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CULTURE DU THÉ

Le petit arbrisseau qui fournit le thé est cultivé avec le plus grand soin, généralement sur des terrains assez élevés. Les champs sont presque toujours entourés de haies qui les protègent contre l’indiscrétion des passants.

Les arbres à thé sont de différentes espèces ; les uns n’arrivent jamais à excéder une hauteur d’un pied, les autres, au contraire, peuvent facilement atteindre deux pieds et demi à trois pieds. Les feuilles de thé commencent à se récolter vers la (in d'avril, et la cueillette se prolonge pendant quatre mois; mais les premières feuilles enroulées sur elles-mêmes, tendres et jeunes, ont beaucoup plus de valeur que les autres et produisent un thé de qualité supérieure. Les feuilles cueillies en dernier lieu sont arrivées à leur développement complet, elles fournissent une boisson âcre et faiblement parfumée.

Les graines de l’arbre à thé donnent une huile très-estimée et d'un prix très-élevé, parce qu’elle possède, au dire des Chinois, la curieuse propriété de ne jamais rancir. Ce «pie nous venons de dire sur la culture du thé s’applique spécialement à la province de Tché-kiang.

fabrication.

Thé vert employé par les Chinois et les Japonais.

Les feuilles une fois cueillies sont introduites encore tout humides dans un grand nombre de bassines minces en fonte, disposées sur des fourneaux en maçonnerie; on les chauffe avec du bois sec ne donnant pas de fumée. Dans la fabrique que nous avons visitée, la température à laquelle on maints

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tient les bassines était de 60 à 70 degrés centésimaux environ. Quand les feuilles de thé commencent à se recroqueviller sous l'influence de la chaleur, on les brasse à la main jusqu’à ce quelles soient suffisamment sèches; il ne reste plus alors qu’à les laisser refroidir et à les emprisonner dans des boîtes en bois ou des paniers de bambou, garnis de feuilles sèches. C’est dans cet état que le thé est livré au commerce. Avant d'enfermer les feuilles dans les boîtes, on les trie quelquefois suivant leur grosseur, et on forme ainsi diverses qualités.

Ce thé, mis en contact avec l’eau bouillante, donne une infusion peu colorée, d’un goût fade, qui n’offre souvent presque pas d’analogie avec le thé qui se consomme en Europe ; c’est cependant celui-là que les Chinois et les Japonais préfèrent. Dans certaines parties de l’extrême Orient, on mélange au thé des feuilles odoriférantes, telles que celles de la rose ou du jasmin ; le produit ainsi obtenu est d’un prix élevé, et l’infusion qu’il donne est douée d’un goût particulier.

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Destiné à l’Europe et A l’Amérique.

Les renseignements que nous allons fournir à ce sujet ont été recueillis spécialement à Nagasaki, au Japon, et dans quelques fabriques chinoises que nous avons visitées. A Nagasaki, nous nous sommes procuré des détails intéressants dans l’usine de MM. Glover frères, qui ont consenti avec une rare obligeance à satisfaire notre curiosité.

Le thé que les Japonais expédient dans cette fabrique a été au préalable séché sur des nattes exposées au soleil, ou légèrement chauffé dans des bassines de fonte. On commence par le goûter pour se faire une idée exacte de sa valeur; les

différents échantillons de thé sont jetés isolément et en proportions égales dans des petites théières où l’on a versé des quantités égales d’eau bouillante; on laisse l’infusion se faire pendant cinq à dix minutes, et on la verse dans des tasses que le dégustateur range à mesure les unes près des autres: celui-ci met dans sa bouche une gorgée de la première infusion, et la crache après l’avoir goûtée; il passe ensuite au deuxième échantillon, et ainsi de suite. Les dégustateurs attachés aux fabriques sont généralement très-habiles à reconnaître les qualités du thé, et à apprécier sa valeur commerciale.

Les feuilles de thé sont ensuite triées suivant leur grosseur, leur couleur, leur aspect, et sont séparées ainsi en qualités distinctes. Cette opération est faite par des femmes, tjui sont réunies quelquefois au nombre de deux cents à trois cents dans un vaste atelier ; elles sont armées de petites baguettes que les Japonais et les Chinois emploient en guise de fourchettes, et elles séparent toutes les feuilles semblables entre elles avec une merveilleuse dextérité, en rejetant les impuretés et les détritus de bois qui s’y rencontrent fréquemment. Chaque ouvrière japonaise a devant elle quatre ou cinq sébiles de bois, dans lesquelles elle fait tomber pendant le triage les feuilles de même qualité. Ces femmes travaillent à la tâche ; elles gagnent environ de 3 à h tempo ou 60 à 80 centimes par jour. Les feuilles ainsi séparées sont séchées dans des bassines faites en un métal cassant dont l’ élément dominant est le cuivre. Ces vases se percent assez fréquemment, mais des ouvriers attachés à la fabrique sont spécialement chargés de les réparer par des soudures qu'ils font très-rapidement, ce qui permet de continuer l’opération malgré l’accident.

