SEL ORDINAIRE
[Le chlorure de sodium, que nous désignons généralement sous le nom de srl marin , n’a pas en Chine une aussi grande importance que dans nos pays, car il n’a pas d’applications industrielles ; il sert à assaisonner les aliments et s’emploie fréquemment pour la conservation des œufs, des poissons, des viandes, des mollusques, des jeunes pousses de bambou et autres légumes.] P. C.
D’après les auteurs chinois on distingue six espèces différentes de sel :
1° Sel extrait de la mer ;
2° Sel des étangs;
3° Sel des puits ;
h° Sel de la terre ;
5° Sel des rivages ;
Soumise» à la distillation, elle fournit les résultats suivants :
Esprit minéral très-blanc, 7 à 8 0/0.
Huiles légères et essences blanches, d’une densité de 780 degrés, 10 à 12 0/0.
Huiles pour l’éclairage ou lampantes douées d’une couleur ambrée et d’une odeur faible, D= 830°, 60 0/0.
Huiles lourdes verdâtres, I) = 860°, 10 0/0.
Ces huiles renferment de la paraflinc en assez grande quantité, elles se prennent en pâte par le refroidissement.
Les huiles d’éclairage, D— 0,830°, traitées par 2 1/2 0/0 d’acide sulfurique, lavées, puis mélangées avec 6 0/0 d'une solution de soude caustique à 1 lavées et distillées de nouveau, donnent un liquide d’une densité de 810°, et doué d’une couleur jaunâtre.
(3e produit brûle à 56° par l’approche d’un corps enflammé.
Cette analyse prouve que l’huile de pétrole chinoise peut être comparée à celle qui nous vient d’Amérique, et que l’on considère comme do bonne qualité.] I*. Champion et Pellet,
ir'i ri
0° Sel gemme, ou sel en sable et en pierre.
La mer est la plus importante source de sel, et elle fournit environ les huit dixièmes de la consommation totale: les autres sources produisent ensemble les deux autres dixièmes.
L’auteur chinois auquel nous empruntons ces renseignements, rend hommage aux admirables dispositions de la nature qui fournit à l’homme de nombreux moyens de se procurer un sel aussi important, quand il est trop éloigné des côtes pour aller le puiser dans l’Océan.
Certains rivages offrant une vaste surface de sable, presque horizontale, sont admirablement disposés pour l’extraction du sel des eaux de la mer. A marée haute, ils sont complètement inondés, mais au moment où le reflux fait sentir son action, les eaux salées ne peuvent s’écouler que très-lentement à la surface d’un sol peu incliné ; avant de quitter la côte, elles s’évaporent et laissent sur leur passage un abondant dépôt de sel. A marée basse, il suffit de balayer les cristaux qui se sont produits, et de les purifier ensuite par voie de dissolution et de cristallisation.
Une autre méthode indiquée par les auteurs chinois consiste à creuser des puits assez profonds au milieu des rivages que la mer vient baigner à marée haute ; on recouvre ces puits d’une série alternative de planches et de nattes à travers lesquelles l’eau peut s’écouler lentement. Quand la mer monte, l’eau salée s’infiltre dans ces puits, mais elle s’évapore en tombant à travers les nattes superposées, et arrive au fond à un assez grand degré de concentration. A marée basse, l’eau salée est ramenée à la surface du sol au moyen de pompes : évaporée sous l’action de la chaleur, elle abandonne par le refroidissement des cristaux plus ou moins volumineux.
Dans certaines localités, la terre est tellement imprégnée de chlorure de sodium, que ce sel vient s’effleurir à la surface
du sol à l‘époque des grandes sécheresses; il est assez pur dans ce cas pour être livré directement à la consommation, sans être purifié par cristallisation *.
Parfois aussi on recueille certaines herbes marines qui, croissant sur le bord de la mer, sont assez imprégnées de sel pour qu’elles en abandonnent des quantités notables au contact de l’eau douce. Pour débarrasser le sel ainsi obtenu des impuretés qui le souillent, on procède de la manière suivante: on dispose, au-dessus d’un fossé d’un pied de profondeur, des nattes de roseau tressées, et on y entasse le sel impur que l’on arrose avec de l’eau de la mer; celle-ci s’écoule lentement comme à travers un véritable tamis à iines mailles et entraîne les matières étrangères contenues dans le sel. Le chlorure de sodium est ensuite mis à égoutter sur une sorte de filtre formé de roseaux , placé à l’orifice d’un second fossé plus profond; les eaux qui s’écoulent sont évaporées dans des chaudières, et fournissent encore de notables quantités de sel.
(Ce procédé très-ingénieux est comparable à celui que nous employons en Europe pour purifier le sucre dans les raffineries. On sait en effet «pie les pains de sucre, placés dans leurs formes, sont arrosés de claircc , c’est-à-dire d’un liquide saturé de sucre, qui ne dissout que les sels étrangers. Dans le procédé chinois, les eaux de la mer qui ne sont pas saturées de chlorure de sodium, en dissolvent de notables quantités en traversant les couches salines placées sur les mailles de roseau; mais, quoi qu’il en soit, le principe sur lequel repose celle opération n’en est pas moins très-ingénieux.) P. C.
