A- PI EN. — PAVOT KT OPIUM
(Papavcr somnifcrum.)
Nous nous bornerons à décrire dans ce chapitre les procédés employés pour extraire l’opium, et les méthodes que nécessite sa préparation pour les fumeurs, sans entrer dans la description d’une plante bien connue. Nous devons dire toutefois que la plante jeune se mange en salade, et que ses graines peuvent fournir une huile de bonne qualité.
Pour obtenir l’opium, on pratique avec une aiguille des piqûres sur la capsule du pavot, de manière à laisser intacte la partie centrale dure et résistante ; le lendemain, les incisions ont laissé écouler un suc brunâtre, qui s’est échappé lentement de la capsule. Ce suc recueilli, en grattant
la surface de la coque avec; une lame de bambou, est mis à sécher au soleil; quand il est bien sec, il constitue l’opium.
( On a rarement décrit avec exactitude la manière dont s’emploie l’opium ; nous allons indiquer, d’après nos propres observations, comment on fume ce dangereux narcotique.
La plus grande partie de l’opium consommé en Chine provient des Indes, où il se produit en grande abondance. Le commerce de l’opium est une mine d’or pour les Anglais, qui se sont rendus maîtres du marché en cultivant le pavot sur une grande échelle, et en ayant soin de maintenir leurs prix à un cours assez peu élevé, pour ne craindre aucune concurrence de la part des Chinois. Les habitants du Céleste Empire ont ainsi abandonné la culture du pavot, qui prospère «Tailleurs beaucoup mieux dans les terrains humides et chauds des Indes anglaises que dans le sol de l’extrême Orient.
L’opium est expédié en Chine sous forme de boules grosses comme les deux poings : les marchands qui le préparent pour l’usage des fumeurs, y mélangent parfois divers ingrédients, dans le but de lui communiquer un goût plus agréable.
La préparation consiste à faire bouillir dans l’eau l’opium brut réduit en fragments; on opère dans un vase d’argent, et quand la décoction est concentrée, on la filtre avec un linge pour séparer les feuilles, ou les matières ligneuses qui peuvent s’y rencontrer, et on l’évapore lentement jusqu’à ce qu’elle prenne une consistance sirupeuse. La pâte ainsi obtenue est livrée au commerce.
Les pipes à opium sont formées d’un tuyau de bambou de 2 pieds de long, fermé à l’une de ses extrémités. Le tube, à quelques pouces de l’extrémité bouchée, est percé d’un trou dans lequel on fixe un cylindre de bronze, long tle fi pouces, et surmonté d’une sphère creuse de même métal. La sphère métallique est munie, à sa partie supérieure , d’une ouverture de la grosseur d’une épingle.
Quand on veut fumer l’opium, on commence par en façonner une petite boulette de la grosseur d’un pois, et on la chauffe sans l’enflammer au-dessus d’une petite lampe à huile, qui accompagne toujours la pipe et les outils du fumeur. L’opium se boursoufle sous l’influence de la chaleur, on le pétrit entre les doigts, et on continue à le chauffer jusqu’à ce qu’il ait abandonné la plus grande partie de l’eau qu’il renfermait. La boulette ainsi préparée est placée sur la petite ouverture du réservoir de bronze dont nous avons parlé, on la perce avec l’aiguille dont on s’est servi pour la maintenir au-dessus de la lampe, aiin d’empêcher l’obturation de l’orifice sur lequel elle repose. Cela fait, on prend entre les lèvres l’extrémité ouverte du bambou, et on porte la pipe au-dessus de la lampe, pour brûler lentement la boulette d’opium. On aspire les vapeurs, non pas avec la bouche et les lèvres, comme nous «avons l’habitude de le faire pour le tabac, mais avec les poumons. La boule d’opium est consumée après quatre ou cinq aspirations ; on la remplace par une nouvelle quantité d’opium, jusqu’à ce que l’effet du narcotique se fasse sentir.
Nous ne décrirons pas les effets si connus de l’opium, dont l’usage devient presque nécessaire à ceux qui en consomment; nous dirons seulement que ceux qui blâment avec tant de raison les Anglais d’exciter les habitants du Céleste Empire à faire usage d’un produit si funeste, ignorent peutêtre que cette denrée dangereuse est affermée en Cochinchine dans nos possessions, et que le gouvernement français tire de son exploitation un revenu considérable. P. C.