CHAPITRE II
La seconde vie organique de la créature humaine est dans le* intérêts de son Créateur.
Les chronologistes , dont les supputations ont la moins de latitude , donnent au globe six mille ans d'existence; les géographes, les plus bornés dans leur statistique , évaluent à u n milliard le nombre des créatures humaines qui le couvrent simultanément; les naturalistes s'accordent pour compter trois générations par siècle; cette masse effrayante de cent quatre-vingt milliards d'êtres pensans qui, tour à tour, ont paru sur la face delà terre, qui ont été justes ou injustes, bons ou médians , ne seroit-elle donc plus rien aux yeux de l'Eternel?. . . La force de l'objection se multipliera jusqu'à l'infini, si l'on songe à la quantité de siècles qui peuvent s'écouler encore, et que la justice incréée est aussi obligée envers un seul individu qu'envers la masse entière. Que sera-ce si l'on suppose, dans les autres globes du système, une population en rapport avec leur volume, et destinée, comme nous, à se gouverner
suivant les belles notions de la morale? ÎSe
nous enfonçons pas dans des calculs aussi accablans pour notre pensée , qu'injurieux pour l'Eternel. La justice est son bien comme le notre, et il n'a pas besoin d'être acculé dans les derniers relranchemens des possibles, pour exercer un ministère dont certainement sa bonté, a déjà plus d'une fois tempéré la rigueur.
Lorsque je me représente le comte Ugolin renfermé dans le cachot où il doit recevoir le dernier
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soupir du dernier de ses enfans affamés, quand je vois le sourire de l'ironie errer sur les lèvres d'un abbé de Gange, et insulter aux angoisses de sa victime, une voix forte s'élève du fond de mon cœur, pour me dire que tout n'est pas fini. Le bienêtre, ici-bas, ne passe certaines bornes que pour changer absolument de nature; la souffrance cède, s'accroîtou lue, mais ne se dénature pas : les grandes douleurs physiques et morales déposent d'une vie à venir, ou de l'impuissance de la main qui a cornbiné les élémens du bien et du mal ; si ce dernier avoit dû prévaloir, sans aucune balance de ses terribles effets , il est fort à présumer qu'il n'y eût pas eu de création.
Nous en attestons les sentimens de tout honnête homme : dans la supposition où la vie laborieuse du jour seroit la vie absolue , le Créateur ne la soumettrait pas à toutes les agitations par lesquelles on la voit sans cesse éprouvée, et qui trop souvent en font le supplice. Par pitié , il en eût au moins retranché les aspérités du climat et les accidens nuisibles quirésultent des chocs élémentaires. Il eût fait plus : en organisant l'homme pour un bonheur présent, il eût infusé, dans son sein, les seuls goûts paisibles qui peuvent en assurer la durée. Ainsi l'eût voulu la bonté dans la triste impuissance de perpétuer son ouvrage. Ne craignons pas d'énoncer toute notre pensée : disons à haute voix qu'il eût été aussi absurde que cruel de nous soumettre au sentiment d'une moralité sans but et sans motif. Il n'étoit en droit que de faire des bêtes et des reptiles, celui qui n'eût eu ni peine ni récompense à sa disposition ; mais en nous donnant l'intelligence du bien et du mal . il a gravé sur notre front des caractères d'immortalité. L'imperfection transitoire des choses nous répond au moins d'une durée indéfi-
nie , et la médiocrité même Je notre état actuel , de toute la force de nos besoins, nous enlace avec l'avenir.
