus doux accord de l'intelligence et de la matière.
Mais pourquoi recourir à un marbre insensible? Nous n'y trouverons ni la fraîcheur de coloris , ni la vérité d'expression , qui peuvent mettre dans tout leur jour la justesse de l'application de nos principes.
Le beau est le bon ou l'utile. Suivez la ligne qui, dans ses mouvemens gracieux , parcourt le corps de cette jeune vierge dont la nature , sous l'influence d'un beau ciel et d'une éducation libre, après quatre lustres révolus , vient de développer les charmes : cette ligne est moelleuse et flexible, parce que l'être dont elle détermine les formes devoit avoir en partage la souplesse et la dextérité ; elle s'arrondit aux épaules pour se prêter sans gêne à l'emmanchure des bras ; elle rentre vers cet endroit de la taille où aucune adjonction démembres n'exige une dépense d'embonpoint, et où, au contraire , la plus grande facilité des principaux mouvemens semble solliciter une réduction de vo-
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lu me; elle s'évase avec le bassin où la nature s'est ménagé le champ nécessaire à la reproduction de l'espèce ; de là, par une déclivité heureuse , elle coule vers le genou où elle s'arrête un instant dans l'intérêt des articulations , et arrive à la plante des pieds , après avoir figuré les cônes agréables de la cuisse et de la jambe renversés sur leur pointe; car il falloit que la créature humaine , assujettie à une dépendance momentanée du sol, où elle paroîl à peine un jour , n'y posât qu'avec légèreté et une sorte d'intention de ne le fouler qu'en passant.
Vous remarquerez que les ondulations de cette li^ne , qui est le caractère particulier du sexe féminin, ont été décidées pour le plus grand avantage du sujet. Toujours variée dans ses molles inclinaisons , sans autre motif que de se prêter à des besoins divers , ici elle se renfle afin de contenir des organes plus étendus; là elle s'abaisse graduellement , ne devant admettre que des parties solides rapprochées entre elles. Ken doutons pas : un cou trop volumineux, une taille devenue épaisse avant la maternité, une gorge sans proéminence et sans vallon, des reins dépourvus de saillie ne nous déplaisent, qu'en ce qu'ils blessent le sentiment secret d'une aptitude organique. C'est en quoi notre opinion diffère absolument de celle du célèbre imrke, qui, dans une simple variété de surface, trouve des élémens de beauté dont notre théorie offre le seul et vrai motif.
En continuant votre examen , remontez vers cette tête , pensive puisqu'elle est appelée à être le siège de l'intelligence; voluptueuse, puisque c'est par elle que la femme prélude à sa conquête. En effet, il ne faut pas perdre de vue que la volupté est le grand moyen employé par la nature pour arriver à son but. Le plaisir est au règne animé ce
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que la gravitation est à la matière. On pourroit le définir une force morale.
La teinte rembrunie des cheveux, celle plus tranchante, par leur position, des sourcils et des cils, l'orbe azuré ou plus sombre de l'œil, se détachent admirablement d'un fond d'ivoire que l'esprit de vie parcourt tantôt avec les couleurs de l'iris, tantôt avec les nuances de la rose. On aime que l'organe de la vue se dessine un peu largement : il en est plus propre à transmettre l'expression des sentixnens de l'âme. Des lèvres renflées avec mesure sont agréables , en ce que leurs bandelettes de pourpre servent d'indices à la santé , et donnent dans un instant de la grâce à la physionomie. La fleur sur le rameau promet le fruit, et le sourire est aussi une fleur qui promet le plaisir ou le bienfait. La nature a parlé par des signes avant l'invention des langages. Des recherches anatomiques un peu suivies apprendront que des nerfs d'un volume assez remarquable, viennent s'épanouir sur les lèvres dans la jeunesse des deux sexes, et s'y atrophient après l'âge des émotions tendres. Ici l'intention n'est pas même voilée.
