Cette écorce provient de diverses espèces des rhamnus
d’an baquet cerclé de bambou. On remplit presque entièrement la bassine, dont la partie supérieure arrive au niveau du fourneau, avec de l’écorce et de l’eau ordinaire; on maintient le tout à la température de l’ébullition pendant plusieurs heures, afin d’épuiser la matière colorante. Ensuite on introduit le liquide et l’écorce dans de grandes jarres de terre en les y laissant séjourner jusqu’au lendemain; la première opération de cuisson se fait en général le matin.
Lorsqu’on veut se servir du liquide, on introduit l’écorce dans des paniers de bambou placés au-dessus de jarres, et qui permettent au liquide de .s’égoutter 1 ; puis on mêle à la liqueur une faible solution de carbonate de soude obtenu par la calcination et le lessivage de tourteaux de graines oléagineuses : ce carbonate de soude, qu’on trouve dans le commerce en cristaux assez volumineux, est impur et à trèsbon marché. Le liquide, qui était déjà brun, prend une couleur encore plus foncée par l’introduction du carbonate de soude; c’est dans cet état qu’on l’emploie. On le transporte au moyen de seaux dans les champs avoisinants, qui sont formés de vastes prairies couvertes d’une herbe assez abondante; on plonge dans le liquide des pièces de coton ayant plusieurs mètres de long sur une largeur de 30 à àO centimètres, puis on les retire, on les fait égoutter, et on les étend sur l’herbe.
Il faut choisir un temps qui ne soit ni trop chaud ni trop froid, sans cela l’opération ne réussirait pas. Nous l’avons vu pratiquer au mois de juin, de quatre heures et demie du matin à huit heures environ; passé cette heure, le soleil deviendrait trop vif et altérerait le produit. C’est vers le milieu de ce mois que cesse la fabrication, qui ne pourrait se continuer avec les chaleurs intenses de l’été. Par l'action de
l. L’écorce séchée, épuisée par ce Irailemcnl, osl employée pour I alimentation des fourneaux.
DK l/EM PI 11 K CHINOIS.
l’humidité et du jour, la matière colorante subit probablement une espèce d’oxydation, dont le résultat est de lui donner une teinte verte assez foncée; aussi est-on tout surpris, lorsqu’on passe quelques heures après dans les champs où l’on a vu étendre les pièces de coton imprégnées d’une solution brunâtre, de les retrouver avec la teinte verte caractéristique du vert de Chine. Lorsque ces pièces sont sèches, on les plonge de nouveau dans le liquide, et on les étend sur l’herbe une seconde fois. Cette opération se pratique souvent de dix à quinze fois, jusqu’à ce qu’on ait obtenu la teinte voulue ; une fois ce résultat atteint, on roule les pièces de coton, et on les vend à d’autres fabricants qui en extraient le vert de Chine et livrent ce produit directement au commerce. Ordinairement ces derniers, auxquels appartient l’étoffe, payent une somme lixe pour la teinture de chaque pièce. Dans cette industrie, comme dans la plupart des industries chinoises, les diverses opérations concourant à une production unique sont faites par des industriels différents.
Pour extraire le vert formé à la surface des toiles de coton (car il n’y a que la partie exposée au soleil, et* recevant directement l’action du jour, qui ait une teinte vert foncé, tandis que la partie en contact avec l’herbe n’éprouve qu’une coloration faible), on plonge l’étoffe dans l’eau bouillante jusqu’à ce que le vert de Chine se détache; on fait évaporer le liquide ainsi obtenu jusqu’à consistance sirupeuse, et l’on étend le résidu sur des feuilles de papier; la dessiccation se termine doucement à l’air. Aussi le vert de Chine se trouvet-il toujours dans le commerce en feuilles minces, gondolées comme du papier qui, après avoir été mouillé, aurait été exposé à une prompte dessiccation. Parfois aussi, dans certaines parties de la Chine, on se contente, pour arriver à un résultat plus rapide, de plonger à plusieurs reprises, dans le liquide qui, par l’évaporation, fournit le vert de Chine, de grosses mèches de coton qui s’imprègnent de la matière et
que l’on sèche à l’air. Le vert de Chine préparé par cette méthode est. d’une qualité plus ou moins bonne, suivant l’état de l’écorce et les soins apportés à la fabrication. Le prix de vente de ce produit au détail était, en 1805, de 2*25 francs le kilogramme.
Après cette étude, nous avons voulu nous rendre compte de la manière dont les Chinois emploient ce produit réservé presque exclusivement à la teinture de la soie; il est trop cher pour être employé sur d’autres étoiles, sur lesquelles du reste il ne donne pas de très-bons résultats en Chine.
Nous avons fait teindre devant nous un morceau de soie blanche; le procédé employé était le suivant :
On fait gonfler le vert de Chine dans de l’eau froide pendant environ une heure ; puis on jette l’eau, et l’on écrase avec grand soin le produit dans un mortier de porcelaine jusqu’à ce que la matière soit bien homogène et ne présente plus de particules solides. On lave avec soin la pièce de soie à teindre et on la met sécher au soleil. On introduit de l’eau dans une terrine de bois et l’on y ajoute une petite quantité de sulfate de fer dissous; on y jette enfin un peu de vert de Chine écrasé comme il a été dit plus haut, puis on verse dans ce mélange, de l’eau chaude qu’on a fait bouillir longtemps avec une graine qui donne à l’eau une teinte jaune assez intense. Pour préparer cette liqueur, on grille d’abord quelques instants la graine dans des bassines de fer; puis on la jette dans de l’eau qui prend une couleur jaune intense. Cette graine, dont nous ne connaissons pas la nature, se nomme en chinois Kwe-ho. Lorsqu’on a opéré le mélange par le brassage, on trempe dedans la soie, et on la retourne plusieurs fois dans le liquide; puis on étend sur une table une pièce de toile, et, en tenant par une extrémité la pièce de soie, on la frappe vigoureusement sur la toile; ensuite on replonge l'étoile dans la teinture, et l’on recommence plusieurs fois celle opération, jusqu’à ce que l’on arrive à
l’intensité de couleur voulue. Ensuite on met sécher à l’ombre les pièces teintes, et lorsque la dessiccation est terminée, on peut laver à l’eau, sans crainte que la couleur verte, lixée par ces diverses opérations, ne s’altère. Les Chinois prétendent qu’ après le premier lavage de l’étoffe, il faut avoir bien soin de la faire sécher complètement, de peur de ne pas arriver à un résultat satisfaisant. Les étoffes ainsi teintes, avant d’être livrées au commerce, sont cylindrées au moyen d’un rouleau de pierre, que les Chinois font manœuvrer avec leurs pieds sur une surface courbe, sur laquelle ils introduisent une faible quantité de cire de Pé-la, qui donne du brillant à l’étoffe; on empêche le contact direct de la pierre et de l’étoffe au moyen d’épaisses lames de cuir : cette opération demande une grande adresse.
Aux environs de lïan-keou, nous avons vu cinq fabriques différentes de vert de Chine : trois à Agnan, faubourg de lfan-keou,et deux à Ou-tchang, résidence du vice-roi. Dans toutes nous avons vu suivre exactement ce même procédé.
Nous ajouterons, pour terminer, que nous avons eu la plus grande peine à obtenir les renseignements précis que nous venons de donner, les Chinois se refusant d’abord, par crainte de concurrence, à fournir les moindres détails sur cette industrie, il faut du reste avoir été soi-même en Chine pour se rendre compte de la difficulté qu’éprouve le voyageur à distinguer la vérité au milieu des mensonges et des contradictions que contiennent toujours les réponses des Chinois.) P. C.