CHAPITRE Y
Modes et effets présumables de la restitution de I'Etre spirituel et de I'Etre matériel humain.
Un corps exténué de maladie tombe. Enfant de la couche limoneuse sur laquelle il promenoil ses pas, il est redemandé par elle. Et sépulcre berceau tour à tour, la terre le recoir. Cependant si elle l'a éduqué, si elle en a conduit les parties à leur perfection, on ne peut pas dire qu'elle en ait fourni le principe. Il est donc pour le moins douieux qu'elle s'en saisisse; l'hétérogénéité des substances y raettroit probablement obstacle. Sans supposer la spiritualité absolue du germe , quelques sages se sont permis de le croire étranger à la matière telle qu'elle nous
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est connue , et insuseeplible de contracter avec eue une alliance active, hors le seul cas de la vie organique. En effet, la vie et le germe sont évidemment des êtres distincts. L'une Rappliquant à l'autre communique a tous les deux une réalité d'existence. Si l'instant de la naissance les unit, pourquoi celui delà mort qui les sépare, ne rendrpit-il pas le germe à son état primitif, avec l'accroissement qui doit résulter de ses acquis?
Nous ne nous prévaudrons pas des concessions que le matérialiste le plus prononcé , pour peu au il se pique de justesse de raisonnement, sera oblige de faire en faveur de ce Stamen , sur lequel l'immortel Leibnitz a fondé un beau système de réintégration. Que l'esprit, que l'être moral q.ui a dirigé le coims, nommé homme, ait été un simple résultat d'émotions nerveuses , répercutées à un point
central où Ton ne supposèrent rien de mieux ( eé qu'il est difficile d'admettre) , ou une création simultanée et développée par l'exercice des organes ( ce Î[ui explique les choses d'une manière plus satisaisante ), il n'importe : à notre sens, c'est presque une question oiseuse. La seule vérité impossible à révoquer en doute , dès que l'on est convenu de l'existence d'un Dieu juste ( sans quoi il ne seroit qu'une cause aveugle ) , c'est que la vie réelle d'un être moral veut être continuée.
Est-elle une combinaison organique? hé bien, cette combinaison , rajeunie par des procédés que la vue actuelle ne sauroit saisir , passe à l'instant ailleurs , recule d'effroi , ou s'avance d'un pas ferme dans des routes inconnues , mais tracées par la justice et la bonté. Est-elle une adjonction positive de Y esprit P la môme substance va diriger un mécanisme d'organes dans lequel elle se retrouve avec .ses souvenirs , c'est-à-dire , avec le registre entier de ses vieux jours.
La main qui sur cette terre, sous nos yeux, a déposé dans le monde vivant et animé , un principe de renouvellement tel que notre esprit, s'il n'en acquéroit la notion , ne sauroit imaginer rien de pareil , n'est pas encore paralysée ; la force qui, de la réunion instantanée de deux êtres , en obtient un troisième, et qui, par une succession de prodiges, appelle la vie au sein de la mort, élève des palais avec de vils débris , fait reverdir, de printemps en printemps , le rameau desséché , et , parant le front de la nature d'une jeunesse éternelle , rend les espèces permanentes dans leurs qualités primitives, n'est pas une force éphémère. Sans doute elle cache , dans son trésor, des ressources indispensables, des secrets encore plus merveilleux. Tout pullule à nos côtés, tout fourmille de germes de vie : des
germes similaires , avec de pareilles conditions de développemens disposées à l'avance, seroient-ils donc hors de la portée de I'être qui renferme en lui-même tous les principes producteurs , et que tourmenterait le besoin de sa propre justice, s'il ne pouvoit le satisfaire? L'apparition d'une combinaison animée et morale, exprime de grands desseins de la part de son auteur. Une excavation de cinq pieds dans le sol , ou dans le roc , ne sauroit la contenir. La terre avide ne peut redemander que ce qu'on lui a soustrait. Elle seroit tout effrayée elle - même de se refermer sur le vice et sur la vertu ; car alors il faudrait que , par un double prodige , le Tartare et l'Elysée se réalisassent à la fois dans son sein !
loi - bas paroît donc pour la première fois , l'homme, cet être des siècles dans les projets de Dieu, cet être d'un instant dans la vie sublunaire.
Par combien de périodes il passera encore , on ne peut l'imaginer; mais tout porte à croire que son existence, à l'instant où elle semble finir dans l'économie actuelle, n'est pas encore dans le cas d'être fixée. Les degrés de mérite et de démérite sont variés parmi les foibles mortels , et ne comportent pas les mêmes destins. La vie du plus sage n'est point complète dans la vertu ; celle du plus méchant ne l'est point dans le crime. Une nouvelle existence, entée sur l'ancienne, nous fera parcourir cette échelle ascendante ou descendante, qui rapproche ou qui éloigne de la Divinité. Un certain degré de liberté, résultat de nos passions antérieures comprimées ou caressées , nous permettra de la remonter ou de nous enfoncer dans la fange. Véritables artisans de notre sort , nous en jetons , à bien dire , les fondemens ici-bas , puisqu'il sera aussi difficile de déchoir après un élan généreux ,
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que de nous élever après une continuité cle chutes coupables.