«Vous m'avez blessé de l'un des cheveux de votre tête , » dit Salomon à la belle Sunamite. Pour s'exprimer ainsi , il falloit que le poète hébreu sentît tout le charme qu'une jeune fille peut tirer cle cet ornement. Aussi les motifs de la loi qui le proscrivoit après le mariage , mérïteroient d'être examinés. Les cheveux sont la première parure du corps, la seule qui lui soit adhérente sans en faire partie. Leur réseau léger et presque aérien admet l'usage des parfums; comme ils exigent des soins journaliers , sans lesquels ils deviendroient incommodes , et qu'ils nécessitent même un emploi de temps assez considérable, la nature ne pouvoit les prodiguer
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qu'eu faveur d'un être essentiellement destiné à plaire. Aussi la femme les a-t-elle obtenus avee largesse. Ils laquiltent plus tard et blanchissent moins promplement que sur l'homme. Elle y trouve une défense contre l'intempérie des saisons. Par eux, la boîte osseuse et moins compacte du cerveau féminin est à l'abri de tout choc nuisible. S'ils rendent celle-ci plus molle, il est évident qu'ils lui servent aussi de préservatif.
Vous ne nous demanderez pas pourquoi le sein est arrondi , pourquoi le bouton brille sur son éniinence, pourquoi son double hémisphère a été placé près de la tête? Un convive n'est-il pas attendu? le vase est proportionné à sa taille, l'orifice à ses moyens d'aspiration, et la table du banquet a été dressée dans le voisinage de deux bras dont il veut la douce étreinte, et d'une bouche qui doit le couvrir de baisers. Dans la duplicité de l'organe nourricier, vous ne vous contenterez pas de remarquer une mesure de précaution ; car vous ne sauriez perdre de vue que i'aiïluence de la liqueur lactée d'un seul coté de la poitrine eût rompu l'équilibre du corps , et qu'une saillie sur le sternum eût été au moins gênante.
Il n'échappera pas davantage à vos observations, que les formes élastiques du sein se prêtent naturellement à la pression manuelle de l'être délicat qui devoit en extraire avec lenteur l'aliment de la vie. Pourquoi n'oserions - nous pas dire que ces mêmes formes auront auparavant fourni un aliment de volupté, que d'autres mains y auront puisé des sensations agréables, que l'œil les aura parcourues avec délices , et que , de ces deux organes destinés à s'éclairer l'un par l'autre , le frémissement du désir sera descendu jusqu'au cœur? Le désir est une partie intégrante de l'acte auquel la sagesse pro-
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ductrice a attaché ici-bas la perpétuité de son ouvrage. Il précède toute jouissance; semblable aux flambeaux que L'on se passoit de main en main dans les l'êtes mystérieuses d'Lleusis , il parcourt, il réchauffe toute l'échelle de la création sensible. Son expression se reproduit dans le calice embaumé de la rose ; peut-être sous des rideaux de pourpre sa douce réalité y a-t-elle un éclair d'existence?
Il est certain que, presque ton jours, i'éiévationde la gorge se prononce indépendament de la maternité; que cette partie avancée de la poitrine se présente la première aux regards; que, quand on la dérobe à ceux-ci, ils la devinent ou la supposent; que, lorsque par un oubli de la nature elle n'a pas acquis le volume convenable, ils s'étonnent; et que la femme a tellement le sentiment de l'avantage dont elle jouit, sons ce rapport , comme amante, comme épouse, ou simplement comme être social, qu'elle se sert de tout son art pour le faire valoir.
Les bras où les parties solides sont adroitement dissimulées, où les muscles, semblables aux leviers de l'espèce la moins avantageuse, implantent leurs tendons à l'extrémité la pjus rapprochée de la partie qu'ils doivent mouvoir ( tant on a évité avec soin ce qui pourroit altérer la pureté des formes ! ), les bras se terminent encore en cônes renversés auxquels se rattache la main, ce chef-d'œuvre de mécanique appliquée aux nécessités de îa vie. Les doigts dont il se compose redonnent les proportions légères d'un fuseau flevible, parce que l'être qui devoit en faire usage étoit réservé à des soins délicats, minutieux même, et qu'il IalK.it le pourvoir d'un instrument en rapport avec l'élégance du travail que l'on avoit droit d'en attendre (i).
(1) Par une loi de l'Etal, les occupations à l'aiguille ne
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Jl est très -remarquable que ces formes charmanies de la main souhaitées chez une femme, seroient déplacées dans l'homme , destiné par la nature au maniement des armes, à la culture d'un sol souvent ingrat , à l'exercice pénible de lâchasse et de la pêche, ou à des métiers qui exigent moins d'adresse qu'un grand emploi de forces.
