MERCURE
Les Chinois distinguent deux sortes de mercure : le mercure natif, qui se trouve, en très-petites quantités dans les mines de cinabre, et le mercure artificiel obtenu par la distillation du cinabre. Ils employent assez fréquemment le mercure en médecine et dans diverses industries, telles que la fabrication de miroirs métalliques, dont il sera question plus loin.
On l’emploie en médecine à l’état de bichlorure de mercure, pour combattre les maladies vénériennes, quoique l’on
DK L’EMPIRE CHINOIS.
emploie aussi, dans ce genre de maladies, plusieurs racines dont les effets énergiques combattent, dit-on, avec succès les premiers accidents.
L’auteur chinois «lit que les femmes s’en servent pour produire l’avortement. Pour obtenir ce résultat, dit-il, on fait bouillir du mercure pendant un jour dans de l’huile de chènevis, puis on forme avec ces matières des boulettes grosses comme «le petites dattes. Ce mé«licament a pour effet de faire détacher le fœtus sans occasionner de ces accidents qui mettent en danger la vie de la mère. Le même auteur ajoute «pie l’on obtient «le bons résultats avec les mêmes remè«les, dans des accouchements difficiles «pii nécessitent chez nous l’emploi des fers ou «le matières telles que le seigle ergoté, etc.
La méthode indiquée par l’auteur chinois pour transformer le cinabre (sulfure «le mercure) en mercure métallique est la suivante :
On place dans une chaudière en fer une certaine quantité de cinabre mélangé «l’un même poi«Is «le charbon. On ferme l’appareil avec un couvercle, muni au centre d’une ouverture dans laquelle on introduit l’extrémité d’un tube en fer dont l’autre extrémité se rend dans un vase rempli d’eau ; on lute soigneusement les joints avec de la terre glaise mélangée de sel marin, et on entoure le tube avec un lien de chanvre épais pour empêcher le refroidissement et la condensation du mercure avant «ju’il n’ait atteint la partie «pii plonge dans l’eau «lestinée à condenser le métal.
Les Chinois reconnaissent la pureté du mercure en calcinant dans un vase «le fer une petite quantité du métal à essayer. Si le métal ne contient aucune substance étrangère, et principalement des métaux, il ne devra pas laisser de résidu, tandis «pie s’il est accompagné «le cuivre, «le plomb, d’argent, etc., le mercure seul, par l’action de la chaleur, se volatilisera et les métaux étrangers formeront un résidu plus ou moins considérable.
C’est» du reste, sur le principe de la volatilisation seule du mercure, lorsqu’il est mélangé ou amalgamé avec d’autres métaux, que sont fondées la dorure et l’argenture au mercure.
Le mercure forme , avec le chlore, deux combinaisons importantes : le protochlorure de mercure (connu dans le commerce sous les noms de calomel, mercure doux, etc.), et lt? bicldorure de mercure (désigné sous le nom de sublimé corrosif).
Pour obtenir le mercure doux ou calomel, les Chinois se servent d’une méthode un peu différente de celle qu’on a suivie en Europe pour la préparation de ce même corps. Voici le procédé chinois tel qu’il est décrit d’après les
textes :
On prend deux onces d’alun, une once de mercure et une once de sel marin; on broie le tout ensemble jusqu’à ce que le mélange soit assez intime pour que l’on n’aperçoive plus de particules brillantes du métal. On place ensuite ce mélange dans une espèce de creuset en fer dont on lute le couvercle avec un mélange «le cendres, de sel et d’eau. Puis on chauffe la partie inférieure du creuset avec des morceaux de bois résineux et en ayant soin que la température ne s’élève que graduellement; en même temps on refroidit la partie supérieure du creuset au moyeu de papiers imbibés d’eau qu’on y applique pendant toute la durée de l’opération. Lorsqu’elle est terminée, on ouvre le vase et on recueille le calomel qui s’est attaché au couvercle et aux parois du creuset, sous forme de poudre blanche légère.
La préparation du bichloriire de mercure ou sublimé corrosif n’est pas nettement indiquée, aussi le passeronsnous sous silence, de crainte de commettre des erreurs.
