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KM AUX CLOISONNÉS

Les émaux cloisonnés occupent le premier rang parmi les objets d’art chinois que recherchent les amateurs de curiosités. On croit que les Chinois en durent le secret aux Mahométans, qui ont laissé tant de traces de leur passage dans l’Asie et le Céleste Empire. On assure que le secret de cette fabrication est perdu aujourd’hui ; cela est vrai s’il s’agit de créer des pièces comparables aux admirables cloisonnés anciens, mais on reproduit en Chine des petits objets qui ne le cèdent en rien aux anciens sous le rapport du fini et de l’éclat *.

Les cloisonnés se distinguent parmi les objets de fabrication chinoise, par la grâce de la forme et le goût de l’ornementation. Ils sont revêtus de dessins d’ornement simples et fort rarement d’animaux fantastiques, tels que dragons, etc. En général les couleurs y sont douces, le dessin de l’ornementation rappelle le goût arabe. Les fonds sont généralement bleu turquoise, bleu pâle, bleu foncé, rarement blancs. Dans ce cas, le cloisonné atteint un prix considérable, l’émail blanc s’appliquant difficilement sur le cuivre et étant sujet à des taches et à des creux.

On trouve en Chine deux espèces de cloisonnés, ou plutôt deux époques distinctes de fabrication ancienne, reconnaissables à la forme et au type de leur dessin ornemental. On a souvent cru que les émaux étaient formés d’objets en

1 Pendant notre séjour à Pékin, nous fîmes fabriquer sous nos yeux un petit objet en émail cloisonné, qui, chez un marchand de curiosités, aurait pu être facilement confondu avec les émaux d ancienne

cuivre sur lesquels on gravait des ornements en creux, qu’on remplissait ensuite avec l’émail réduit en poudre ; mais nous n’avons pas rencontré de débris dans lesquels on pût reconnaître ce mode de fabrication. Un tel travail, du reste, serait presque impraticable pour les Chinois, et demanderait un temps considérable. Le procédé suivant est celui que nous avons vu employer à Pékin, chez un fabricant dont les produits pourraient rivaliser avec les émaux anciens de la seconde époque :

La première opération consiste à tracer avec une pointe le dessin à reproduire, sur l’objet en cuivre* rouge formé d’une feuille métallique généralement mince ; ensuite ou prend un fil plat en cuivre, et on le contourne de manière à former des fleurs, des ornements, etc.

On applique ce iil, de champ, sur la pièce, et on en lixe les morceaux successivement avec le suc d’une plante, ou au moyen d’une résine fondue. Ensuite on projette, le plus régulièrement possible, sur les points de contact du iil plat et de la pièce, de la soudure d’argent en limaille. Quand ce travail préparatoire est terminé, on introduit l’objet dans une sorte de caisse en tôle munie d'un couvercle, et on place le tout dans un fourneau à charbon de bois, qui consiste en un grand récipient en terre rempli de charbon, de manière à recouvrir la caisse de tôle; un soufflet permet d’activer la combustion du charbon et d’obtenir la température voulue. Quand on suppose que la soudure s’est répandue régulièrement, on retire du feu la pièce et on procède à l’émaillage. Cette opération consiste «à broyer finement des émaux diversement colorés et fondant à une température relativement basse; la poudre obtenue est versée dans des vases remplis d’eau ; la matière, qui est dans un état de grande division, reste en suspension dans le liquide, tandis que le reste tombe au fond; on fait écouler le liquide et on recueille soigneusement la poudre d’émail qui reste à la partie inférieure du

vase, on la fait sécher et ou la place entre les cloisons de cuivre, en disposant les couleurs suivant un dessin déterminé à l’avance. Pour faire cette opération, on mélange l’émail en poudre avec une eau mucilagineuse, et on prend l’émail au moyen d’un pinceau. Lorsque l’objet en cuivre est entièrement recouvert d’émail, on le fait sécher à un feu doux et on l’introduit de nouveau dans le feu, après avoir eu soin de le placer dans la caisse en tôle dont nous avons parlé précédemment. Après quelques heures, l’émail fondu remplit les cases formées par les cloisons entre lesquelles on l’a déposé. Certains émaux occupent, une fois fondus, un volume beaucoup moindre que le volume primitif : tels sont spécialement les émaux jaunes et blancs, ainsi que nous avons pu le vérifier par des essais répétés. Dans ce cas, on laisse refroidir l’objet; on remplit de nouveau les parties dans lesquelles l’émail est réduit notablement et l’on procède à une deuxième fusion, quelquefois même à une troisième.

La fin de l’opération consiste à reprendre avec la lime toute la surface de l’objet, de manière à l’égaliser, et à la polir ensuite avec une pierre à aiguiser imprégnée d’huile 1 . On attribue souvent à l’ancienneté des émaux cloisonnés quelques défauts qu’ils présentent généralement, tels que légers fendillements, pointillés, etc. Nous avons pu constater, en suivant les détails de cette opération, que ces défauts se produisent régulièrement, et qu’ils proviennent souvent d’un manque d’homogénéité dans la matière qui constitue l’émail.

Ainsi que nous l’avons dit déjà, cette industrie s’exerce sur une faible échelle, et quelques rares familles ont le secret de la composition des émaux.

Lne analyse faite par nous avec le concours de M. Pellet

1 Généralement, on dore au mercure (en suivant un procédé analogue au notre) les cloisons de cuivre qui forment les dessins, ainsi que 1(5 dessous des pièces qui ne reçoit pas d’émail.

sur un de ces émaux violets nous a fourni les résultats suivants :

Silice 28 7b

Plomb 4b »

Acide stannique traces

Alumine 4 73

Oxyde de manganèse 8 »

Sesquioxyde de fer 1 7b

Chaux 0 b6

Oxyde de cuivre. . '. traces

Soude et potasse 11 »

Nous ne doutons pas <jue ces opérations, bien conduites, ne puissent fournir chez nous des résultats semblables à ceux qu’obtenaient autrefois les Chinois, et, en se servant d’émaux de composition analogue à ceux qui sont employés’ en Chine, on pourrait fabriquer des produits se confondant presque avec les vieux cloisonnés. P. C.

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