Dieu doit l'immortalité à tout être dont il a ouvert le cœur aux notions du juste et de l'injuste; mais notre constitution présente ne la comportoit pas. Nos organes ne sont qu'un assemblage forcé d'élémens , contre la désunion desquels lutte sans cesse l'énergie vitale. Dès l'instant de sa conception, le germe , dans lequel ou par lequel l'âme doit parvenir à son développement moral , a sa limite d'existence tracée. Des causes accidentelles peuvent la rapprocher d'une manière indéterminée, jamais la reculer, car les lois de la nature sont irréfragables. Ce qui prend vie sur notre planète, ce qui y est soumis à une marche d'accroissement , nécessairement y trouvera sa fin. Partout où il a fondé la création sur les principes qui nous régissent, l'Eternel respectera ces lois, parce qu'elles dérivent de l'essence des choses, comme de la volonté qui les a coordonnées. Il ne lui restoit donc d'autre moyen d'immortaliser notre être que de le renverser en apparence. C'est par la mort seule qu'il pou voit prolonger la vie. Voyez cette chenille qui rampe à vos pieds : elle deviendra chrysalide, puis papillon. Combien cette perpétuité du même être , à travers trois formes différentes , ne donne-t-elle pas à réfléchir ï Celui qui, pour prolonger les jours d'un animalcule, chez lequel l'égoïsme absolu est une loi organique , s'est constitué en tant de frais (car cette transformation est une des choses les plus admirables qui se passent sous le soleil ) , celui , disje , qui, pour un si foible motif, étale un triple miracle de naissance , de mort et de résurrection , ne fera-t-il pas au moins autant pour l'homme dont l'existence ne s'est pas traînée sur une feuille d'ar-
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bre, mais s'est mise en rapport direct avec d'autres existences, et s'est brillamment associée aux vues primitives de la création. Ce n'est pas sans intention que les anciens ont représenté Pythagorè méditant devant l'insecte ailé dont il s'agit. Nous ignorons si la pierre gravée qui t'offre en cet état existe encore au Cabinet du Roi; mais c'est à noire avis un des beaux monumens de notre immortalité qui pussent sortir de la main de l'homme.
On dira que les changemens de forme de la chenille n'empêchent pas la persistance de ïétre , puisque, dans ses évolutions, le principe organique passant du ver à la chrysalide et de celle-ci au papillon , reste toujours sous nos yeux malgré son état d'enveloppement. On attaquera ensuite l'analogie , sur ce qu'à la mort de l'homme le principe matériel et le principe spirituel échappent également aux regards. Ceux qui seroient tentés de raisonner ainsi ne perdroient-ils pas de vue que , lorsque Dieu voile sa marche, il faut toujours en attendre ce qui est le plus convenable et le plus juste ; que la restitution de l'homme ne pouvant avoir lieu ici-bas, comme nous l'avons prouvé , la dernière partie du parallèle s'accompiit ailleurs ; car certainement la sagesse toute-puissante aura eu ses motifs pour la dérober à notre examen , motifs qu'il est permis de pressentir d'après notre organisation même. En conduisant la chenille dans ses métamorphoses , l'Eternel montre ce qu'il peut. 11 laisse percer un trait de ses desseins , et il semble préluder en se jouant à nos destinées : de sa part, c'est presque ouvrir les lèvres pour nous dire que la seconde période de notre existence appartiendra à une autre économie, puisqu'elle ne sauroit se réaliser en celle-ci.
On seroit tenté de croire que le livre qui contient
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le plus de vérités morales est aussi ceîui qui renferme le plus de vérités physiques et métaphysiques. L'Evangile ne semble-t-il pas nous découvrir la base fondamentale de la seconde existence , quand il nous parle du sort qui nous attend après le trépas ? Partout il déclare qu'une nouvelle vie nous est réservée ; que le juste vivra éternellement ; qu'il renaîtra dans le Saint-Esprit; qu'il verra la lumière; que le méchant sera livré aux ténèbres j qu'un feu dévorant deviendra son supplice. Ne sontce pas là des actes posi'.ifs d'une vie organique ?
La nature des âmes est sans doute homogène : celte conformité résulte nécessairement de l'unité et de la simplicité de leur principe. En traversant des milliers de combinaisons , le feu ne change pas d'essence, mais il se manifeste diversement : ici c'est une pyrite dans laquelle il agit: là il est fixé dans un métal ; tantôt il se condense dans un silex ; tantôt il anime un mécanisme de végétation. Toujours le même , comme le Prolhée de la fable , il revêt des formes variées , sous lesquelles il reste insaisissable.
Telle est la marche par laquelle Yesprit arrive à la diversité des caractères. La direction du mécanisme détermine seule les modes de l'âme: c'est par ceux-ci que l'individualité se décide; individualité qui devient notre ouvrage , ainsi que nous nous flattons de l'avoir prouvé dans les trois chapitres consacrés au libre arbitre. Le lecteur se souviendra, que ce dernier neutralise à tel point l'influence organique , que , dans les assises, Jes jurés voient également passer sous leurs yeux des prévenus d'une humeur flegmatique , ou d'une constitution irascible et nerveuse. Le physiologiste , qui parcourt les annales des peuples, y voit figurer, en bien comme en mal , des personnages de toutes les coin-
plexions. Les dissimulés y jouent même les premiers rtMes , et Ton n'ignore pas que cette qualité ne peut s'accorder avec Ja violence des passions , que par suite d'un grand empire sur soi-même.