S'il s'agit de la douceur du tissu cutané chez le sexe , nous trouvons encore dans une convenance la cause de l'impression qu'elle est appelée à produire sur le tact et la vue. L'aspérité , les plus simples inégalités de la peau arrêtent l'œil celles détruisent l'unité de la ligne qu'il parcourt, par conséquent l'idée d'un ensemble harmonique où les parties doivent être liées dans leur diversité même. V oilà leur effet sur l'esprit. Quant au tact , la texture de nos extrémités, et principalement des digitales, semble sympathiser avec la rondeur et le poli des formes. Il y a entre ces dernières et les nerfs qui viennent se ranger sous 1'épiderme des points de contact tels , que la seule application de la main d'une femme soulage des membres endolorés , et console les plaies les plus cuisantes. Par la même raison elle accroîtra l'intensité du plaisir en l'état de santé. Il est présumable que tous les corps qui nous affectent agréablement, sont composés de molécules planes ou arrondies , propres à glisser sur les papilles nerveuses ou à leur communiquer un doux ébranlement. C'est ce que l'on remarque dans les hnileset les substances sucrées; c'est peut-être ce qui sera découvert dans les parfums. Nous ne pouvons
devroient-elles pas être exclusivement affectées aux femmes et aux individus invalides de l'autre sexe ? Je serai toujours choqué de voir un homme robuste essayer impudemment uia «orset, ou prendre la mesure d'an brodequin.
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nous étonner que le poli de la peau produise un tel effet. Or , qu'a voulu la nature dans les rapports qu'elle a ménagés enire l'homme et la femme? Disposer le premier à l'amour par la présence ou l'espoir d'un plaisir : ici son but est si évidemment atteint, qu'en palpant, même par inadvertance, des surfaces inanimées , riches de qualités analogues à celles dont nous nous occupons , nous éprouvons en nous-mêmes un subit frémissement qui donne l'éveil à des désirs voluptueux. Il n'est pas besoin, pour expliquer ce phénomène, de recourir à des impressions précédemment reçues à l'approche des femmes. Les jeunes gens des deux sexes, au sein de l'éducation la plus austère, n'ont pas été à l'abri de ces mouvemens presque spontanés , et il n'est personne qui, dans ses registres secrets, n'en ait conservé le souvenir.
« La beauté, suivant Tvmée, doit être harmo- « nique avec les règles de la vie. » Il ne nous étonneroit pas que la femme fût sous le ciel la créature qui attestât de la manière la plus sensible , la vérité de ce principe. Depuis la pointe de ses cheveux, jusqu'au bout de ses orteils, tout, en elle, a été coordonné à un but d'utilité; tout indique des intentions favorables à l'individu ou à l'espèce. La grâce elle-même n'est que l'expression du succès obtenu en ce genre, ou d'une aptitude plus décidée dans l'exercice des facultés naturelles.
La mollesse de la pose et la démarche peu assurée du sexe foible ne sont pas sans intérêt pour nous, parce que nous voyons dans toutes les deux un recours à notre protection. Il est certain que comparativement à l'homme , la femme n'a pas les pieds dans la proportion géométrique de sa stature. La différence de la taille des deux sujets n'étant guère que d'un douzième, la longueur des pieds et
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leur volume dévoient être soumis au même calcul. Il n'en est rien , et le sexe en cela a souffert une épargne de matière, puisque la réduction qu'il supporte excède un cinquième. La femme a-t-c!le le droit de se plaindre? non, dès-lors que les destinations ne sont pas les mêmes.
Assujettie à des soins sédentaires commandés par la gestation et la nutrition des enfans, elle a été fondée sur une hase plus étroite que le chef de la famille , dont le tra\ail et les courses multipliées dévoient pourvoir aux besoins de tous. La délicatesse du pied rend la marche molle et quelquefois chancelante; elle exige plus de circonspection dans la tenue habituelle du corps ; elle inspire ou entrelient la timidité , et elle conseilieroit presque une vie retirée, vraiment harmonique avec 1 intérêt du ménage, où il est convenable que l'une des principales parties intéressées réside , quand l'autre est obligée à des absences.
