CHAPITRE IV
De ce qu'il convient d'accorder aux apparences dans la séparation de I'Etre spirituel et de l'Etre matériel.
Jlourquoï essayerions -nous de dissimuler que, lorsqu'il veut établir la prolongation de notre être après le trépas , notre esprit est réduit à lutter contre les apparences , et même contre les probabilités physiques? Qui n'est obligé de reconnoître que , si notre âme a jamais existé , avant notre sortie du sein maternel , nous n'en avons point eu le sentiment ; que cette substance est soumise au développement et à la marche progressive des organes; qu'elle semble dépendre plus particulièrement du cerveau qui, lui-même, dans certaines circonstances, pourroit être assimilé à une fabrique d'idées dont notre volonté n'a pas toujours la direction ( ce qui a lieu, par exemple, dans les instans précurseurs du sommeil et du réveil ) ; que notre empire sur nosidées tantôt s'affoiblit , tantôt renaît suivantquenotre personnalité nous échappe par l'extinction graduelle du système nerveux , ou nous est rendue par le rétablissement successif de celui-ci; et qu'enfin , après la chute du mécanisme entraîné dans la tombe par un dernier choc, notre âme ne donne aucun signe apparent de sa persistance. En vain contesteroit-on ces vérités.
Dans le livre quatrième de cet ouvrage, nous avons déjà répondu au plus grand nombre des objections qu'elles pourroient provoquer. Nous demanderons maintenant s'il n'y auroit pas une certaine inconséquence à souhaiter que, dans un être
mixte, tel que l'homme , chacune des natures qui concourent à la formation de son tissu se montrât séparément pendant l'union, et se présentai avec un caractère distinct? INous supposons que la vue d'un pareil phénomène nous fut accordée : quel en seroit l'examinateur? Un être mixte qui proeéderoit à cette étude avec des sens dont le propre seroit de ressusciter la difficulté. \ ous cherchez des preuves d'un être spirituel : saisissez - les donc en l'étal; elles ne vous manqueront point, car il n'y a pas de jour où elles ne vous échappent par milliers. Vous prenez une pierre et vous la déplacez ; vous ouvrez un livre et vous le lisez , parce que tel est votre désir : n'est-ce pas une merveille que celle autorité que vous exercez sur vous d'abord , et par vous sur la matière? Si vous êtes forcé de confondre les actes de l'organisation et de l'esprit qui l'anime , c'est que la fusion en est aussi parfaite qu'elle devoit l'être. Quand vos idées se promènent, presque sans votre aveu , dans le vague et dans l'absurde, c'est encore que toutes les facultés qui complètent en vous l'être mixte, neconeourent pas à leur direetion. Votre âme a des aperçus : ils sont, ils doivent être irréguliers, tant qu'elle n'y procédera pas avec l'ensemble de ses moyens. Un verre changé ou retranché dans une lunette d'approche , y dérange tout le mécanisme des rayons lumineux, et l'image se montre confuse, ou s évanouit.
Au surplus, ne perdons pas de vue que, si, pareille à la baguette de Popilius, notre nature physique semble nous circonscrire au sol qui nous a vus naître , d'autres terres et d'autres perspectives sont ouvertes à notre raison. Celle-ci découvre dans le sentiment de notre personnalité (de quelque façon que cette dernière s'établisse) , un principe qui ne
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peut venir de la malière , quoique soumis à son influence. Ce qui coexiste ne demande pas pour cela à être confondu. Fût-elle une conséquence de l'organisation ou des rapports qui en découlent, une moralité s'attache à ce principe dans une espèce perfectionnée, teile que la nôtre. Une chaîne continue y lie et y embrasse tous les événemens de la vie. Il s'en forme un tout aussi positif dans l'ordre spirituel, qu'un système planétaire i'est dans l'ordre physique. Où il s'est commis un seul acte, précédé d'un jugement comparatif avec la loi éente ou naturelle, je découvre un être responsable : où je reconnois une responsabilité , je vois un être que la justice divine (1) doit et veut conserver. Mais on ne conserve que ce qui est ou ce qui peut continuer à être : donc il y a dans la créature humaine un principe d'action et de sentiment susceptible de survivre à son mécanisme.