En Chine, les bassines dans lesquelles on cuit le thé sont toujours faites en fonte mince, ou du moins il en est ainsi dans toutes les fabriques que nous avons visitées. Les ateliers

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de cuisson sont considérables ; deux à trois cents fourneaux, reliés ensemble par des massifs de maçonnerie, fonctionnent à la fois, et un grand nombre d’ouvriers surveillent l’opération. On commence par chauffer la bassine vide, et on n’y jette les feuilles de thé que lorsqu’elleaatteint une température déterminée. Pendant que les feuilles sont soumises à l’action de la chaleur, les ouvriers les roulent avec la main, afin qu’elles n’occupent à l’état sec qu’un très-petit volume. Suivant la destination du produit, on y mélange soit de la poudre d’indigo, soit du plâtre réduit en poudre impalpable, soit de la chaux éteinte ; quelquefois même ces trois substances sont unies ensemble en petite proportion aux feuilles de thé. (les matières sont introduites dans les bassines au commencement de l’opération, quand les feuilles commencent à se recouvrir d’une légère couche d’humidité qui s’échappe de leur intérieur sous l’influence de la chaleur, (les matières s’attachent ainsi aux feuilles et leur communiquent la couleur bleu-verdâtre caractéristique du thé vert. On emploie souvent aussi pour colorer le thé diverses espèces d’indigo plus ou moins foncé'; mais nous ne croyons pas que l’on se serve jamais de certaines matières nuisibles, comme cela a été cru pendant longtemps en Kurope. Nous avons souvent demandé à des ouvriers, en Chine ou au Japon, si le thé était quelquefois additionné pendant sa fabrication de sels de cuivre, ainsi que cela a été dit plusieurs fois, ou si on le faisait sécher sur des lames de cuivre, et nous avons toujours obtenu une réponse négative. Nous pouvons affirmer d’ailleurs que de semblables procédés n’ont jamais été employés dans l’usine de Nagasaki.

Les bassines dans lesquelles s’opère la cuisson des feuilles se couvrent intérieurement d’une couche noire, très-adhérente aux parois du vase ; cette crasse est formée de poussière île

1. Dans certaines fabriques on remplace l’indigo par le bleu de Prusse.

thé mélangée à la matière grasse issue des graines de thé qui ont échappé au triage ; elle est de temps en temps enlevée à l’aide d’un couteau, et elle est employée en médecine par les Chinois.

D’après les détails que nous venons de donner, on voit que la fabrication du thé demande un certain temps ; elle nécessite beaucoup de main-d’œuvre, exige une grande surveillance, un soin minutieux de la part des ouvriers et des patrons; elle est par conséquent très-dispendieuse. MM. («lover ont essayé de modifier ce procédé, et ils ont déjà employé une nouvelle méthode qui paraît donner de bons résultats; il est évident qu’une semblable modification ne peut être définitivement jugée sans attendre la consécration d’une longue pratique.

MM. Glover remplacent dans la nouvelle fabrication les bassines multiples par une grande chaudière formée d’un demi-cylindre dans lequel une vis d’Archimède accomplit un mouvement de rotation autour de son axe. La chaudière est chauffée par un courant de vapeur d’eau qui circule dans ses parois creuses. La cuisson est rendue continue à l’aide d’un mécanisme très-simple; les feuilles de thé arrivent à l’une des extrémités du cylindre, elles sont entraînées et froissées par l’action de la vis contre les parois; quand elles arrivent à l’autre extrémité du cylindre, elles sont cuites et tombent alors dans un panier oii elles se refroidissent; le plâtre, la chaux et l’indigo sont jetés dans le cylindre pendant l’opération. On règle la vitesse de la vis à volonté, suivant la nature et la qualité du thé qu’il s’agit d’obtenir.

MM. Glover ont déjà expédié en Amérique des thés fabriqués par cette nouvelle méthode, et les consommateurs n’ont pas constaté dans les produits une qualité inférieure à celle qu’on obtient avec un travail à la main.

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