‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 76 sur 115 · partie des matières gélatinigèncs contenues dans les os des animaux · texte numérisé non relu

partie des matières gélatinigèncs contenues dans les os des animaux

Engrais divers. Leur emploi. — Les Chinois se servent encore d’autres engrais formés par le mélange d’un grand nombre de substances diverses. Ils emploient fréquemment des résidus, tels que tiges de chanvre desséché ou de luzerne, les tourteaux de graines oléagineuses (et spécialement ceux qui proviennent de la fabrication de l’huile de ricin), etc., etc. Pour préparer l’engrais de tiges de chanvre, on coupe celles-ci en petits fragments que l’on mélange avec du fumier dans un fossé d’une grande largeur et d’une faible profondeur. Le fossé est fermé à sa partie supérieure, et on ne l'ouvre que lorsque le mélange a commencé à entrer en fermentation. On enlève la couche d’engrais putréfié, on referme l’orifice de la fosse, jusqu’à ce que de nouvelles quantités d’engrais aient fermenté; on recommence plusieurs fois la même opération et bientôt la totalité du mélangea subi la décomposition voulue.

11 est rare que les Chinois emploient dans une culture, une seule espèce d’engrais; ils préfèrent généralement faire des mélanges qu'ils préparent avec des fumiers de qualité différente suivant la nature des semences.

Ils se servent fréquemment aussi de la chaux, dont ils connaissent les effets, sans se rendre compte de son mode d’action ; ils savent cependant (pie la chaux rend plus léger un terrain lourd et trop riche, et qu’elle facilite la désagrégation et la décomposition des engrais avec lesquels elle se trouve en contact.

Du reste, l’importance des engrais en Chine est devenue proverbiale, et l ( es agriculteurs n’ignorent pas que les amendements convenablement employés peuvent seuls conserver la fertilité du sol, et contribuer à augmenter les récoltes ; plusieurs dictons populaires sont assez explicites à cet égard, et les cultivateurs chinois disent eux-mêmes qu’ « il faut ménager l’engrais comme de l’or. » En examinant attentivement

les notions contenues dans les textes chinois, on acquiert la certitude que les peuples de l'extrême Orient se conformaient à des règles précises sur l’emploi des engrais, bien des siècles avant que les travaux de nos savants ne nous eussent fourni les notions exactes qui doivent servir de base à l’agriculture. Les Chinois savent, depuis des siècles, que l’engrais ne doit être employé que dans des conditions déterminées, et suivant des doses connues; la nature du terrain, son aridité ou sa fécondité, le climat, la nature de l’engrais, sont pour eux des conditions qui, convenablement étudiées, doivent guider l’agriculteur, et le conduire d’une manière certaine au but qu’il veut atteindre.

D’après un autre proverbe chinois, « il est plus avantageux de fumer les champs qu’on possède , que d’en acheter de nouveaux. » Cette règle semble être en elfet dictée par une sage prudence; le cultivateur habitué à son sol acquiert, par l’expérience, des données précises sur sa nature; il sait que son champ, épuisé par une récolte, fournira de bons résultats après une fumure convenable, et il gagnera sans doute plus à continuer la culture des mêmes terrains qu’à acquérir de nouvelles terres qui peuvent le contraindre à entreprendre de grands travaux souvent infructueux. Ne faudra-t-il pas, en effet, qu’il défriche son nouveau sol, et s’il ne connaît pas les qualités des terrains qu’il a acquis, saura-t-il quels sont les engrais qui devront convenir à telle ou telle culture? Il va sans dire que la règle que nous venons d’énoncer n’est pas absolue, mais que dans bien des cas, cependant, il serait sage de s'y conformer.

L’emploi des engrais est assez variable en Chine, suivant la disposition du sol et sa situation géographique. Les champs situés près des villes sont fumés avec des matières fécales mélangées de terre ou d’engrais artificiels préparés sur place; il en est encore de même des campagnes du sud et de l’est de la Chine, qui sont traversées par de nombreux cours d’eau,

DE L’EMPIKE CHINOIS.

servant à transporter les matières fécales et les résidus de toute nature. Ces engrais parcourent souvent ainsi de grandes distances; on les fait voyager sur de larges bateaux que deux ou trois hommes peuvent facilement diriger dans les canaux ou dans les fleuves. Quand les champs sont situés près de cours d’eau non navigables, et que nul moyen de transport ne peut y amener des engrais, les cultivateurs se servent d’herbes aquatiques, et de plantes marécageuses qu’ils font pourrir et qu’ils mélangent avec de la vase.

Les cendres de végétaux, les coquilles d’huîtres et quelques autres matières minérales sont fréquemment employées comme engrais, et dans ce cas on les enfouit clans le sol avec les plantes parasites et les racines qui ont résisté à l’arrachage.