Voilà des choses que l'on ne sauroit méconnoître sans blesser les convenances et les lois du iu^ement. L emploi bien régie de notre raison nous oblige à rapporter à notre nature pensante une continuité d'eilets dont le germe a été semé par elle dans la vie terrestre. Dès que nous rendons à la matière ce qui est sorti de la matière r nous sommes fondés, en Bonne logique , à transférer ailleurs ce qui ne peut s'expiiquer par les seules lois auxquelles la matière est soumise.
Abordons franchement la seconde objection j quoiqu'elle soit déjà très-atlénuée par ce que nous
(•) Si nous n'avons pas proivé D:eu , si le lecteur nVsl pasconvaincu par nous ou par luî-inêuu* de i'exisU.nce de ia iausy première, on peut se dispenser de lire ce livre, encore plus h: suivant, même fout l'ouvrage; car il ne repose en entier i^u* sur cette base. Heureusement qu'elle est inébranlable.
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venons de dire, elle u'esl pas à dédaigner. C'est celle que l'on puise dans la nullité des signes d'existence de Tètrc spirituel , après; le terme nais à son contrat d'union avec l'être organique. IXoire réponse nous conduira à l'aire une excursion sur le domaine de l'immortalité. Tout se tenant dans notre sujet, tel que nous l'avons conçu , les pas rétrogrades et les anticipations y deviennent quelquefois nécessaires.
La mort est certainement une cessation de l'être mixte sous les traits avec lesquels il s'est fait connoître. Ne. craignons pas de le confesser : elle est aussi une cessation apparente de l'être moral. Qui a revu ceux qui ont été une fois retranchés de la vie? qui les a entendus? qui a conversé avec eux? quia eu seulement le sentiment de leur présence? sans arguer de faux certains récits , à beaucoup d'égards , on peut se tenir en garde contre les faits qu'ils contiennent. Le motif le plus concluant de les infirmer, c'est que , l'être qui a une fois dépouillé son enveloppe organique, n'étant plus dans la sphère d'activité où nous a placés la Providence, des rapports lui deviennent impossibles avec les créatures de même espèce qui lui survivent. Ainsi nous ne saurions puiser dans celte source des argumens péremploires eu faveur de la persistance de l'âme, jusqu'à ce qu'il ne plaise à Dieu de réaliser, sans équivoque et d'une manière palpable, quelques communications décisives entre l'homme qu'il a couché visiblement clans la poussière du tombeau , et celui qui fouie encore cette terre de pèlerinage.
N'ayant pas vécu dans les temps de la prédication de l'Evangile , nous n'avons en ce genre que des présomptions , ou des certitudes morales , et ici il s'agit de certitude physique; il est probable que celle dernière nous manquera- long -temps,
Dieu ne veut ni ne peut, suivant les règles prescrites par sa propre sagesse , bouleverser la belle série des êtres ou en intervertir l'ordre. Il a dicté des lois qui constituent notre nature , et pour ne pas les enfreindre, il a voilé jusqu'à ses propres miracles (1). Ce qui est de ce monde, y reste; ce qui en est sorti , n'y rentre pas , du moins ostensiblement. La mort met un mur d'airain entre elle et le domaine de la vie présente. Nos désirs et nos conjectures peuvent s'élancer au delà de l'horizon sensible; mais les réalités de l'existence actuelle nous y enchaînent jusqu'à nouvel ordre. Je ne sache pas qu'aucun habitant de notre globe terraqué ait eu des communications avec ceux de Jupiter ou de Saturne. L'âme, enlevée à ses premières fonctions, est sans doute appelée clans une autre sphère^ avec laquelle nous sommes sans rapports. ïlrésulteroit d'une disposition contraire quelque chose de si tranchant, de si concluant même, que le libre arbitre disparoîlroit tout à coup ; et pourtant l'Eternel , en organisant l'homme , a voulu fonder un être mixte , passible de l'impression des sens , mais soumis à l'empire d'une volonté morale, et par conséquent susceptible de mérite et de démérite. Pour s'exprimer dans un langage humain, c'est une grande conception , et son auteur ne la rendra pas vaine.
