CHAPITRE III
Que le principe spirituel ne peut se perdre dans la masse
élémentaire.
J ar cela même que nous sommes des êtres mixtes, Pêfefe spi' ituel n'a pu agir en nous suns l'intervention des organes. La pulpe cérébrale, les nens qui y aboutissent, les fluides qui les parcourent ou qui les ébranlent sont ses agens nécessaires. La mémoire elle-même, qui est la partie la plus importante de l'être, puisqu'elle en assure la continuité, possède toute seule un système entier d'organisation.
Nous n'avons pu révoquer en cloute l'existence de l'être spirituel. Il se manifeste dans l'animal comme clans l'homme, quoique leur nature offre des différences notables, et surtout sous ie rapport de la perfectibilité qui résulte des idées complexes dont ce dernier est plus particulièrement susceptible. Nous ne l'aurons pas accordé à la fourmi pour le refuser au chef-d'œuvre du Créateur. Il est évident que ce principe sentant ( car il faut remonter avec franchise à l'origine des choses ) , que ce p incipe qui a été admis à combiner deux sensations, et qui de ce premier pas parvient, dans notre espère, à une conscience de l'être, est un ajouté positif de la main divine. Comment il se trouve là? son auteur seul le sait. Dans quel domaine il l'a pris? nous l'ignorons. Il peut le laisser s'éteindre, il peut le faire subsister , suivant qu'il le croira conforme à sa raison ciui est la première des lois, comme la première des essences. Nous n'oserions
affirmer qu'il l'anéantit dans les animaux. Tout nous dit qu'il le conserve dans l'homme ; il est même douteux que la chose pût se passer autre-* ment , par cela seulement qu'il est impossible d'empêcher que ce dernier ait vécu. Mais n'anticipons point sur notre sujet.
Cependant, à la mort , ce principe spirituel ou sentant ( peu importe comment on l'entendra ) s'isole de tous ses accessoires. Rien n'agit plus sur lui , et il n'agit sur rien. L'organe de la pensée lui manquant, il reste en apparence sans liens avec le passé , comme sans rapports avec le moment actuel ; on ne sauroit dire pour cela qu'il n'existe plus. La masse élémentaire n'a pu le réclamer. Elle ne se nourrit point de perceptions ou de pensées. Son véritable bien lui a été rendu. Ce seroit beaucoup que la vie végétante lui appartînt; la vie animée et la vie pensante sont descendues en elle d'une autre région. Le travail le plus assidu du cabinet ne fera pas entrer un atome matériel dans le cerveau de l'homme studieux; toutefois son répc ,\ toire a grossi. C'est une conquête obtenue par le seul mouvement auquel son âme a été présente. 11 n'y a rien là à ressaisir pour autrui. Le mouvement s 'harmonie sans doute avec les deux natures , et en est le vrai iien.
Jetés dans le même abîme, les solides et les fluides qui composent tous les soleils allumés dans l'espace, et toutes les sphères quiy décrivent des orbites excentriques et concentriques, ne donneroient pas les prémices et la conséquence d'un syllogisme; ils ne donneroient pas le sentiment d'un besoin, encore moins un aperçu moral. Je me vois dans l'univers , et l'univers ne me voit pas; je sais que j'existe. que l'univers existe, et l'univers ne sait ni l'un ni l'autre.
Où se retire donc cet être incompréhensible et pourtant réel, dont la mort a brisé le char ? Question peu embarrassante , si on La saisit dans ce qu'elle •a d'essentiel. Répondons hardiment : « où il plaît à la volonté juste de son auteur. » Comment le ravive-t-elle? car nous avons démontré que la pensée ne sauroit se passer de la vie. Cette seconde question trouvera sa réponse dans quelques conjectures que nous croyons fondées , et que nous développerons prochainement. Mlles peuvent être des erreurs; mais elles ne tueront point l'espérance , ni ne dégraderont l'avenir.
Toujours est-il incontestable (pie la séparation de l'être matériel et de l'être spirituel a eu lieu. Nous n'avons pu pénétrer dans le mystère de leur union : il n'est pas étonnant que l'instant où ils se quittent soit enveloppé des mêmes ténèbres. Tout ce que nous savons, c'est que la mise en action du mécanisme, par l'impulsion de la force vitale, est la condition nécessaire de leur coexiste et même de leur existence privative. Elle nous a conduits à étudier les lois de leur réciprocité.