I. Ce fait a déjà été constaté par les anciens missionnaires, aux environs de Péking. Pendant notre séjour à Tien-lsin, à deux journées de Péking, nous avons ramassé, sur les bords du fleuve Pe-ho, des mottes de terre recouvertes d’une efflorescence essentiellement formée de chlorure de sodium. P. C.
DK LE MPI R K CHINOIS.
Les chaudières évaporatoires employées pour concentrer les solutions salines sont de plusieurs espèces : les unes, à fond plat, sont formées de plaques de tôle réunies par des rivets ; les autres sont formées d'une bassine en fer, peu élevée, sur les rebords de laquelle on dispose une natte de bambou à mailles lines, que l’on recouvre d’un mastic confectionné avec des écailles d’huîtres.
(Ce mode de construction semble bizarre, mais il est très-usité en Chine. Nous avons souvent remarqué des seaux destinés à puiser l’eau, entièrement fabriqués en bambous tressés, et un grand nombre de chaudières, destinées à l’évaporation de certains liquides, qui sont entourées d’une garniture en bois. Les grands cuviers qu’emploient diverses industries, les bassines qui servent aux besoins de la cuisine, sont toujours ainsi disposés. Ces vases sont généralement formés d’une calotte sphérique en métal qui reçoit directement l’action du feu, et d’un cuvier, souvent très-élevé, formé de douves de bois. Les deux appareils sont réunis par quelques rivets en métal. Ces récipients ne se détériorent que très-lentement, et il n’est pas rare de les voir fonctionner pendant plusieurs années.) P. C.
Pour activer la cristallisation des eaux salées que l’on évapore dans ces chaudières, on jette dans la masse du liquide saturé, au moment de son refroidissement, des siliques d’acacia, et des balles de mais ou de riz. ( 11 est probable que ces substances ont une action purement physique, et qu’elles accélèrent la cristallisation par l’ébranlement produit dans la masse du liquide au moment de leur chute en offrant des points d’attache aux -cristaux en voie de formation.) P. C.
Quelle que soit la méthode employée pour extraire le chlorure de sodium, on le conserve sur un lit de feuilles ou de paille sèche disposé à la surface d’un plancher couvert de briques; il ne subit alors aucune altération et peut demeurer indéfiniment dans cet état sans se détériorer.
Il existe seulement en Chine deux grands lacs salés d’où l'on extrait le sel marin : ce sont les lacs de Ning-liia et de kiaïtchi , dans la province de Chan-si. Ces lacs sont entourés de murs, et des lois très-sévères en interdisent la libre exploitation, qui est cependant accordée à quelques industriels au prix d’une redevance assez considérable. Les eaux salées sont amenées au moyen de rigoles dans des bassins peu profonds et d’une grande étendue; on a soin de les faire arriver dans ces réservoirs au commencement du printemps, alin qu’elles soient soumises pendant plusieurs mois à la forte chaleur du soleil, qui en détermine l’évaporation complète. Quand ces sortes de marais salants sont entièrement desséchés , on recueille le résidu salin qui s’y est déposé, et sa richesse en chlorure de sodium est sulïisante pour qu’il soit directement livré au commerce. Les rayons solaires et les courants atmosphériques entraînent assez rapidement des volumes d’eau considérables , à l’état de vapeur, et la dessiccation est généralement complète vers le milieu de l’automne. Quand les eaux ont séjourné quelque temps dans ces marais salants, elles prennent une nuance rouge ( provenant sans doute de la formation de végétaux microscopiques, analogues à ceux qui colorent parfois, dit-on, les flots de la mer Rouge). P. C.
Le sel obtenu par ce procédé, cristallise d’autant plus lentement que la dissolution d’où il provient s’est lentement évaporée, et il se présente souvent sous forme de cubes trèsvolumineux, aussi le désigne-t-on généralement en Chine sous le nom de gros sel pour le distinguer du produit presque pulvérulent que l’on extrait des eaux de la mer. Dans certaines contrées, les Chinois creusent, sur le bord de la mer, de véritables marais salants, analogues à ceux qui existent en France, et ils obtiennent ainsi un produit qui ne nécessite aucune épuration.