Nous voilà donc réduits à chercher ailleurs que dans le témoignage des sens , et presque contre leur déposition , des preuves de notre immortalité. Récuser ici le témoignage des sens, estime chose toute naturelle. Où ils ne sauroient pénétrer,
(1) Aussi le plus grand nomhre clos Juifs n'y a point cru. Les grands miracles de l'univers ne sont-ils pas également voilés , de manière ta laisser à l'homme le mérite du choix dans le point de vue d'où il les saisit ?
ils n'ont rien à dire; et quand leur silence ne sert pas la cause, on ne peut pas prétendre non plus qu'il lui nuise.
Dans notre Traité de Y Existence de Dieu , nous avons soutenu que l'homm-" , comparativement aux autres espèces, n'est sur cette terre qu'un être commencé ; à certains égards, nous l'aurons peut-être démontré.
En effet, qu'est-ce que l'homme sans l'avenir ? Qu'est-ce que notre globe lui-même?
L'œuvre morale de Dieu , dans le système de la création terrestre ^ tient à l'homme seul, en tant qu'être moral. Tuez ce dernier dans le corps , qui, à bien dire , n'en est que l'expression , que resterat-il ici-bas? Quelques effets chimiques, quelques formes matérielles, dans lesquelles la chaleur et l'humidité , unies aux solides , auront été assez heureusement modifiées , mais le plus détestable des alliages dans l'ordre réel des êtres. Je n'y verrai partout que lutte, destruction, cruauté, injustice et moquerie ; je n'y découvrirai que des pièges tendus à la bonne foi. Et par qui ces piég-es auront-ils été dressés? par Dieu lui-même. « Essence éternelle, « forcé de te trouver inique , j'aimerois encore « mieux te nier ! Par un reste de respect pour toi , u ou de préjugé, je deviendrois athée, plutôt que « de porter mon encens sur un autel indigne de « mes hommages ; car la religion du mauvais prinn cipe n'est pas faite pour le cœur qui palpite dans « mon sein. »
Avec l'existence de Dieu , la mort absolue est impossible. Quand nous avons joué notre rôle icibas , celui de l'Eternel commence.
Nous aurons encore plus d'une fois l'occasion d'établir la spiritualité du principe par lequel se
dirige notre volonté; mais s'il étoit possible que la vie résultat uniquement d'une certaine combinaison d'élémens matériels ; si la perfection de celleci amenoit la perfection de la pensée; si Dieu avoit marqué le point positif où la moralité devient en nous le produit réel de l'organisation , en supposant Dieu ce qu'il doit être , c'est-à-dire, bon et juste , il y auroit force qu'il fit renaître cette combinaison avec ses diverses nuances : qu'elle passât derechef par des sensations de douleur ou de plaisir , en punition de ses vices, ou en récompense de ses vertus, et que de la sorte elle continuât à suivre la direction d'existence qu'elle se seroit donnée à elle-même.
De la sorte , on se réfugieroit dans le sein de la matière , sans échapper à l'autorité d'un maître; sa main de fer nous v poursuivroit encore; et molecules toujours renaissantes , nous h en serions pas moins , sous le glaive de sa justice , des êtres doué» d'une durée sans bornes et sans limites...
En deux mots , la mémoire morale est l'homme : que Dieu la fasse revivre de l'une des cent mille manières qui sont en sa puissance , et l'individu est immortalisé !
Il est certain que nos habitudes physiques et morales finissent par constituer l'essence de notre être. C'est en se les représentant dans leur ensemble , que notre imagination place devant elle un individu de notre espèce. Elle n'a d'autre moyen de le faire revivre cà nos yeux, car l'homme n'est qu'un composé d'habitudes.