Dans quelques cas, quand les plantes qu’on cultive ont atteint un certain développement, on en arrache les feuilles et les tiges,eton fait passer la charrue sur tous ces débris; ces végétaux enfouis dans le sol servent ainsi d’engrais à eux-mêmes.

La préparation des matières fécales destinées aux champs s’exécute d’une manière assez singulière que nous ne pouvons passer sous silence. Les matières fécales sont recueillies dans «le grands vases en terre disposés près des champs et sur le bord des routes; dans certaines parties de la Chine, le Kiang-si par exemple, elles sont ensuite collées contre les murs des habitations pauvres, où elles se sèchent assez rapidement, et d’autant plus vite que les maisons sont généralement construites en terre, ou en briques poreuses qui absorbent rapidement l’humidité. La matière, suffisamment séchée, est mélangée avec du fumier, et jetée sur les champs après avoir été grossièrement broyée.

• Quelquefois les matières fécales sont conservées dans «le vastes fosses où l'on recueille les eaux de vaisselle et les eaux de lavage «lu riz; le liquide ainsi obtenu est ensuite répandu sur les champs, soit à l’aide de seaux, soit au moyen de rigoles d’irrigation.

Pour terminer ce chapitre important de P agriculture, nous ajouterons aux documents puisés dans les textes chinois quelques renseignements que nous avons recueillis en Chine même, et qui confirment pleinement, du reste, les affirmations de l’auteur auquel ils ont été empruntés. Les études et les observations que nous avons laites, dans diverses provinces, nous ont démontré que nul art plus que l’agriculture n’est l’objet d’une aussi grande estime et d'une aussi haute considération; nul progrès n’a plus d’intérêt que celui de la culture et de ce qui s’y rattache.

Kxtrait de notes présentées à la Société d’agriculture.

L’agriculture a toujours été en grand honneur chez les Chinois, qui ont élevé des monuments pour célébrer les bienfaits qu’on lui doit; actuellement encore, de nombreuses fêtes sont consacrées à l’art de cultiver la terre. Autrefois, au dire des voyageurs et des missionnaires, l’empereur de la Chine, à une certaine époque de l’année, traçait un sillon de sa propre main; pendant notre séjour à Pékin, on nous a affirmé que cet usage antique s’était perpétué jusqu’à nos jours.

Quand on parcourt les campagnes de l’est et du sud de la Chine, on voit que la culture dominante est celle de l’aliment essentiel de tout le pays, nous voulons parler du riz. Les champs de riz sont très-souvent disposés en gradins, quand ils sont situés sur le penchant des collines; chaque gradin est entouré d’un petit mur formé de pierrailles et d’argile, afin que l’eau puisse y séjourner; quand l’eau est restée pendant un certain temps en contact avec le premier champ, on pratique une ouverture dans le mur, et le liquide s’écoule dans le second champ, c’est-à-dire dans le gradin inférieur. Les eaux employées à ces irrigations s’échappent des montagnes ou «les collines voisines, ou bien encore des rivières «pii sont trèsabondantes en Chine.

Quand le niveau du fleuve est inférieur à celui du champ

qu’on veut alimenter* il faut élever l’eau mécaniquement; les Chinois emploient à cet elïet des méthodes primitives extrêmement simples; ils se servent de norias tellement grossières, qu’on se demande à la vue de ces instruments s’ils peuvent réellement être de quelque usage ; ces norias sont mises en mouvement par deux ouvriers et quelquefois par un manège avec engrenage à lanternes. (Ajoutons en passant que, dans les nombreuses industries que nous avons étudiées, nous n’avons jamais vu de machines à engrenages épicycloïdaux analogues aux nôtres. ) Quand le niveau de l’eau se trouve à une faible distance au-dessous du sol à irriguer, les Chinois se servent simplement d’un seau fait en bambou et attaché à une corde: deux hommes jettent le seau dans l’eau, et quand il est rempli, ils le tirent violemment à l’aide de la corde, et le renversent sur une surface plane de terre glaise où l’eau s’écoule et arrive dans un fossé pratiqué dans le champ; ce fossé alimente directement des rigoles qui rayonnent à la surface du sol et conduisent l’eau dans tous les sens 1 .

Pour préparer la terre à la culture <Ju riz, les Chinois y sèment très-souvent du blé, comme nous l’avons presque partout constaté dans les diverses provinces de l’Est et du Centre. On plante le blé en décembre, et il arrive à maturité en mars, époque à laquelle on le fauche. On laboure alors la terre avec des charrues analogues à celles qui sont employées dans nos pays, et on aplanit le terrain alin que les eaux d’irrigation qu’on y amène puissent y séjourner; on l’entoure même. au besoin de rebords d’argile qui emprisonnent le liquide comme dans un réservoir et l’empêchent d’inonder les champs voisins. Quand la terre est détrempée, on y jette le riz après l’avoir suffisamment gonllé en le laissant quelque temps en contact avec de l’eau. Lorsque la germination du riz est assez avancée, on l’arrache pour le repiquer en touffes de

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