‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 113 sur 115 · SUR LES PUITS DE SEL DE OU-TONG-KIAO · texte numérisé non relu

SUR LES PUITS DE SEL DE OU-TONG-KIAO

Province de Sse-tchuen.

« Cet endroit est dans les montagnes, au bord d’un petit fleuve; il contient, comme Ou-tong-kiao, des puits de sel creusés de la même manière, c’est-à-dire avec un éperon ou tète de fer, crénelée en couronne, lourde de trois cent livres et plus (voyez la lettre de l’année dernière). Il y a plus de

d’entendre le peuple raconter des faits absolument en désaccord avec les lois de la physique ou de la chimie.

Malgré deserreurs fort graves répandues dans ce chapitre, nous avons tenu à mettre cetto narration sous les yeux du lecteur parce qu’elle renferme des documents curieux confirmant ce que disent les auteurs chinois sur le forage de puits d’une grande profondeur.

1. Cet air inflammable est un mélange d’hydrogènes carbonnés, semblables aux gaz qui se dégagent des houillères et qui produisent le feu grisou.

mille de ces puits qui contiennent de l’eau salée. En outre, chaque puits contient un air inflammable que l’on conduit par un tube «le bambou ; on l’allume avec une bougie et on l’éteint en soufflant vigoureusement. Quand on veut puiser de l’eau salée, on éteint le tube de feu ; car, sans cela, l’air montant en quantité avec l’eau ferait l’explosion d’une mine. Dans une vallée, se trouvent quatre puits, qui donnent du feu en une quantité vraiment effroyable, et point d’eau, ('/est là, sans doute, le centre du volcan. Ces puits, dans le principe, ont donné de l’eau salée; l’eau ayant tari, on creusa, il y. a une douzaine d’années, jusqu’à trois mille pieds et plus de profondeur, pour trouver de l’eau en abondance; ce fut en vain; mais il sortit soudainement une colonne d’air qui s’exhala en grosses particules noirâtres. Je l’ai vue de mes yeux; cela ne ressemble pas à la fumée, mais bien à la vapeur d’une fournaise ardente. Cet air s’échappe avec un bruissement et un ronflement affreux qu’on entend de fort loin. Il respire et pousse continuellement et il n’aspire jamais; c’est ce qui m’a fait juger que c’était un volcan qui aura son aspiration dans quelque lac, peut-être même dans le grand lac de Hou-quang, à deux cents lieues de distance. Il y a bien sur une montagne, éloignée d’une lieue, un petit lac d’environ une demi-lieue de circuit, excessivement profond, mais je ne puis croire qu’il suffise pour alimenter le volcan. Ce petit lac n’a aucune communication avec le fleuve, et ne se fournit que d’eau de pluie.

« L’orifice du puits est surmonté d’une caisse de pierres «le taille qui a six ou sept pieds de hauteur, de crainte que, par inadvertance ou par malice, quelqu’un ne mette le feu à l’embouchure du puits. Ce malheur est arrivé en août dernier. Ce puits est au milieu d’une vaste cour, et au centre de quatre grandes halles ou cuisines, où se trouvent les chaudières (pii cuisent le sel. Dès que le feu fut à la surface du puits, il se fit une explosion affreuse et un assez fort tremble-

ment de terre. A l’instant même, toute la surface de la cour Tut en feu. La flamme, qui avait environ deux pieds de hauteur, voltigeait sur la superficie du terrain sans rien brûler. Quatre hommes se dévouent et portent une énorme pierre sur l’orifice du puits; aussitôt elle vole en l’air; trois hommes furent brûlés, le quatrième échappa au danger; ni l’eau, ni la boue ne purent éteindre le feu. Enfin, après quinze jours de travaux opiniâtres, on porta de l’eau en quantité sur la montagne voisine ; on y forma un lac, et on lâcha l’eau tout â coup; elle vint en quantité avec beaucoup d’air, et elle éteignit le feu. Ce fut une dépense de trente mille francs, somme considérable en Chine.

« A un pied sous terre, sur les quatre faces du puits, sont enterrés quatre énormes tubes de bambou qui conduisent l’air sous les chaudières. Un seul puits fait cuire plus de trois cents chaudières. Chaque chaudière a un tube de bambou, ou conducteur du feu. Sur la tête du tube de bambou est un tube de terre glaise, haut de six pouces, ayant au centre un trou d’uu pouce de diamètre. Cette terre empêche de brûler le bambou. D’autres bambous mis en dehors éclairent les rues et les grandes halles ou cuisines. On ne peut employer tout le feu. L’excédant est conduit par un tube hors de l’enceinte de la saline, et v forme trois cheminées ou énormes gerbes de feu flottant et voltigeant â deux pieds de hauteur au-dessus de la cheminée. La surface du terrain de la cour est extrêmement chaude et brûle sous les pieds ; en janvier même tous les ouvriers sont â demi nus, n’ayant qu’un petit caleçon pour se couvrir. J’ai eu, comme tous les voyageurs, la curiosité d’allumer ma pipe au feu du volcan; ce feu est extrêmement actif. Les chaudières de fonte ont jusqu’à quatre ou cinq pouces d’épaisseur ; elles sont calcinées et coulent en peu de mois. Les porteurs d’eau salée, des aqueducs en tubes de bambou, fournissent l’eau. Elle est reçue dans une énorme citerne, et un chapelet hydraulique, agité jour et

l)E L’EMPIRE CHINOIS.

nuit par quatre hommes, fait monter l’eau dans un réservoir supérieur, d’où elle est conduite par des tubes et alimente les chaudières. L’eau, évaporée en vingt-quatre heures, forme une pâte de sel de six pouces d’épaisseur, pesant environ trois cents livres; il est dur comme de la pierre, (le sel est plus blanc que celui de Ou-tong-kiao, et prend moins au gosier; sans doute que le charbon qu’on emploie en Outong-kiao, ou même la différence de l’eau salée, produit ces variantes. L’eau de Tse-lieou-tsing est bien moins saumâtre qu’à Ou-tong-kiao; celle-ci produit jusqu’à trois onces, et même quatre onces de sel par livre. Mais à Ou-tongkiao le charbon est cher, au lieu qu’à Tse-lieou-tsing le feu ne coûte rien. D’ailleurs ces deux pays vendent leur sel dans des villes différentes, et des douaniers empêchent de troubler cet accord impérial, fait et approuvé par Sa Majesté, lils du ciel, car c’est le nom que prend l’empereur de Chine.

« J’oubliais de vous dire que ce feu ne produit presque pas de fumée, mais une vapeur très-forte de bitume que je sentis à deux lieues loin du pays. La flamme est rougeâtre comme celle du charbon; elle n’est pas attachée et enracinée à l’orifice du tube, comme le serait celle d’une lampe; mais elle voltige environ à deux pouces de l’orifice, et elle s’élève d’environ deux pieds. Dans l’hiver, les pauvres, poursechauffer, creusent en rond le sable à environ un pied de profondeur, une dizaine de malheureux s’assoient autour ; avec une poignée de paille ils enflamment ce creux, et ils se chauffent de cette manière aussi longtemps que bon leur semble; ensuite ils comblent ce creux avec le sable et le feu s’éteint. »

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