Celui qui , avec un régime convenable, a exercé long-temps ses muscles , en obtient un surcroît de forces. L'influence des passions sur l'âme est encore plus décisive , en ce que le sujet sur lequel
celles-ci agissent directement, est lui-même le moteur de toute la machine. Un homme adonné à des actes de cruauté acquerra, en ce genre odieux , une énergie plus intense que la vigueur musculaire de Fàthlète vingt fois couronné aux jeux olympiques. Ainsi, tel misérable souhaita que l'espèce humaine n'eùl qu'une tête afin de pouvoir l'exterminer d'un seul coup ; ainsi Néron alla plus loin que Mi- Ion de Crotone , et s'éleva au sublime de la férocité.
Ces principes posés, comment vouloir qu'un être qui a méconnu les affections douces et sociales , qui a nourri son esprit de projets sanguinaires , qui a ouvert son cœur à l'envie, qui s'est réjoui dans les larmes , et s'est affligé dans la joie , comment , dis-je , vouloir qu'un tel être soit apte aux jouissances de cette vie future où la vertu puisera un accroissement de forces et une perfection de volonté. La bonté céleste étaleroit devant lui tous les trésors delà grâce qu'il n'en pourroit sentir le prix. Ce n'est pas à une telle table qu'il faudroit asseoir un tel convive. A moins d'un miracle qui le transformât, il ne sauroit s'y plaire; et ce miracle est impossible à la Divinité même , parce qu'il seroit injuste. Nous ne sommes pas en contradiction avec l'Ecriture, qui admet cette heureuse métamorphose opérée par la grâce en faveur du repentir : car ne perdez pas de vue que le repentir est un commencement de retour à la vertu ; et voila comment Dieu aide sa créature , sans porter atteinte à la liberté.
Il est maintenant facile de voir qu'une dissolution physique ne peut pas entraîner la destruction d'un être moral qui , usant de ce libre arbitre accordé à notre nature, a lutté à son préjudice , contre des penebans nuisibles à autrui , ou qui a im-
moîé à son avantage personnel le bonheur social. Ici il est évident qu'un système a été suivi. Qu'il ait été dicté par un dur égoïsme ou par une générosité sublime, ce système ne sauroit être regardé comme non avenu aux jeux du grand ordonnateur. Il y auroit chez ce dernier impuissance , s'il ne récompensoit les soumissions à Tordre et s'il ne punissoit les infractions qui Font troublé. Entre Dieu et l'homme, il existeroit cette différence que celui-ci seul mettrait quelque suite dans ses idées : qui nous autoriseroit à prononcer une semblable déchéance de la raison suprême? La mort, telle qu'il nous est permis de l'envisager, ne peut donc frapper que les élémens physiques et matériels de la vie; et les élémens moraux , quels qu'ils soient, auront une persistance ou une réintégration. A bien dire, nos derniers momens ne sont qu'un arrêté de compte entre Dieu et sa créature. Ainsi se trouvent fixés les droits de tous les deux. Chacun exercera des reprises fondées sur ce titre, et c'est avec ce fonds négatif ou positif que nous entrerons dans l'éternité.
Le méchant décherra , le juste s'élèvera. Dans quels degrés aura lieu ce double acte de raison et de convenance divine? c'est ce qu'il ne nous appartient pas de préjuger ; mais il est présumable que, dans ses distributions, la bonté du Créateur ne sera pas moins consultée que sa justice.
De la nature mêmes des choses, il résultera que, le méchant prenant la vertu en délestation , se rendra de plus en plus difficile, pour ne pas dire impossible , tout désir effectif de retour à l'ordre ; tandis que les gens de bien, qui ont déjà mérité nos hommages , s'attachant de plus en plus au beau moral , qui a fait ici-bas leurs délices, s'assureront une félicité exemple de troubles et d'alarmes. D'où
iiaissoient en effet les altérations du bonheur sur notre triste planète? du sentiment de la courte durée de nos plaisirs , des sacrifices qu'ils nous coûtoient trop souvent, des mécomptes dont ilséloient suivis , et des oppositions qu'ils trouvoient dans l'accomplissement de nos devoirs. Dans un monde meilleur, toutes ces contrariétés ont disparu : la connoissance parfaite du vrai bien en réveille sans cesse le désir ; la volonté favorisée par des penchans heureux , devient plus énergique ; la force morale s'est accrue; les résistances de l'organisation épurée sont presque nulles. Sans dépouiller son caractère libre, l'homme a laissé lien loin derrière lui les sentiers glissans où périt la vertu , et une chute prend à son égard un aspect d'improbabilité , qui équivaut à une impossibilité. Ainsi quaprès avoir franchi les premiers degrés , on est entraîné dans la pente rapide du vice, pourquoi l'habitude des seniimens honnêtes, jointe aux lumières d'une raison plus exercée, ne deviendroilelle pas à son tour presque irrésistible? On peut arriver à tel point de perfection morale, où il en coûteroit dix fois plus pour blesser les lois de la justice, qu'il n'est difficile au méchant de se défendre en cette vie d'un désir criminel. Certainement Socrate a fini par être vertueux sans eiForts , par l'être même avec volupté.
