OUVRIERS DE K I U - K I A N G
{Province du Kiang-si.)
Les ouvriers dont nous allons spécialement parler étaient employés au nombre de soixante dans une importante fabrique de thé; la préparation de cette denrée occupe un des premiers rangs dans l’industrie de cette ville. Les détails qui suivent peuvent s’appliquer en général à tous les ouvriers qui s’occupent de ce genre de travail; ils nous ont été donnés avec une grande obligeance par le maître de la fabrique, qui nous a autorisé à étudier sa méthode de fabrication et à faire de nombreuses visites dans son usine.
La préparation du thé est assez pénible pour les ouvriers; elle nécessite beaucoup d’application et une assez grande dépense de force; aussi, dans cette industrie, le régime alimentaire est-il généralement assez substantiel.
Chaque ouvrier consomme 1 livre ou (504 grammes de riz par jour, l/i onces ou 528 grammes de viande par mois, /i onces ou 148 grammes de poisson par semaine. On lui donne en outre tous les jours 8 sapèques ou 0 fr. 04 de notre monnaie pour acheter du vin et du tabac. Ce vin, qui en réalité n’esl qu’une eau-de-vie faible, n’offre aucun rapport avec la boisson alcoolique connue sous le même nom en Europe; il se fabrique, ainsi que nous l’avons dit, en distillant le riz et plus souvent encore les graines du sorgho, plante très-répandue dans presque toute l’étendue de la Chine. Ce vin est plus ou moins fort suivant la marche de la distillation et il se boit toujours chaud, dans des petits vases en fer-blanc, que l’on prend soin de placer près du fourneau avant chaque repas. (Pendant notre voyage de Thien-tsin à Pékin, nous fûmes en proie à des accès de fièvre intermittente ; dénué de toutes ressources, et de tout remède, nous dûmes faire usage de vin chinois pour ranimer nos forces; cette boisson nous rendit plus malade encore , et nous n’oubliâmes de longtemps son goût âcre et sa saveur empyreumatique.)
Les Chinois sont très-pauvres en vignes, et quoique les Jésuites leur aient enseigné depuis des siècles l’art de fabriquer le vin, ils semblent avoir complètement oublié les leçons qu’ils ont reçues. Les vignes qui se rencontrent dans le nord de la Chine produisent deux espèces de raisin : l’un aux grains allongés, à la peau mince; l’autre, au contraire, aux grains arrondis et à la peau très - épaisse. Celte dernière espèce se conserve quatre ou cinq mois dans la glace, et on l’expédie ensuite dans la plupart des ports de la Chine.
Les ouvriers qui travaillent à la fabrication du thé gagnent 130 sapèques ou 65 centimes par jour; les maîtres et les chefs
sont payés davantage, suivant leurs fonctions et leur degré d’intelligence. Ils achètent tous eux-mêmes les légumes et le poisson qui leur sont nécessaires, et dépensent à peu près 20 sapèques ou 10 centimes pour leur nourriture quotidienne. Le directeur de la fabrique leur fournit le riz.
La durée de leur travail est variable suivant les saisons. En été, ils commencent à 5 h. du matin et finissent leur journée à 5 h. du soir. En hiver, ils viennent à la fabrique à 7 h. 1/2 et se retirent à 5 h. Ils se reposent au moment des repas qui sont au nombre de deux ou de trois dans la journée, suivant l’époque de l’année, la température et la durée du travail.
Les Chinois, outre les aliments que nous avons mentionnés dans ce chapitre, font un grand usage de gâteaux frits et «le sucreries de diverse nature; ils sont très-friands de confitures et de petits pains chauds. In grand nombre de marchands ambulants font cuire en plein vent ces pâtisseries estimées; ils emploient pour cet usage des petits fourneaux cylindriques en terre, munis d’une garniture de bois, et on les voit fréquemment entourés par un grand nombre d’acheteurs.