CHAPITRE II
Que dans la séparation de I'Étke spirituel et de I'Etre matériel ,
le principe de vie doit retourner à la masse élémentaire.
Un fondant le vaste empire de l'organisation sur la faculté que les deux principaux règnes ont de se perpétuer par des germes, le Créateur a mis en circulation la quantité de force vitale nécessaire à leur développement et à leur entretien. Par sa propriété assimilante , chaque germe s'empare de ces élémens. Commeily participe en moins jusqu'à son parfait accroissement, il continue à puiser au ma-
fasin général, ou succombe bientôt par l'impossiilité de le faire. Conduit à sa maturité , il possède en plus la force vitale , et , par cela même , il en versera l'excédant dans de nouveaux germes conservateurs des espèces. Usé par ces dépenses ei les simples accidens de la vie journalière , il trouve , dans la détérioration de ses organes, un obstacle au maintien d'une existence, dont il lui est interdit de réparer les pertes. La chute s'accélère d'autant plus que la réduction des moyens qui pourroient la retarder se multiplie par elle-même. Après un certain âge, ce n'est point une pente insensible qui dirige le vieillard vers le terme de sa carrière; il y est entraîné. En vertu de la même loi, une nouvelle génération , parvenue lentement à l'adolescence, ne vient-elle pas tout à coup et à notre grande surprise , s'asseoir parmi les hommes ?
La quantité de force vitale mise en circulation , connue , serviroit à fixer le nombre des êtres orga-
niques auxquels il seroit possible de paraître simultanément sur la face de la terre; lien entendu qu'il faudroit concevoir une masse infiniment supérieure aux besoins, par la nécessité de permettre aux é;émens déjà employés de quittSer leurs enveloppes, avant leur rentrée au dépôt général. On peut envisager la vie comme un prêt sur gages lait aux individus. Au moyen de cette avance, ils viennent tour à tour jouer leur rôle sur ie théâtre du monde. Les uns n'y ont qu'un éclair d'existence; les autres, comparativement, y occupent plus long-temps la scène; mais tous ceux qui se sont acquittés de leur emploi, n'ont en résuiiat qu'une semblable c urée, puisque le temps n'a d'autre mesure que les accidens qui en marquent le cours. En promenant, pendant un siècle, sa masse colossale dans les forêts africaines, l'éléphant n'a pas vécu davantage que la mite, pour laquelle , au sortir de son fourreau , se pressent toutes les périodes d'une existence animée. Il est présumable que la grande année de Saturne ne donne pas à ses habitans le sentiment d'une vie plus prolongée que la nôtre. Le temps n est rien en lui-même ; c est la vie qui est la mesure commune des êtres; et dans celle-ci, l'espace qui en sépare les impressions sensibles, est hors de compte.
La forme et ie volume des organes déterminent la quantité de force vitale qu'un être a le droit de demander à la nature. L'instant de la formation du germe, tous accidens à part , en décide la durée.
L'immortalité étoit une chose impossible ici-bas , par la seule raison qu'il a plu au Tout-puissant de fairesorlir les générations l'unede l'autre, et qu'elles vivent toutes sur un fond commun , depuis que la matière a été animalisée. La vie ne pourrait être impérissable que sur une planète destinée à porter une
seule génération. Mais ce ne seroit plus là l'économie
présente.
11 ne nous étonneroit point qu'il y eût une réduction dans le nombre ou dans la masse des créatures terrestres, par suite des grandes révolutions qni ont englouti , à diverses profondeurs du globe, une partie de ses élémens primitifs* La solidification lente des fluides a du l'aire face à quelques-unes de ces pertes dans un genre ; nécessairement elle les a beaucoup accrues dans l'autre. Ce seroit peut-être nne cause suffisante de changemens dans les espèces, cause prévue par le Créateur, et qui rentrerait dans ses plans.
Ces mêmes révolutions n'auront pas manqué de faire voyager la force vitale sur notre planète , et de la transporter d'une contrée à l'autre. Peut-être les déserts delaLybie ont-ils possédé des colonies florissantes, etoui, par quelque nouveau mouvement du globe , leur serontrendues , à moins que les progrès successifs de quelqu'une de leurs oasis ne suffisent, après un laps de siècles, pour amener un résultat de pareille nature.
Le mouvement est le principe de la vie universelle. Far le mouvement, l'homme acquiert dans son enfance, il communique dans sa virilité , et il perd dans sa vieillesse. Les infirmités et les maladies produisent également ce dernier effet Les passions même sont des dissipations de la vie. Celleci , bien avant le temps , nous est souvent échappée. On diroii une déchéance à laquelle il ne man-que que le sceau delà proclamation. 11 arrive un point où on ne peut plus ni perdre ni récupérer : alors il faut mourir.
Que reçoit la terre quand on y dépose un corps usé de maladie ou de vieillesse"? quelques mixtes dont l'absence c!e Pair retardera la dissolution. Lié-
mens nécessaires d'un ensemble organique , ils ne sont rien sans l'énergie vitale , sans le fluide nerveux déjà rendu à la masse élémentaire , ou qui n'existe plus en quantité suffisante pour diriger l'action du mécanisme auquel il a été uni. C'est un cap ut mortmnn resté au fond du vase; mais l'essence s'est évaporée.
Quelquefois, c'est le mécanisme lui-même qui manque à l'énergie vitale. De quelque coté que vienne le coup , la scission se fait.