Ce n'est pas seulement parce que le pervers aura mérité un châtiment qu'il sera éloigné d'un monde meilleur , c'est parce qu'il se sera rendu incapable «e coûter le bonheur réservé à la vertu. Il a corrompu son sens intime; semblable à un malade dont le palais est dépravé, il ne soupire qu'après des jouissances qui agravent son mal. Si tout a coup ses nenchans vicieux lui étoient enlevés , il perdroit sa personnalité , puisque celle-ci ne se compose que
de souvenirs et d'habitudes. Nous le redemandons encore : pourquoi seroit-il l'objet de celle faveur ? Dieu , dira-t-on , ne veut pas le malheur de la créature (1). — En ce cas, il ne falloit pas créer des hommes ; il ne falloit même pas créer des anges ; car la liberlé ne peut être entièrement enlevée à un être moral , quelque élevé qu'on le suppose dans la hiérarchie intellectuelle.
La personnalité résultant d'une suite de volontés et d'actes exécutés librement par un être moral, elle ne saurait éprouver des modifications que de la même manière. Pour se réhabiliter , il faudroit que le méchant retournât presque sur le cercle de sa vie déjà parcouru , et il en aura d'autant moins la force qu'il aura fait plus de chemin. Pensée effrayante, dans laquelle la bonté de Dieu, sa justice, la liberté de l'homme et un reste d'espoir pour le malheur trouvent une égale garantie!
Par le fait , la mort n'est donc qu'un nouveau mode d'existence, qui nous ressaisit au point précis où il nous a trouvés. Reste à savoir si elle est une séparation des deux natures dont l'individu se compose? les apparences se prononcent pour l'alïirmative. Mais comme , dans la conservation même intellectuelle de l'être , la mémoire joue un trèsgrand rùle, et que celle-ci lient évidemment au système nerveux, plusieurs sages ontcru , sans blesser les lois de la spiritualité, que l'âme, en se détachant du corps, resîoitunie à une substance éthérée , principe de l'organisation cérébrale , et proore à s'identifier avec une nouvelle vie sensitive.
Cette idée est belle, mais, à notre avis, plus spécieuse que solide. Il n'en coûtera pas plus à ce-
(i) Voyez le chap. XIII du liv. V.
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lui qui m'a créé de rétablir , sur nouveaux frais j mon mécanisme matériel dans Syrius, à l'instant où mon cœur a cessé de battre , que d'en tirer les élémens du corps même dont l'âme est chassée.
M. Charles Honnet, de Genève, en admettant la persistance d'un principe de réintégration corporelle, semble s'être plus conformé à la faiblesse de notre esprit et à la direction ordinaire de nos idées, qu'il n'a eu égard à cette vaste latitude de moyens toujours à la disposition du Créateur, et qui lui permet de procéder par les voies les plus simples.
Or l'adhérence de l'âme à un germe indestructible et immatériel (si une substance éthérée pouvoit l'être), n'est qu'une double spiritualité, absolument inutile, puisqu'elle ne sauroit remplir les conditions voulues, ou une complication de difîicultés , si les élémens en appartiennent d'une façon quelconque à la matière.