C'est dans le sentiment de cette vérité qu'auroit pu trouver son origine la coutume attribuée aux Chinois de comprimer les pieds de leurs enfans du sexe féminin, coutume rapportée par certains historiens à l'époque de quelques actes d'indépendance auxquels se livrèrent les femmes de cet empire. On seroit tenté de croire que la nature auroit attaché dès la naissance à l'organe principal de locomotion, un signe d'assujettissement et de foiblesse relative. Et pourtant elle semble ici en contradiction avec elle-même.
Examinez en effet la compagne ; mais non l'égale de l'homme; suivez de l'œil son jet; voyez comment, à la chute de sa taille, les hanches s'élargissent , et quelle est la distance qui sépare les fémurs; il en résulte que , l'axe de mouvement gagnant en longueur, l'arc de cercle décrit par chaque
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cuisse, à chaque pas, se montre sons un angle plus étendu que chez nous , sans aucune accélération de la marche, et que par conséquent, pour un être ainsi conformé, les cléplacemens deviennent plus pénibles. Les courses des jeunes filles de Sparte sur le mont Taygète , étoient peut-être en droit de plaire ; mais comme l'âge , par la roideur des parties solides , accroît l'effet que nous avons été dans le cas de remarquer, les femmes de Lacédémone, en descendant dans la Palestre, n'eussent certainement présenté rien de gracieux à l'œil du spectateur. Si Properce et Cicéron s'étoient essayés sur un pareil sujet, au lieu des tableaux pleine de charmes, que l'un a placés dans le 5e livre de ses Elégies , et l'autre dans ses Tuscidanes } ces auteurs , malgré leurs talens , ne nous eussent transmis que des grotesques.
Un autre inconvénient devient ici très-palpable ; c'est que } les pieds ne devant pas s'écarter dans la proportion de l'évasement des fémurs pris à leurs apophyses supérieures , l'assiette de l'individu cesse , à quelques égards , d'être en rapport avec sa partie la plus élevée: et considéré des hanches au talon , celui-ci ne donne plus qu'une gaîne en équilibre sur sa pointe; car la nature s'est plu à multiplier cette inversion de formes chez la femme (i). Elle y attache un charme particulier, et tel que, contre toutes les règles de l'économie domestique , nous aimons à la répéter dans nos aiguières, dans nos coupes ; dans les supports de nos tables, de nos
(i) Excepté dans quelques parties compactes où la sûreté de l'individu la rendoit inadmissible, comme dans la colonne dorsale , cjni , comme pièce principale de l'édifice , suit une progression croissante depuis la quatrième vertèbre jusqu'à l'os sacrum sur lequel elle repose.
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sièges , de nos lits de repos et de nos candélabres. Un œil géométrique ne manquera pas de trouver cette structure en défaut. Il est certain qu'un pied large et épaté seroit plus en rapport avec la taille de la femme , si l'on consulloit les seules lois de la solidité des corps. Toutefois ce n'est pas sans motifs que la sagesse du Créateur s'est écartée un instant de celles-ci. En formant sur un autre modèle le sociétaire qu'elle nous destinoit , elle a eu des vues en apparence opposées à sa marche ordinaire, mais qui rentroient dans ses plans. Quand eile a blessé les convenances physiques, c'est pour assurer des convenances morales. Envisagée isolément, la femme seroit un être maltraité de la nature ; ses ressources personnelles seroient au-dessous de ses besoins , et ses moyens de défense échoueroient contre ses périls. Nous l'avons déjà remarqué : c'est hors d'elle qu'elle devoil trouver son point d'appui , parce que ses attaches et ses qualités sortent de ses imperfections mêmes. Aussi la foiblesse a-t-elle été placée d'un coté , et la force de l'autre, comme des éîémens du bonheur domestique, séparés dans les deux sujets, mais toujours prêts à se réunir et à se confondre. Dotés en plus et en moins , ils se doivent réciproquement un supplément et un correctif. C'est par ces lois constantes que la nature établit des équilibres dans le monde élémentaire, et qu'on les voit naître dans le monde moral. Le mouvement universel de la matière, sans doute n'a pas une autre origine.
La délicatesse des formes cle la femme , leur poli , leur rondeur , la souplesse de sa fibre et de son tissu cellulaire, destinés à se prêter à des états différens, l'exiguïté de ses pieds, les craintes que les plus foibles impressions lui communiquent, sont donc dans un rapport parfait avec sa position, Quoique le plus
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souvent négatives , ces qualités sont harmoniques avec le genre de vie auquel l'ont appelé les intérêts de la famille ; et le passage du philosophe locrien. trouve ici son entière application.