INotre existence morale aura peut-être plusieurs vies diverses. Qu'il nous soil permis de la comparer à une vaste pièce de toile dont la chaîne a son pi 111eipe sur la terre, et se prolong© indéfiniment dans les cieux. ><a trame seule changera de tissu , et un lil nouveau sortira de la navette. L'âme s'échappe d'une machine caduque; mais sa place est prête ailleurs : elle sera partout chez elle; elle se réjouira ou elle s'affligera dans quelque astre brillant ou dans quelque comète vagabonde. Lorsque tant de masses lumineuses sillonnent l'éther en tous sens, pourquoi voudf oit-on reléguer la meilleure partie de la carrière du juste dans un monde idéal? Ce n'est pas avec des illusions que le ciel récompensera les ré dites de la vertu. Non , je ne croirai jamais que c- île immense quantité de soleils et de sphères, dont la marche est si magnifiquement régularisée à nos yeux, soit tout-à-lait étrangère aux chances de ma vie. Il me répugne de penser que ie moindre de ces astres , suspendus au-dessus de ma tête, soit sans destination. Dieu avoit à lui l'espace : il en a usé en maître ; il en usera encore. De même que la création des êtres moraux s'accroît tous les jours, ainsi la création matérielle est peut-être réservée à des développemens ultérieurs et simultanés. L'idée de MiUon pressant et entassant les anges de ténèbres dans le Pandœnionium , a quelque chose de grand , mais cite porte encore l'empreinte d'une conception humaine. La matière et l'étendue sont des moyens puissans entre les mains de celui qui a pesé la matière et qui a mesuré l'étendue. Quel motif les lui feroit dédaigner dans l'accomplisse-™ ment de ses desseins? Avec tons les deux, il peut verser à pleins bords le plaisir ou la douleur daus
MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. Ui
des êtres soumis à leur double influence. Qu'on examine bien ces deux affections de l'âme , et l'on verra que par quelque coin, ne fût-ce que par la mémoire, elles se rattachent aux sens. C'est la présence ou le souvenir des biens ou des maux physiques , qui donne l'éveil au sentiment de la vie ; merveilleuse combinaisou de deux natures que l'éternel punisseur ou rémunérateur promènera à son gré dans la vaste étendue des siècles et des deux , des temps et de l'espace !
Les disciples de Pythagore répandirent dans la Grèce le dogme de la métempsycose , que leur maître avoit rapporté d'Egypte. En adoptant le fond de leur doctrine , les platoniciens en consacrèrent les symboles. Le principe est fondé. Le sentiment en a fait un article de foi chez presque tous les peuples. Mais, comme nous l'avons vu, ce n'est pas sur cette terre qu'il recevra son application. Le spectacle d'un beau ciel étoile a quelque chose d'attachant et de sympathique pour notre seule espèce : il agrandit nos pensées; il nous enlève à nos petits intérêts. Indépendamment de toutes idées mystiques ou théologiques , il favorise singulièrement ce désir d'extension dont nous portons en nous le germe. L'immensité de son étendue ne nous effraie pas; il semble que plus elle se développe devant nous, plus nous soyons assurés d'v trouver une place.
Quand je dresse mes yeux vers ces hautes régions, et que mon esprit reste absorbé dans la contemplation du vaste univers, je me demande souvent, avec confiance, quel est celui de ces astres destiné à devenir ma seconde patrie? Ah ! puissé-je y rencontrer les objets de mes affections , les êtres qui m'ont aimé, et auxquels mes tendres soins n'ont pas été indifférons ! N'ayant pu les retenir à la vie sur ce globe terraqué , qu'il me soil au moins donné
de continuer ailleurs , avec eux, une existence dont i!s m'ont fait connoître les douceurs! Des liens physiques ou purement sensilifs se sont bornés ( et s'il le faut, j'étoufferai mes murmures) à un éclair de durée; mais ceux du cœur veulent être renoués, car les relations morales se rattachent à l'idée mère de la création même.
A l'heure où tout s'anime dans les champs par le retour des rayons du soleil, lorsque le paire hâte , de sa voix sonore, la marche du troupeau vers les pâturages humides de rosée , et ojue les fermes éparses commencent à retentir du bruit des travaux, rustiques, qui ne s'est, plus d'une fois^ demandé à soi-même, si couché sous la glèbe , notre commune demeure, il restera à jamais étranger au mouvement qui se manifeste autour de lui? Qui n'a pas cherché alors à deviner , avec une tendre et douce inquiétude , si nous ne serons plus rien dans la vie universelle des êtres? . . . On observera que, dans ces questions qu'elle s'adresse à elle-même, l'âme est triste, mais non désespérée; elle est attendrie, mais non souffrante... Un instinct secret semble lui répondre de sa vie. L'idée de la bonté unie à la Toute-puissance la rassure, et des larmes qui ne sont pas sans volupté, viennent humecter les yeux du promeneur arrêté dans le sentier solitaire.
