‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 76 sur 79 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la restitution présuniable de I'Etre spirituel et de I'Etae

matériel.

l^ous n'oserions dire que le principe du feu fût matériel : celui de l'âme l'est évidemment moins ; mais quant au monde apparent, ce dernier seroit lout-à-fait stationnaire , si par quelque coin il ne lenoit à la matière.

Ne pouvant, comme Dieu, l'embrasser dans son universalité, il lui a été uni par des liens secrets qui sont les organes.

Ces organes, chargés de l'éducation de l'intelligence , sous la direction de la volonté qui leur commande , ont été mis en rapport avec un nombre de combinaisons matérielles très - borné , si on a égard à l'ensemble des combinaisons possibles. Parmi celles qui nous sont inconnues, combien n'en reste-t-il pas encore pour le plaisir ? combien n'en reste-t-il pas pour la douleur? Quel œil a vu les deux extrémités de cette chaîne qui, dans ses nombreuses circonvolutions, enveloppe tout ce qui a le sentiment de la vie ?

Les divers inondes ne sont sans doute que des échelons du vaste univers. Quant à nous, notre planète en est sûrement le premier. Un second , en progression croissante ou décroissante, nous attend : il nous prendra en l'état (1). Comment y seronsnous transportés? Quels sont les organes qui nous

(i) C'est-à-dire in statu quo.

tfo INDUCTIONS

y seront adjoints? Quelles perceptions noiis donneront-ils? Jusqu'où celles-ci pourront-elles s'étendre? C'est le secret de la Divinité. Ce, sera le nôtre dans peu d'années, peut-être dans peu d'heures.

Ce qu'il y a de certain , c'est que tout est lié dans le système de ce globe sublunaire, et que, suivant les probabilités, tout l'est dans le système général. Le germe des lychens les plus imperceptibles est en rapport avec le plus brillant soleil qui échappe peut-être à notre vue : mon âme est également coordonnée avec l'immense empire de l'intelligence ou des idées possibles. Le lyclien agit en lui-même et s'accroît par une ibible portion de ce mouvement e-énéral , que Dieu a répandu dans la création : mon ame , douée dun mouvement plus actil, s etend aussi et agrandit sa propre sphère. Le lydben qui, par intus-susception, s'est adjoint des molécules de matière changées en sa propre substance , a pris sesélémens autour de lui, et verra s'opérer sa ruine à cette même place où le doigt de Dieu a élevé le frêle édifice de son être : mon âme , qui a pris bien loin d'elle et dans un monde inépuisable ses principes d'accroissement, n'a aucune place fixe; elle peut habiter Syrius , comme la terre , le plus exalté des globes , comme le plus infime par rapport à notre centre d'attraction. Le germe végétal ne s'incorporera jamais que des sucs analogues à ceux qui son déjà entrés dans sa texture ; son principe se refuseroit atout autre travail : nvà faculté pensante peut résider dans un sensorium sans rapports a\ec celui de ce jour , mais dans lequel , malgré le changement organique , l'identité morale sera maintenue, si les combinaisons nouvelles ont conservé les anciens résultats. Ainsi que l'on peut transmettre une pensée en différentes langues et chez difterens peuples, aiusi Vesprit se prête à toutes les mutations

et à tous les déplacemens. Quels qu'ils soient , il ne demande que des points de contact, pour s'exprimer suivant nos idées sensibles. Que Ton réfléchisse sur la nature de lame, et Ton reconnoîtra qu'elle est essentiellement voyageuse. L'espace ouvert devant elle est infini : il en est de même de ses désirs. La similitude des proportions de l'hôte et du domicile indiquera toujours qu'ils se conviennent mutuellement. L'esprit de l'homme embrasse l'univers : l'univers sera donc sa mesure.

Il existe en moi une force motrice ; c'est ce dont je ne saurois douter. Je me prouve , par ses actes mêmes , qu'elle est immatérielle. S'il le falloit , je le prouverois encore par sa simple influence sur ce qui m'entoure, puisque le mouvement s'applique aux objets , sans jamais leur appartenir.