Le sentiment du moi , n'étant qu'un résultat de relations du sensorium avec notre espèce , et d'accidens avec la nature , il est de toute évidence que des êtres simples ne seroient affectés que d'une manière uniforme , si toutefois il étoil possible que des êtres simples lussent affectés sans canal de communication ou de transmission. Dès lors aucune variété dans les perceptions , par conséquent dans les individus réduits à l'unité élémentaire ; en vertu des mêmes prémices, plus de motifs dans les distributions du Très-haut, c'est-à-dire dans les peines qu'il inflige, ou dans les récompenses qu'il décerne. Le méchant, ne conservant plus la propension vicieuse qu'il s'est donnée ; le bon, n'ayant plus la conscience des améliorations par lesquelles il a fait passer successivement son être , le domaine de l'intelligence ue se trouveroit peuplé que d'ombres sans couleur* et sans traits caractéristiques.
Nous allons plus loin : l'Eternel, qui a franchi un grand pas, en procédant de la création des animaux à celle des hommes , puisqu'il est parvenu à établir dans ces derniers une personnalité morale, et qu'il y a rendu chaque être absolument distinct de ses pareils, feroit évidemment ici un pas rétrogade; il rejetteroit dans les masses ce qu'il en auroit séparé : même en versant le bonheur , il en retrancheroit une grande jouissance, et il se déroberoit à lui-même le spectacle d'une joie diversement sentie, et variée dans ses éiémens comme dans ses motifs.
L'essentiel pour le Créateur, étoit d'obtenir des êtres distincts et responsables. ISesprit ne pouvoit
seul les lui donner. La combinaison de ce dernier avec la matière, étoit d'une nécessité d'autant plus grande, que la liberté, sans organes impressionne^, n'est point une chose admissible. C'est ce qu'on soutiendrait avec avantage coûlre les ennemis du libre arbitre ; nous avons même reconnu dans le dixième chapitre de notre quatrième livre , que la simplicité n'appartient pas aux substances angéliques . dès-lors qu'il existe quelque chose de peit sonnel en chacune : s'il en étoit autrement, l'Ecriture ne les diftérencieroit pas. Raphaël et Gabriel sont deux êtres particuliers devant le trône du Seigneur; comment le seroient-ils avec des aperçus et. des idées semblables , apanage commun et nécessaire de toutes les substances simples dans l'ordre intellectuel, tant que l'on persistera à en concevoir de cette espèce.
Ce n'est pas un être quelconque qu'après le trépas Dieu veut et doit maintenir; c'est celui qui a marché devant lui dans les sentiers de la vie, et quia été bon et indulgent, ou dur et négatif envers ses compagnons de route. Dans Fintuition du grand juge , mon âme existe aussi positivement que celle des plus illustres personnages ; c'est là que l'ensemble de mes actes a déposé une trace inaltérable. Ne sera-ce que quant à moi, qu'elle cessera d'être positive ? serai- je le seul à n'en plus avoir la conscience ? il y auroit en cela quelque chose de bizarre. Si la promesse d'un Dieu n'est pas un vain mot, il faudra que mon être revive avec tout ce qui peut en assurer l'identité , tout ce qui peut même la rendre plus parfaite.
Au reste, dans cette continuation de mon existence, le Tout-puissant a aussi ses intérêts à ménager : il faut une satisfaction à sa justice. Celleci a deux parties ; l'une embrasse la peine, l'autre
la récompense, Tel que je me suis constitué . je lui ai é(é agréable ou non. Dans le dernier cas , j'ai au moins des expiations à craindre; dans le second , j'ai des récompenses à attendre. J'ignore <| uc! le sera la pensée de l'arbitre souverain , quand ii infligera la peine. Comme celle dernière sortira d'une loi essentielle, c'est-à-dire de la nécessité même , ii est peut-être convenable d'en distraire action immédiate de la Divinité. Mais je suis sûr qu'en m'appélant à un meilleur ordre de choses, Tau leur de mon être ne sera pas indiffèrent à ma joie ; le spectacle d'un bonheur mérité ( n'en doutons pas) touche plus immédiatement à son essence, et en cette qualité, il deviendra l'objet de ses soins.
