‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 72 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du système de l'enveloppement. Véritable idée qu'une créature morale doit se l'aire de la mort.

JLje système d'enveloppement de Leibnitz ne nous semble pas davantage admissible. Considérée sons cet aspect, la mort sen.it un vide dans l'existence ; et dans les vues de Dieu, tout est plein. On aura beau dire que les siècles se présentent devant lui avec la simple durée de l'instant qui s'écoule, l'éternité ne se compose que de siècles , et ils sont les élémens d'un tout dont la moindre portion est précieuse aux yeux du grand Etre , quand sa justice ou sa bonté la réclame. Si l'ancien des jours jouit perpétuellement de tout l'ensemble d'une éternité qui est, pour lui, sans fraction, il n'en est. pas ainsi de créatures qui ne jouissent que par un ordre successif d'idées , ou une continuité de perceptions. Elles n'obtiendront l'un ou l'autre que dans le temps , et celui-ci doit être rapproché d'elles le plus promptement possible : c'est dire qu'il sera sans lacune. Dieu ne renvoie pas au lendemain ce qu'il est bon d'opérer dans le jour même : rien n'indiquant ici l'utilité d'une suspension de notre vie réelle et active , il nous sera au moins permis de la révoquer en doute. Il est vrai que le sommeil , interposé dans notre carrière, en abrège réellement la durée ; mais il tient à l'économie actuelle : placé comme une suite d'hôtelleries de relais en relais sur le chemin quelquefois raboteux de l'existence , il en allège les ennuis , ou il ajoute à ses charmes , soit par la cessation d'un état de gêne , soit par le renou-

velleincnt do forces dont il est la source. D'autre* intentions morales pourraient encore se discerner dans ses effets : le sentiment intérieur n'a pas besoin «l'un tel repos; l'abandon de sa dépouille organique le lui donne par le fait. Les eaux du Jourdain s'élevèrent comme deux murailles ; et , après avoir présenté une route spacieuse aux Israélites , elles retombèrent sur elles-mêmes, pour continuer leur cours : à l'instant où le voyageur terrestre est passé, ainsi doit couler , sans interruption , le fleuve de sa vie. La mort sera donc un dégagement et nou Un enveloppement du principe animé. Ce dégagement donnera lieu à de nouvelles formes que notre raison pressent , mais qui ne sauroient nous apparoître, puisqu'il n'entroit point dans les intention» divines de les effectuer ici-bas. Les sens , ces ouvriers du jour, n'ont rien à démêler avec un tel ordre de choses ; et comme aucun motif procédant de faiblesse ne porte l'Eternel à attendre , il est présumable que le beau phénomène de l'immortalité trouve , plutôt qu'on ne l'imagine , sa réalité physique et morale dans une de ces sphères vierges d'habitans , où un simple acte de la volonté suprême peut transporter des flots de générations.

La mort ne sera jamais à nos yeux qu'un acte au moyen duquel la puissance divine sépare d'un mécanisme animé le principe spirituel qui, y prenant un développement, est parvenu à une personnalité réfléchie. Or cette opération , préparée par les simples lois de la nature , permet à Dieu de transférer ailleurs le principe spirituel, de l'adjoindre à un autre système organique , de le faire décheoir , de lui rendre sensible de grandes privations , ou de le récompenser en l'élevant à une sphère plus exaltée. Qui nous assurera que , dans ce sens , les anges n'ayent pas aussi leur mort? Nulle créature n'a

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reçu , ni ne recevra en partage la permanence et l'immutabilité. Il n'est donné qu'à Dieu d'être stationnaire, parce qu'il a son point d'appui partout, ou plutôt en lui-même. Pour lui seul il n'y a point de degrés dans la vie , dans la science , dans le pouvoir ou dans le bonheur. Mais ne seseroït-il pas réservé de béatifier les êtres sortis de ses mains , en leur faisant parcourir diverses périodes de félicité qui peuvent se multiplier à l'indéfini , par cela même que son infinité lui permet de se laisser approcher pendant une éternité , sans être jamais atteint?

L'élévation d'une substance angélique à un degré supérieur, n'a peut-être lieu que par une sorte de péripétie ou même de sommeil. Alors le sentiment de l'existence souffre probablement chez elle une altération, et puisque l'accroissement du principe spirituel ne sauroitse faire sans une mutation d'organes, il faut que la dépouille de l'ange tombeaux pieds du chérubin. Moment extatique, où l'être se reconnoîl sous une forme nouvelle, et renaît à la vie dans l'ivresse d'un bonheur que la veille il n'eût pu concevoir ! Qui osera marquer le point où doit s'arrêter cette chaîne de transformations, toutes plus ravissantes les unes que les autres? Qui sait même si ce n'est pas avec des créatures formées sur notre modèle , que Dieu a commencé à peupler les diverses catégories de la hiérarchie céleste?

Il est donc possible que , non comme cessation de l'être, mais comme simple transition , la mort existe aussi dans les cieux. Les cieux eiix-mêmesscroient-ils antre chose que des mondes d'un degré plus ou moins élevé, où la bonté divine se montreroit plus ou moins accessible ?

Le premier des disciples du Christ a dit que les archanges nourrissent en vain certains désirs. Leur

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nature n'est donc pas immuable; car le désir, satisfait ou non , prouveroit seul une tendance au changement. Le Christ a dit lui-même qu*ï/y a plusieurs demeures dans la maison de son père } par conséquent plusieurs degrés de félicité; d'où il seroit permis de conclure qu'il n'existe point de ciel absolu, ce qui sëroit bien plus d'accord avec les divers degrés de mérite que sont susceptibles de parcourir les innombrables créatures dont l'intelligence parvient jusqu'à la moralité.

La mort sera toujours un grand événement dans ' nos destinées , en ce qu'elle détermine un nouveau mode d'existence. Comme atteinte portée au fond de l'être , si on la réduit à sa véritable expression , eiie est bien peu de chose, peut-être moins qu'une syncope prolongée. Elle aura perdu son aspect hideux pour le lecteur qui sera entré dans notre sentiment. Quanta nous, résolus que nous étions de lui consacrer les cinq chapitres de ce livre , nous nous apercevons que nous avons fini par y mêler les consolantes images de la vie , et nous n'en sommes pas étonnés : la mort est placée comme un point entre nos deux plus prochaines existences; elle ne ferme pas l'une, sans ouvrir la barrière de l'autre. On ne sauront l'aborder qu'on ne découvre des terres nouvelles. A bien dire, elle ne renverse pas l'homme dans sa marche à travers les siècles, elle le pousse seulement dans une direction que toutes les voix du ciel et de la terre proclament par avance. Hâtonsnous de prêter l'oreille à leurs accens,

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