Cette force qui constitue le fond de mon être, suivant des déterminations dont la cause est en. elle-même , gouverne le corps qui lui a été soumis, fclle lui demande des mouvemens , et il les exécute ; elle le sollicite de marcher, et il forme des pas • elle veut transporter ses moyens matériels de relations à mille lieues de distance, et, comme cettetranslation ne peut se faire sans la machine à laquelle la force a été unie , la machine se déplace et n'exige , pour continuer sa roule, qu'une persistance de l'acte qui l'a fait entreprendre; car la volonté doit être co-existente cà tous les momens de l'exécution. Comment de sensible la force devient intelligente, puis morale, c'est un des plus beaux miracles de l'univers créé. Nous avons dit sur ce sujet digne de toute notre attention , quand elle n en est pas accablée , ce que nos foibles lumières nous ont permis d'entrevoir.

Quoi qu'il en soit , cet agent inaperçu , inaper-

eevable , cet cire immatériel, puisque le fluide If plus subtil ne seroit encore pour lui qu'un véhicule ou un intermède, met en mouvement une mécanique compacte, pesante, osseuse, entraînée à chaque pas vers l'inertie de sa masse, et arrachée, comme par enchantement, à la loi qui régit l'universalité des solides. Combien moins diflieile ne seroit-il pas à ce même moteur de mettre en jeu des organes plus délicatement tissus et d'une nature presque aérienne? D'après les inductions tirées de l'analogie , on conçoit que Pâme (car c'est elle dont il s'agit), revêtue d'une enveloppe plus légère que celle donnée à la vie actuelle , puurroit se transporter , au gré de ses désirs, à travers l'espace, franchir les distances en un clin d'œil , et assister presque simultanément , même en qualité d'être mixte, dans des lieux séparés par des intervalles immenses. Le char étant allège , la course doit nécessairement gagner en vitesse.

La nature mixte de l'intelligence ne nous est point échappée; nous avons reconnu que le sentiment reçoit d'elle ses aperçus moraux et qu'elle lui soumet successivement diverses combinaisons mentales : ne se pourroit-il pas qu'une perfection de cette faculté merveilleuse accrut l'intensité de notre être, en nous permettant de suivre à la fois plusieurs de ces belles opérations qui renforceroient la conscience de notre actualité? dans l'économie du jour, chaque pensée ne s'offre à notre esprit qu'après avoir mis en fuite celle de l'instant précédent ; prêle h céder la place elle-même, comme toute autorité qui touche à sa fin, elle règne en despote et plonge dans les ténèbres ce qui a précédé son apparition. Si les animaux n'ëtoient pas encore moins splendidement partagés à cet égard , nous aurions peut-être le droit de dire que l'Etér-

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nelne nous a associés qu'avec épargne à cette intelligence souveraine , devant laquelle se réalisent âii même instant tou'es les conceptions possibles. Mais il avoit ses vues : la (acuité d'écouter ensemble les rapports de plusieurs sens , de conduire deux pensées de Iront ou même davantage , et de communiquer avec la nature par un plus grand nombre de points, que nous ne le faisons aujourd'hui, si elle n'est une preuve d'un ordre nouveau d'existence, est au moins une conjecture qui, à nos jeux, doit mettre très au large la bonté rémunératrice. Il y a quelque chose de rassurant pour notre avenir, dans l'évidence même des améliorations dont un être formé sur notre modèle est susceptible.

Quel trésor de lumières , de relations , de sentimens exquis et de voluptés se trou veroit ainsi ouvert à l'homme dans ce système très-possible de l'économie future.

Dieu ayant voulu qu'ici-bas les degrés de l'intelligence fussent en rapport avec ceux de l'organisation (du moins les apparences nous l'annoncent); on est fondé à croire que la perfectibilité de notre être sera soumise à la même marche, et résultera de l'emploi des mêmes moyens.

Déchu de sa sphère, ou élevé à une sphère supérieure , il faudra que l'homme reste homme. A. son égard , Dieu n'a été qu'une seule fois Créateur, et c'est ici-bas ; le reste ne sera que le développement d'un ordre moral auquel concourront les lois d'un ordre physique qui lui sera relatif. Dans l'exacte vérité , l'état futur ne sauroit être un changement, mais une simple suite de ce qui a lieu dès aujourd'hui. Dieu n'a pu ajourner ce qui est juste , ni ôter la conséquence aux principes. Admettre le contraire , ce seroit supposer qu'il essayât de lutter contre sa propre essence.