Après avoir parcouru ce champ de beautés , ou plutôt d'utilités organiques , l'œil s'arrête involontairement à l'endroit même où la nature s'est proposé de célébrer ses plus grands mystères, les mystères de l'immortalité de l'espèce. Un voile délié, mais sombre, le recouvre. Ainsi le sanctuaire del-
Ehien avoit ses rideaux et ses ténèbres. 1 a-t-il une eauté réelle dans ces teintes rembrunies? Y verra-t-on un signe d'aptitude à changer d'état, ou ne scroient-elles qu'un aiguillon du désir? elles sont au moins un contraste dans un corps sans aspérités , sans tache , et où tout le reste brille des doux reflets de la vie et de la liqueur purpurine qui en est l'aliment. Ici une différence devient un avis; elle fait naître la réflexion , elle la fixe, et c'étoit peut-être tout ce que vouloit la nature.
Persuadons-nous bien qu'il ne sauroit y avoir de beautés de convention , ou dépourvues de motifs. Quelquefois, il est vrai, le jugement se tait dans l'examen; mais c'est que déjà le sentiment a parlé. Sans en étudier la eause , en général, on aime , on recherche cette cambrure qui distingue le bas de la taille des jeunes personnes, cambrure qui, si elle étoit autant marquée dans l'autre sexe , y seroit une défectuosité. Cet arc externe de la colonne épinière , et de ses fausses vertèbres , agrandit l'espace où s'opère la renaissance du genre humain : la prédilection dont il s'agit n'a pas un autre motif, lians l'homme créé pour le travail, ainsi ce sera une beauté de se présenter avec des épaules plus écartées que le bassin formé d'os durs et compacts :
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créée pour concevoir, la femme sera belle de 1» proportion contraire.
Nous n'oublierons pas que la surface du corps féminin est garnie , et comme ouatée d'un tissu adipeux qui contribue à la beauté des formes en dissimulant les saillies angulaires des muscles, des tendons , des os et des jointures. Ce tissu , trav< é par les nerfs qui, de toutes parts, viennent ramper sous l'épidémie, donne un caractère extérieur à la sensibilité dont il dilate et réchauffe constamment les principaux organes : de là un tact plus exquis , des aperçus plus prompts, des impressions vives, et une mobilité qui en est l'heureux correctif.
Les grandes passions et les longues douleurs de la femme, quand cette mobilité n'en aura pas triomphé, tiendront plus immédiatement à son organisation qu'à toute autre cause. Elle pleurera amèrement, elle pleurer;; sans vouloir être consolée, parce qu'alors chaque fibre de son tissu nerveux la rappellera au souvenir de ses pertes, ("est la mémoire d'un époux ou d'un enfant qui laissera d'éternels regrets au fond de son cœur, parce que ce sont-là les êtres par lesquels elle a été plus vivement émue. En général les attachemens dégagés de l'influence des sexes, auront peu de prise sur elle. Aussi dans les fastes de cette moitié de l'espèce humaine, on cherchera en vain des Oreste et Pilade, des Harmodiuset Aristogiton. La nature savoit ce qu'elle faisoil en lui refusant l'amitié désintéressée. Pour fonder le contrat social y il fallait trouver un être qui inspirât et respira» l'amour, et c'est ceite nécessité qui a présidé à l'organisation particulière de celui dont nous nous occupons.