Les textes chinois ne mentionnent pas les différences qui existent au point de vue pharmaceutique et médical entre le protochlorure de mercure ou calomel et le sublimé corrosif, ils en connaissent seulement certains usages et savent que ce
dernier est toxique, et qu’il faut agir avec prudence dans son emploi.
Les sels de fer sont, dit-on, employés par les Chinois comme antidote contre les effets toxiques des composés mercuriels.
Le cinabre ou sulfure de mercure se lire spécialement des provinces du Sse-tchuen et du Hou-kouang. Celui que l’on emploie pour polir les pointes de flèches, les miroirs métalliques, et pour les divers usages industriels de ce genre, a une grande valeur; on le choisit avec soin et on le livre au commerce tel qu’il se trouve naturellement, et on vend, sous forme de poudre, le minerai de deuxième qualité qui sert à fabriquer le mercure métallique, et pour obtenir des couleurs communes. Dans cet état, il a une valeur beaucoup moins grande que le produit naturel. Ce minerai se rencontre dans la terre, dans des terrains connus des Chinois sous le nom de lit au cinabre. Tantôt il affecte la forme de fragments ovoïdes, tantôt on le trouve en gros blocs recouverts de gangue. Souvent on ne prend pas la peine de broyer finement le cinabre de deuxième qualité, mais on l’emploie directement à la fabrication du mercure.
Quant à celui qui représente la première qualité et qui doit avoir la cassure brillante, on le broie dans un vase en fer au moyen d’un pilon terminé par une sphère aplatie. Cela fait, on introduit la poudre dans un vase rempli d’eau et, au bout de quelques jours, on enlève la partie de la matière qui, à cause de son grand état de division, s’est déposée la dernière et qui est préférable pour plusieurs usages.
Le mercure métallique subit parfois diverses opérations qui ont pour but de le transformer en vermillon, substance fréquemment employée par les peintres et les fabricants de laques.
Pour obtenir ce produit, on introduit dans un creuset en fer ou en terre six onces de mercure et quatre onces de soufre
(avec addition d’une matière dont le nom chinois, est peu explicite et métaphorique, et dont nous n’avons pu déterminer la nature, n’ayant pas assisté nous-mêmc, dans nos voyages, à cette curieuse préparation), ou mélange le tout jusqu’à ce que la masse soit homogène et on l’introduit dans le creuset dont on assujettit vigoureusement le couvercle, soit au moyen de fils métalliques, soit au moyen d’une courte barre de 1er qui pénètre dans deux oreilles disposées à cet effet sur les bords de l’ appareil. On lute les joints et on place le creuset sur un trépied en fer, au-dessous duquel on allume du feu. Pendant l’opération, on refroidit la partie supérieure du creuset avec un pinceau mouillé. L’opération est terminée après une journée environ ; on détache le couvercle et on recueille le ' vermillon qui recouvre les parois du creuset, sous forme d’une poudre impalpable. On peut employer, pour une deuxième opération, le résidu qui reste* au fond du creuset et <pii renferme encore des matières utilisables.
Chaque livre de mercure ainsi transformé fournit quatorze onces de beau vermillon. Quand le vermillon est destiné à fabriquer de l’encre rouge, on le mêle avec de la colle animale (faite en général de peau de buffalo), et on le vend sous forme de petits bâtons. Ce vermillon est fort estimé chez nous; les Chinois fabriquent encore aujourd’hui le vermillon le plus estimé, mais ce produit est d’un prix très-élevé. La qualité des huiles ou vernis avec lesquels on le mélange pour l’appliquer sur les meubles, modifie sa couleur et son éclat.
(Les vieux objets en laque qui font notre admiration aujourd’hui et qui sont très-estimés des Chinois eux-mêmes, qui ont perdu le secret de cette fabrication, renferment des quantités considérables de vermillon associé à diverses huiles et vernis siccatifs. Jusqu’ici on n’a guère pu se procurer de renseignements sérieux sur cette ancienne industrie qui date de bien des siècles. Les copies que les Chinois en font aujour-
d’hui sont loin d’égaler les anciens produits dont on les distingue aisément.) P. C.