Dans la partie occidentale de la province -de cenSs,tchu très-éloignée des rivages de l’Océan, il n’est pas possible de
se procurer d’une manière économique le sel extrait des eaux de la mer; il existe heureusement dans le sol de ces contrées des couches d’eau salée souterraines qui sont facilement exploitées au moyen de puits. On exécute des trous de sonde qui ont parfois cent pieds fie profondeur et un diamètre de quelques pouces, au moyen d’un instrument cylindrique terminé à sa partie inférieure par un cône de métal très-résislant. Le corps de cet appareil est entouré de morceaux de bambou solidement assemblés au moyen de cordes; pour le faire pénétrer dans le sol, on le suspend à la surface du terrain qui doit être sondé, et on le laisse tomber avec force. Par une succession de chocs violents, il finit par s’enfoncer et on continue à le battre à l’aide d’une espèce de sonnette qui le force peu à peu à pénétrer dans le sol; l’opération exige quelquefois six mois d’un travail persévérant, parfois aussi elle est menée à bonne fin dans l’intervalle d’un mois, et la réussite dépend de la dureté plus ou moins grande du terrain.
Quand on a ainsi creusé un puits qui atteint la couche d’eau salée, on choisit un bambou long d’environ vingtquatre pieds, et on enlève les cloisons intérieures correspondant à chaque nœud du tronc. A l’extrémité inférieure de ce bambou, transformé en un cylindre creux, on adapte un clapet qui s’ouvre de l’extérieur à l’intérieur. Au moyen d’une longue corde, on descend cet appareil au fond du puits; on l’enfonce dans le liquide, le clapet s’ouvre et laisse pénétrer l’eau salée dans le bambou; si on le retire alors, l’eau, emprisonnée par suite de la pression qu’elle exerce sur le clapet, ne peut s’échapper. On remonte le tout à la surface du sol, au moyen d’appareils très-simples.
Celui qui est décrit dans l’ouvrage chinois auquel nous empruntons ces documents consiste en un tambour vertical autour duquel s’enroule la corde, adaptée au corps du bambou ; le tambour est animé d'un mouvement de rotation par
une traverse horizontale que fait agir un bœuf circulant autour d’un manège. (Les Chinois ont souvent recours à de semblables procédés mécaniques dans l’opération du broyage des grains, des graines oléagineuses, cl en général pour exécuter tous les travaux qui exigeraient de la part des hommes des efforts trop pénibles.)
A sa sortie du puits, le cylindre de hamh’ou est vidé dans une petite chaudière soumise à l’action de la chaleur; l’eau salée s’évapore et, quand elle est arrivée au degré de concentration voulu, on la laisse refroidir. Kilo ne tarde pas à abandonner, par le repos, de nombreux cristaux de chlorure de sodium, généralement blancs et d'une assez grande pureté.
Dans la province de Sse-tchuen, il existe de nombreux puits d’où s’échappent des gaz inflammables qui sont utilisés pour l’évaporation des eaux salées, assez abondantes dans cette même contrée. La chaudière évaporatoire est disposée près du puits et les gaz inflammables, amenés dans des tubes de bambou terminés par un tube de cuivre, produisent par leur combustion la température nécessaire pour faire entrer le liquide en ébullition.
L’auteur chinois cite ce phénomène comme un des plus surprenants qu’il connaisse; il s’étonne de voir brûler un gaz à l’extrémité d’un tube de bois, sans que celui-ci porte aucune trace de combustion dans ses parois intérieures; il va sans dire que ce fait est élémentaire pour nous, et on sait que le gaz ne peut brûler (pie lorsqu’il est en contact avec l’air; il s’enflamme seulement à l'extrémité du tube, mais la combustion ne s’étend pas intérieurement.
Les puits de sel du Kin-tchouen sont exploités à volonté: ils ne sont soumis à aucune taxe : l’abondance de l’eau salée qu’ils fournissent est considérable et ils peuvent être regardés comme inépuisables.
SKI, EFPLORESCENT
obtenu par le lessivage des terres.
Nous avons dit que le sol do certaines contrées de la Chine était couvert d’efllorescenccs très-abondantes de sel marin. Pour extraire le chlorure de sodium, on soumet les terres à un lavage à l’eau et on évapore les solutions obtenues après tiltration ou décantation.
Dans le pays de Tcliang-lou, on se contente de recueillir le sel eflleuri au moyen d’un râteau, et on le purilie par voie de cristallisation. Cependant, le sel obtenu n’est jamais pur; il offre toujours une couleur noirâtre et son goût n’est pas franchement salé.
Les efflorescences de sel marin sont très-fréquentes dans l’extrême Orient. Le sel eflleuri prend encore naissance dans des excavations situées sur le bord de la mer; il s’offre alors sous l’aspect d’une matière rougeâtre qui est directement recueillie et livrée au commerce sans purification. Ce phénomène ne se produit pas dans les provinces de l’est, mais à Kial-tcheou et à Fong-tchoou, on obtient une grande quantité de chlorure de sodium, extrait tout â la fois des eaux de la mer et des eaux salées souterraines.
L’usage du sel est très-répandu en Chine; d’après les auteurs chinois, il est une des premières conditions de l’alimentation, et doit être considéré comme une matière indispensable pour assaisonner les viandes et presque tous les mets; il sert à conserver les poissons dont la chair salée est très-estiméo et très-répandue.
Enfin, les barbares du nord, ajoutent les mêmes auteurs, l’emploient pour conserver les cadavres.