Suivant un de nos premiers physiologistes dont la doctrine, quant à la partie que nous traitons dans ce chapitre, se présente avec une masse im»
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posante de faits et de probabilités, le cervelet, le ganglion cérébral qui le surmonte , et le gang-lion supérieur de la tête, dans lesquels réside spécialement le sentiment de la propension sexuelle, de la tendresse maternelle et de l'adoration , sont proportionnellement beaucoup plus développés chez la femme que chez l'homme, surtout si l'on considère que le cerveau de celle-ci est moins volumineux et moins élevé vers la partie frontale qui constitue la vigueur de l'intelligence. La nature auroit donc départi , avec une sorte de prodigalité, à une moitié de l'espèce humaine, ces motifs puissans d'un triple amour dont un seul retranché feroit périr l'espèce entière (i) ! Les organes, que nous venons de désigner , représentant , à eux seuls , la grande masse de l'encéphale féminin , un développement aussi prononcé est la preuve la moins douteuse d'une destination spéciale. Ainsi que penser de la femme dont l'âme ne s'ouvriroit à aucun sentiment tendre? elleauroit beau nous offrir la plus brillante réunion de talens; elle excelleroit en vain dans les créations du génie ( si le génie exista jamais sans un cœur î ), nous ne verrions en elle qu'un être dégradé. C'est la fleur chargée de pétales inféconds, que rejette la main du botaniste. Faite pour aimer, la femme n'est rien si elle n'aime ; elle n'est rien , si, en aimant , elle ne se fait aimer , et ^accomplit par-là sa destinée.
L'appareil des parties génitales, tant internes.
(î) D'une proportion plus petite, la tête de là femme offre aussi une autre forme que la nôtre. Plus aiguë à son sommet , elle se prolonge davantage vers la partie occipitale. De là un emplacement \nste pour certaines portions du cerveau et rétreci pour d'autres. Les exceptions admises, celte remanfiu anatomiqne ne sauroil être révoquée en doute,
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qu'externes , et leur développement beaucoup plus marqué après la fécondation , tient, chez elle, une place tellement notoire, qu'on seroil tenté de dire qu'elle est tout sexe. Il n'est pas un de ses sens qui ne contribue à en accroître l'influence. Ses nerfs olfactifs demandent des odeurs , parce que ces dernières , par des routes secrètes , appellent un frémissement provocateur des désirs au sein de l'organe où ils doivent s'apaiser (1); des sons harmonieux jettent son esprit dans cette douce mélancolie qui conduiroit à aimer, si elle n'étoit déjà de l'amour; ses yeux chargés de langueur , ou pleins de cette vivacité qui captive , cherchent à répandre le feu qui la consume ; et elle ne sera pas eflleurée, sans en recevoir la profonde impression au centre de sa sensibilité sexuelle.
Si l'être féminin , privé tout à coup de ses organes distinctifs , pouvoit perdre aussi leurs annexes et dépendances , il seroit moins , beaucoup moins qu'un eunuque du nôtre. La femme qui ne peut plus concevoir , se voit enlever chaque jour, mais d'une manière lente , une partie de sa vie de relations ; elle change de caractère, de forme même. En lui échappant , le signe de sa fécondité la jette dans un état de tristesse qu'elle a peine à vaincre ; le système productif s'isole , se flétrit chez elle; et, quoiqu'il ne lui soit pas interdit de cueillir encore quek^s fleurs stériles dans le sentier de l'existence, sans ses vifs souvenirs de mère et d'épouse , à cer-
(i) La communication du nerf intercostal , ou grand sympathique , avec le nerf olfactoire suffit pour produire cet effet ,
bue ses filets aux coquilles nasales.
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tains égards , elle deviendroit homme , mais de l'espèce la moins favorisée, tant il est vrai qu'en perdant sa qualité d'être générateur, elle perd -le plus beau de ses titres.
Aussi vous vous intéresserez spécialement à l'homme vieillard; vous trouverez de la beauté dans ses formes ; le peintre les placera avec avantage dans ses tableaux ; la jeune fille elle-même n'en détournera pas les jeux , tandis que la femme, parvenue à cette époque de la vie , ne peut prétendre qu'aux seules jouissances domestiques qu'elle a su se mena ger dans ses propres foyers. Sa beauté physique s'est éclipsée avec les motifs qui en faisoient le charme. La nature seroit dans le cas d'être taxée ici d'une sorte d'ingratitude, si les riches développemens que notre moralité acquiert dans l'état de civilisation , n'en devenoient l'heureux correctif.
Nous avons donné quelque étendue à cet examen physiologique de la femme , parce que , dans notre traité de l'existence de Dieu, nous avons déjà placé une étude de l'homme , où se trouvent quelques traits que nous croyons avoir été les premiers à saisir , et que cependant , nous n'avons pas voulu mettre une seconde fois sous les yeux du lecteur. Si ce livre devoit contenir beaucoup de citations , nous les demanderions aux BufFon , aux Bonnet, et à tous les génies qui ont médité avant nous^, sur les mêmes matières; nous les demanderions à plusieurs écrivains vivans , que nous nous féliciterons toujours d'avouer pour nos maîtres. A la vue de leurs tableaux , il ne nous en coûtera jamais d'oublier nos esquisses.