Que peut-il souhaiter? est-ce de reparoître encore sur ce globe où la trace de ses pas sera bientôt effacée ? Est-ce de compter dans la génération qui s'avance, en chassant devant elle tout ce qu'il a pu chérir? Non, car ce seroit ambitionner le retour d'un banni, après cinquante ans d'exil , retour qui seroit lui-même un nouvel exil. S'il demande des sites connus, des rivages fréquentés dans les jours de son bonheur, c'est qu'il veut les parcourir avec des êtres de son temps , avec des créatures admisesr
à son intimité. Pour lui les bosquets les plus frais seroient dépourvus de charmes , sans les touchantes sympathies qu'ils ont couvertes de leurs ombrages.
Ils sont grands les trésors dans lesquels l'Eternel puisera les récompenses ou les simples gratuités qu'il réserve à la pensée libre et active; ils sont diversifiés dans leurs richesses; ils étonneront même notre attente ; mais pourquoi ne croirai-je pas que le bonheur de rencontrer une seconde fois des visages amis , d'entendre derechef des voix dont le son a trouvé le chemin de mon cœur, de ceindre d'un regard plein de tendresse des formes épurées, et de renaître à la vie de relations pour laquelle j'ai été évidemment organisé , ne fera pas partie de ces trésors? C'est par des rapports avec autrui et des retours sur nous-mêmes que Dieu peut nous rendre heureux. Il en a fait l'essai sur nous icibas en fondant de douces réciprocités ; et pas plus aux cieux que sur la terre, l'isolement n'engendrera le plaisir.
Ce printemps qui voit renaître la nature sous l'impression d'une humide chaleur, ces arbres, asiles de l'ombre et du mystère , ces lointains vaporeux, ces montagnes azurées qui se marient à la voûte du ciel dont elles semblent l'appui, ces bruits tendres et mélancoliques qui, en suspendant une partie du sentiment de l'existence , prêtent à l'autre tant de charmes, croyez-vous que la bonté divine ne puisse pas les rétablir ? croyez-vous qu'elle ne puisse pas vous rendre aux affections qui ont déjà rempli votre cœur? Voyez comment; dès ce monde, elle vous ménage des retours à vos anciennes relations ! Homme bon et vertueux, quels sont les objets de ton attachement? dis-le nous : ne sont-ce pas des êtres bons et vertueux comme toi? Ne sont-ce pas tes plus anciens souvenirs qui
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s<' représentent avec le plus de vigueur à ta pen^ $ée ? Si ton amour, égaré par les illusions des sens , a formé quelques liaisons passagères el indignes de ton choix , il est rare que Ion sein n'en ait pas été déchiré. Une similitude de goûts et des rapports de mœurs ont preque toujours déterminé les habitudes. Homme de bien , sois donc sûr qu'on te rendra ce que tu as chéri , et que tu ne seras pas jeté sur une terre lointaine, en véritable exilé , sans amis el sans famille. Dieu , qui ne peut te perpétuer qu'en tedonnantdes réminiscences), ne voudra pasqu'elles fassent ton tourment, quand il lui est facile de les employer comme de précieux matériaux dans l'édifice de ton bonheur* S'il est obligé envers toi, ne Test- il pas également envers les êtres qui se sont réjouis de marcher à tes cotés dans les sentiers que tu as parcourus ?
On seroit quelquefois tenté de se demander si les sexes seront maintenus dans la seconde existence? Sans contredire le sentiment de l'apotre qui s'est prononcé pour la négative , il est permis de croire que, ce monde étant la pépinière des êtres humains, les sexes destinés à une union procréante seront abolis , mais que ceux destinés à l'union aimante seront maintenus avec un accroissement d'intimité dont notre nature actuelle ne peut offrir que l'imparfaite image. Ici le bonheur ne sauroit se passer d'une société de deux êtres: dans l'économie future, il aura sans doute plus de latitude , et moins borné dans sa possession , l'amour cessera peut-être d'être exclusif.
Le système planétaire nous paroît étroitement lié au système des intelligences. Ce n'est qu'avec l'un qu'il est donné à notre esprit de parfaire l'autre. Nous ne prétendons pas , pour cela , que l'universalité des mondes bok réservée au complément
des vues divines , par rapport aux seules créatures qui. sur notre surface terrestre, auront trouvé le champ de leur moralité. Rien ne nous conduit à croire que nous jouions le rôle principal dans ce magnifique ensemble. Des combinaisons intellectuelles et physiques , autres que celles dont nous faisons partie, sont possibles, sont même probables. Etrangères les unes aux autres aujourd'hui, peut-être finiront-elles par avoir un point commun, de réunion , à moins qu'elles ne soient destinées à se remplacer successivement sur les globes vers lesquels, après des modes d'existence plus ou moins prolongée , les dirigera la bonté souveraine. Dans ce cas , le sentiment de leur première translation, en nourissant une continuité d'espérances , ne laissera subsister de liberté que ce qu'il en faut pour assurer la moralité des actions, ainsi chaque instant verra naître une douce jouissance , et chaque jouissance deviendra un titre nouveau auprès du Père céleste.