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Comme il arrive dans la chenille obscure, oui il y aura le moindre principe de continuité d'existence, Dieu saura le maintenir. Autant qu'il est possible, il perpétue, et s'abstient de recommencer,

parce que ses projets ont été mûris et combinés avant l'exécution. 1J ùtiloit donc continuer l'homme, ce seul être apparent qui se soit rendu familières les notions du bien et du mal. Si les procédés du Tout-puissant ne peuvent être saisis des jeux du corps, ils ne doivent pas échapper à ceux de l'esprit. Dès que le grand ouvrier paroît s'éloigner de la ligne ordinaire, ses actes veulent être suivis par des examinateurs plus relevés et plus analogues à la nature de ses opérations. Etres éminemment doués de jugement, est-il surprenant qu'il se présente des cas où , cessant de voir, nous soyons appelés à comprendre? Le sens de la vue est-il donc Je seul dont le témoignage soit valide? la raison , cette vue de l'âme, n'est-elle donc rien?

Vous avez assisté hier à la mort de votre vieil ami. Votre mémoire conserve encore, dans toute sa force , la douloureuse empreinte des circonstances qui l'ont accompagnée. Son œil, en se voilant, vous a cherché ; une l'oible pression de sa main vous a rendu attentif au murmure de quelques paroles d'amour; et un sourire légèrement dessiné sur des lèvres pâles , pour la dernière fois , vous a

voulu du bien; le pouls a cessé de battre , ici

le travail d'une nature expirante s'est arrêté; mais c'est à Dieu de paroi Ire. Son moment es*t venu. La machine demande à être remontée ou changée t tout comme on l'entendra. L'essentiel est d'en conserver le moteur , et que ce moteur se souvienne du rôle qu'il a joué.

Il n'y aura point d'interruption, car l'interruption procède d'impuissance dans toute chose bonne

e n elle-même. Ainsi nous nous garderons de comparer la vie de l'homme qui vient de s'éteindre -, à cette poussière dont se couvrent, en été , certaines toitures, et dans laquelle dort un principe d'action qu'un peu d'humidité fera renaître. L'existence d'un être , tel qu'il nous est donné de concevoir l'homme, ne comporte point delaeune. La bonté du Dieu qui récompense , peut-être la justice du Dieu qui punit, écartent, en cette matière, toute idée d'ajournement. Ne convient- il pas qu'il soit l'ait raison du temps au seul être qui, sur la terre, se soit montré en état d'en supputer la valeur?

La restitution corporelle sera donc immédiate. Ne vous inquiétez pas sur les élémens qui y seront employés. Esprit (cible et pusillanime, homme de peudefoi dans la forcede votre auteur, levez les yeux, et dites si , même en rejetant le Stamen originel de Leibnitz , vous ne découvrez pas dans les plaines du firmament le peu qu'il faut pour rétablir votre organisation , partout où il plaira à la sagesse divine 3e reproduire le phénomène de votre existence? Votre crainte est que la matière des sphères ne puisse être détournée de l'usage auquel vous la supposez déjà appliquée; mais que diriez- vous, si l'on présumoit que, dans chaque système planétaire, il en ait été fait une réserve avec cette destination? — Cette prévoyance se prête trop difficilement à vos petites vues. — Lîé bien, sachez que la carrière de la création n'est pas encore épuisée ; que Dieu , en faisant un nouvel appel au néant, en tirera, s'il le faut , un second univers , et qu'à sa voix on en verra accourir les matériaux du couchant à l'aurore, car ceci rentreroit nécessairement dans les cas prévus par sa raison. Ne vous effrayez donc plus pour un peu de poudre qui va s'enfouir dans la tombe ouverte U votre première dépouille. Leprincipe de votre être

subsiste; votre moralité estau moins fixée : laissez à Dieu le soin du reste. Il a calqué sur l'airain les sinuosités de la ligné que vous avez décrite ici-bas. Le génie qui conçoit, la force qui exécute, la sagesse qui conserve, sont des actes successifs de l'intelligence humaine; ils se confondent dans l'essence divine. Espérez ou craignez l'immortalité, car elle vous est due, et vous n'aurez pas affaire à un débiteur insolvable.

MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. kh

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