I. F. TUNGEN'D-BUND
Henri IV, fermentait quelquefois dans mon cœur au seul nom de Napoléon : belle et savante inimitié qui nous a menés loin, le monde et moi ; — grâce pour le rapprochement ! — J'en étais d'ailleurs venu au point de regarder la part obscure que je prenais à cette opposition impuisante comme une condition imposée par la fatalité qui me dominait. Je ne croyais plus à la possibilité de cette république du genre humain, pour laquelle une poignée d'écoliers ingénieux, passionnés et absurdes, avaient fait une langue, des institutions et des lois; mais j'étais retenu à leur cause par le souvenir même de leurs inutiles et malheureux sacrifices. Leur sang criait à mes oreilles et me reprochait de n"ctre pas mort avec eux, si je n'étais capable de servir leur mémoire et leurs projets, au moins par le concours des forces qu'ils m'avaient connues et auxquelles ils s'étaient si tendrement confiés. Je pensais souvent que nous avions eu tort; mais aucune réflexion ne pouvait me détourner du devoir de les suivre et de finir comme eux.
Pour le peu de temps que j'avais à rester à Trieste, il fallait cependant me décider, parmi mes compatriotes, entre
IDEMOISELLE DE MARS/
;n distinctes, et que le peuple lui-même avait signalées, celles des Niisotii et celle des Gobhi. Ces appellations insultantes, déterminées probablement par quelque défaut physique des deux personnages les plus imposants de l'une et de l'autre opinion, séparaient d'une manière insurmontable nos voyageurs, nos réfugiés et jusqu'à nos proscrits, tant il est vrai que les hommes les plus faits pour se rapprocher trouvent partout d'excellentes raisons de se haïr. Comme je ne voulais haïr personne, je pris un parti non pas moyen, mais excentrique avec les deux opinions, et je me sauvai, sans qu'on y prit garde, à la plus simple auberge du quartier des juifs, qui n'était fréquentée ordinairement que par les petits marchands et les paysans des montagnes.
Cette solitude très réelle que l'on trouve au milieu d'une multitude indifférente m'agréait fort. Il n'y a rien de moins importun que la foule quand on n'y est pas connu.
Mon premier objet av.iit été de commencer de là mes excursions, si belles en espérance, aux villages poétiques des Morlaques, aux tribus toutes primitives du Monténégre, aux ruines Je S.ilone, d'Epi-