Il tient à l'essence de l'être le plus foiblement organisé de se faire des rapports. Le germe dépositaire d'un frêle arbrisseau attire à lui des sucs, s'entoure de feuillage, pompe des vapeurs, et demande sa portion de soleil et de rosée; des communications s'établissent entre la nature et l'insecte à peine éclos. C'est la condition de toute existence; dans l'ordre élevé , c'est son seul moyen de bonheur e! de perfection.
Quant à nous , nous avons invité une compagne à partager l'abri de notre toit solitaire, et nous avons ainsi doublé , multiplié et perpétué notre être ; nous nous sommes encore rapprochés de nos semblables, pour faire avec eux des échanges de services et d'estime; comme si ces relations n'a- V'oiont pu suffire à notre bonheur , nous avons par'é à l'arbre de la forêt et à la pierre du monument, et nous avons dit à l'un de venir épancher son ombre sur nos foyers rustiques, à l'autre de ressusciter à nos cotés les souvenirs des anciens âges ; hélas ! la haine a tenu aussi une place dans
nos arelives ! l'injure, à la marche altière, a parcouru l<s hameaux; les empires se sont froissés, et plus d'une fois la colonne triomphale s'est dressée vers le ciel, pour y porter le témoignage éclatant des malheurs de l'espèce humaine.
Notre vie se passe à aimer et à haïr : à ce premier sentiment nous devons tout le bonheur dont nous avons joui; à l'autre tous les tourmens dont nous avons été la proie. Ce qu'il y à de plus excellent sur la terre provient d'amour, y aboutit, ou y retourne : toute création, en quelque genre que ce soit, ne connoit pas d'autre origine, et voilà pourquoi tout acte producteur est précédé ou suivi de la plus grande, volupté qui puisse incomber à un être moral ou sensible. Demandez si nous nous trompons à cet artiste qui a tenu , pendant dés mois , sur le chevalet le tableau dont il a conçu le plan ; demandez-le à l'écrivain qui, après des veilles studieuses , parcourt en secret les pages qu'il vient d'animer du feu de son génie. ïl n'est pas de si misérable ouvrier qui ne contemple, avec une sorte de complaisance, le meuble ignoble sorti de ses mains; et celte jeune épouse, quand, pour la première fois , elle arrête des regards tendres et inquiets sur son fils nouveau né, quand, à cet aspect, le sourire maternel vient briller sur ses lèvres pâlies par des douleurs qui ne sont pas encore éteintes , croyezvous qu'un charme inexprimable d'orgueil et d'amour ne remplisse pas le cœur de l'être qui , en partageant sa propre vie, se sent associé à des fonctions créatrices?
Comme moyen de donner à notre individu la plus grande extension possible, de vivre plus énergiquement en nous , de vivre même hors de nous r l'amour agit à chaque instant sur nos facultés; à chaque instant il nous émeut sur le sort des autres,
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ou il nous attendrit sur nos propres destins. La même voix dont les reproches cuisans (ont maudire au célibataire incliné vers la tombe les jours de son égoïsme , la môme force qui, à défaut de toute autre société, nous pousseroit en Ire les oras d'un ennemi, n'auroient-elies pas sollicité le Tout-puissant, quand il a créé les mondes?
Oui, Dieu a voulu se donner des rapports, puisqu'il s'est fait créateur ; il lui a plu d'être aimé > puisqu'il s'est fait bon ; il a recherché une sorte de gloire, puisqu'il a formé des intelligences dont il commande l'admiration par des chefs-d œuvres; il ne lui a pas répugné d'avoir quelque chose de commun avec elles , puisqu'il les a associées à ses grands projets — Une jouissance solitaire seroit un cachet d'imperfection. Je ne saurois long-temps , dans ma pensée , séparer l'Eternel de la création qui seule a pu le faire connoître. Une puissance, éternellement inactive, seroit-elle une puissance? Une bonté , pendant des myriades de siècles inaccessible, seroit-elle une bonté? D'aussi loin que mon esprit puisse embrasser les choses , je vois l'Ancien des jours travaillé du besoin de créer. L'amour a ordonné l'univers, et l'amour est un besoin, peutêtre même le seul qne l'être-principe doit ressentir. Les âmes des justes lui appartiennent donc comme son bien propre , et s'il le falioit, il les disputeroit au néant, comme le plus riche produit de l'acte par lequel il a été enlevé à sa solitude.