Règle constante dans l'économie animale comme dans les arts , et oui doit diriger l'observateur , c'est que le sentiment du beau ne peut naître que
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du sentiment d'une utilité quelconque , au profit de l'espèce ou de l'individu. On regrette que l'oubli de ce principe se lasse presque constamment remarquer dans l'ouvrage de M. I>urke , sur le beau. et te sublime. Avec des parties très-brillantes, sa composition pèche essentiellement ; il ne rattache ses notions à rien de fixe et de précis. Ses objections contre l'utile, envisagé comme source de la beauté , sont aussi foibles que peu réfléchies. Par exemple, il se demande s'il y anroit quelque chose de beau dans le spectacle des viscères humains, dont on ne sauroit contester l'importance ; qui ne sent , qu'avec un peu plus de logique , il se f.'ùt épargné cette question à laquelle nous allons pourtant répondre d'une manière positive: nous ne craignons pas d'affirmer que le spectacle dont il s'agit , auroit ses caractères de beauté, s'il étoit destiné à être mis à nu; mais la nature, qui vouloit préserver de péril des organes essentiels, en les enveloppant, a jugé à propos de dérober à nos jeux le travail de l'assimilation des alimens et de la circulation des fluides. Ce que nous en découvrons, par accident, doit répugner à la vue, pour laquelle il se transforme aussitôt en ima^e de destruction. Voilà pourquoi nous regarderons , toujours avec plus d'intérêt, la tige touffue d'un hêtre que ses racines exhumées. Familiarisé pourtant avec cette dernière vue , le botaniste y trouvera un motif d'admiration , ainsi que l'anatomiste le puisera dans l'examen des entrailles animales.
Nous ajouterons qu'il entre dans les conditions dont se forme en nous-mêmes une idée de la beauté, de supposer un emplacement convenable des parties internes de l'organisation , chez les sujets fictifs ou réels dont nous faisons la rencontre. Un ventre rentré, une poitrine aplatie, n'ont pas d'autres mo-
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lifs pour blesser nos jeux. Ceux-ci ne s'arrêtent pas uniquement à la surface des corps animés. Avant que la ligne extérieure nous donne une idée de la perfection, il faut que, dans notre esprit, elle se prête sans peine aux proportions intérieures du mécanisme.
Il seroit superflu de combattre les autres obj celions de l'auteur anglois. Le lecteur est aussi en état que nous-mêmes, d'en faire justice. Plus il poursuivra ses études du beau , plus il se pénétrera de la vérité absolue du principe que nous venons d'émettre.
Nous ne prétendons pas que le même mode d'application ait lieu précisément^ et suivant les mêmes procédés, dans tous les autres globes où la bonté créatrice a sans doute étendu son empire ; car où l'on découvre de la matière , on suppose bientôt une annualisation. La première n'est qu'un moyen ; la seconde est le but. Ce n'est pas pour y faire croître des arbres que la parole, essentiellement agissante , a peuplé d'astres la voûte azurée. Elle a eu en vue îa vie, et par la perfection de celle-ci, la pensée qui en est le plus beau développement. Il n'entre pas dans nos aperçus possibles de déterminer quelle est la texture de ces êtres vivans et pensans. Nous ne saurions nous la représenter qu'avec nos organes ; et ce seroit vouloir qu'il existât partout des similitudes , ce qui ne se peut croire, Dieu nous annonçant déjà par le spectacle de la nature offerte à nos regards , que , riche d'idées , il a varié à l'infini son ouvrage. Mais il. nous est permis de dire que, partout où sa puissance s'est exercée , il a ordonné ses conceptions sur les principes exposés dans ce chapitre , et que chaque beauté éclose sous sa main , trouve ses élémens dans des propriétés utiles à
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l'individu ou à l'ensemble des êtres (1). Un jugement sain repoussera toujours la doctrine du beau idéal , fût-elle proclamée par les Raphaël-Mengs et les Yinkelmann.
(i) Ainsi la texture de l'ange nous semblera plus belle que Ja nôtre , en ce qu'elle présentera des utilités d'un ordre supérieur.
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