Nous avons dit que la volonté divine peut réaliser le phénomène de notre existence dans Syrius, et l'on sent bien que nous ne prétendons pas interdire à la suprême sagesse toute autre région , fût-ce l'air ambiant de notre planète. Dans ce dernier cas , les morts conserveroient des relations avec ce globe, qui continueroit à être leur paternel héritage, sans qu'elles fussent partagées des habitans de la terre, auxquels des formes d'un tissu moins matériel que le nôtre , cesseroient d'être sensibles : de la sorte, une nature supérieure auroit seule le privilège de connoître ce qui se passe clans les degrés qu'elle a franchis. Cette hypothèse ne porteroit aucune atteinte au dogme consolant de la résurrection générale. L'amour-propre est un des plus puissans mobiles de notre espèce; et puisque sa fausse direction a trop souvent troublé l'ordre établi, la justice elle-même appelle à grands cris
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îe jour d'une manifestation où, par i'éclat des peines et des récompenses, les uns apprendront ce qu'ils ont évité, et les autres ce qu'ils ont perdu. Alors le genre humain réuni dans ses diverses fractions , par peuples, par contrées, par hameaux (car il convient que chacun se trouve en présence de ses pairs), offrira l'étonnant spectacle dei'orgueii humilié, et du mérite jadis obscur, devenu l'objet de l'estime publique. Àh ! sûrement ils donneront de nouveaux regrets aux amis de leurs jeunes années , et aux compagnons de leur voyage terrestre , les justes qui, ne pouvant élever jusqu'à eux des êtres trop chers, verront s'approcher le moment douloureux d'une seconde séparation! quelle triste solennité accompagnera leurs adieux ! car n'allons pas croire que l'égoïsme soit la condition du bonheur. Les élus auront donc encore des larmes à répandre et à sécher; mais ils finiront par se confier dans la bonté du père céieste , et ils recommanderont à sa clémence ceux-là même qu'aura frappés sa justice.
Nous eussions souhaité que nos méditations nous eussent conduits à adopter le sentiment de l'honnête et célèbre Bonnet , sur la persistance d'un germe or2'aniqueindestructible(i). Les types de notre âme, de notre corps même, étant gardés dans les archives des mondes , cette persistance deviendroit superflue. Une masse immense d'éiémens homogènes et hétérogènes est à la disposition de l'Eternel ; il en peut faire sortir des milliards d'idenclités et de similitudes. Oserons-nous, après cela, borner le nombre des modes de réintégration , qui sont en sa
(i) Cette doctrine , pour l'auteur de la Palyngtnésie , u'étoit «ju'un corollaire de son système de l'emboîtement.
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puissance? Les doutes d'un esprit qui se fait une idée de cette dernière , ne doivent tomber que sur le choix auquel elle s'arrêtera.
« Créature douée d'une volonté morale , tu crains la mort ! mais qui l'a dit que tu doives mourir? — Le spectacle qui s'offre tous les jours à tes yeux? — Mais es-tu bien sûre qu'en ceci tes sens ne te trompent pas? leur as-tu l'ait leur juste part? qui t'assurera que tu ayes tout vu? Si l'on supposoit qu'un homme fût placé tout à coup sur la terre avec des organes parvenus à leur entier développement , la première fois qu'il sentiroit l'invasion du sommeil, il croiroit que son être lui échappe, et qu'on va lui retirer le présent de la vie. Crois que celui qui t'a maintenu au nombre des vivans pendant un tiers de ta course terrestre , sans que tu en eusses la conscience , saura te réveiller encore après le sommeil du trépas. Laisse -le accomplir ses desseins et dérouler les vastes plans de sa création. A cet effet il a besoin de te redemander le corps qu'il t'a prêté. S'il n'avoit voulu qu'une seule génération sur le globe qui te porte, tes organes seroient incorruptibles; mais il a multiplié indéfiniment les êtres de ton espèce avant toi ; il se propose de les multiplier après toi : cède donc la place. Ton caractère est établi devant lui ; le nom auquel tu réponds lui est connu : qu'il te suffise ! tu seras sûrement appelée. JN'est- tu pas dans le temps? n'est-tu pas dans l'espace? Le Dieu du temps et de l'espace ne t'aura-t-il pas toujours sous la main? »
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