Qu'est-ce que la Divinité conserveroit , si elle n'assuroit la permanence de l'être qui a eu les moyens et la volonté de s'élever jusqu'à elle? L'ensemble imposant des soleils et des planètes , dont elle protège la durée depuis une éternité , et dont elle continuera sans doute la brillante harmonie pendant une éternité, prétendrait vainement à se
mettre en parallèle avec une telle création. Certes, il y a quelque chose de plus sublime dans le mouvement qui me fait tendre la main vers un infortuné, que dans celui qui fait parcourir à tel astre la vaste circonférence de sa révolution séculaire.
Le Dieu qui n'éterniseroitque la matière ne seroit que le Dieu de la matière ; et encore , dans celle-ci, arrêtant sa prédilection sur les élémens les plus grossiers, il feroit le choix le moins digne de lui. Mais rassurons-nous : incapable de perpétuer autre chose que des formes ignobles ou fantastiques , le nôtre ne se fût pas hazardé dans la carrière de la création.
Force est donc que le Dieu créateur devienne le Dieu conservateur.
Après avoir vu disparoître à nos côtés une personne chérie , nous nous félicitons de posséder au moins son portrait. Nous y arrêtons nos yeux avec une douleur qui n'est pas toujours cuisante; et quoiqu'il ne nous reste qu'une imparfaite image de l'objet de notre attachement , nous en repaissons notre cœur avec délices. Regretter , c'est jusqu'à un certain point vivre de son bonheur passé. Dieu a le droit de demander davantage; c'est l'original qu'il lui faut; ce sont ses moindres traits qu'il fera renaître animés de toute l'énergie du premier souffle; il voudra Fénélon et Bossuet plus ressemblais que le pinceau de Vivien et de Rigaud ne nous les a laissés , que le burin d'Audran et de Drevet ne les a gravés. C'est pour les perpétuer plus sûrement qu'il les a suivis dans la ligne de leurs jours, et qu'il a fixé en lui-même leurs nuances distinctives; c'est pour arriver à ces beaux résultats , qu'il s'est fait Créateur. Conserver sera donc sa jouissance.
Si un ami voyant son ami étendu sur un lit de douleur, pouvoit le dérober au tranchant de la
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faulx prête à le moissonner; s'il posscdoitun élixir qui put rappeler le sentiment dans cet ensemble d'organes dont les actes , dirigés par une tendre affection , eurent pour lui tant de charmes , ne trouveroil-on pas surprenant qu'il se refusât à luimême l'inexprimable volupté de Taire palpiter sous sa main le cœur où il lenoii. une si douce place? Supposez maintenant que, dans ces élixirs au pouvoir de l'ami , ii y en ait un dont la propriété soit, en conservant la vie , de changer le caractère et les formes de ceux auxquels il seroit administré ; certainement ce ne sera pas à celui-ià que sa tendresse aura recours. (Test un objet consacré dans ses souvenirs . qu'il redemande à la mort ; c'est l'être en possession de lui plaire , et dont il étoit chéri , qu'il nrùle de rappeler à ses côtés dans la carrière de l'existence. Il le lui Faut avec ses habitudes , ses imperfections même; et si le charme de son art lui permet de conférer au compagnon de sa course terrestre un accroissement de félicité , ce sera la seule tentative que lui permettra son amour.
Tel doit être, tel sera l'Eternel à l'égard de sa créature méritante. Possesseur de Télixir de l'immortalité , ami des justes , qui souvent lui ont sacrifié jusqu'à leur propre vie , et qui ont constamment respecté ses saintes lois , lors même qu'elles éloient un objet de dérision , comment ne fera-t-il pas couler sur des lèvres pures le baume qui , en perpétuant la vie , lui assure des adorateurs chers à sa pensée , et déjà familiarisés avec les desseins de son ineffable sagesse : certes , si Dieu se complaît dans sa propre perfection , il n'en brisera pas le plus beau simulacre. Il ne nous reste plus qu'à chercher , autant que nous le permettra notre foible vue , quels sont les moyens de perpétuité et de bonheur dont usera sa bonté libérale.
MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. teS