‹ Inès de las Sierras; Mademoiselle de MarsanChapitre 7 sur 14 · I. E TUN'GEND-BUND 8l · texte numérisé non relu

I. E TUN'GEND-BUND 8l

1794, SOUS les drapeaux de Kosciuszko, il avait été adopté, à dix ans, par le docteur Fabricius, et cette alliance, probablement fondée sur quelque sympathie politique entre les pères, suffit pour expliquer la forte direction qui avait été imprimée à ses études, sous les yeux d'un des hommes les plus éclairés de TAllemagne. Solbioski s'exprimait avec une facilité souvent éloquente dans la plupart des langues de l'Europe, et possédait à un degré rare, même parmi les savants de profession, la doctrine et les nomenclatures des sciences physiques et philosophiques, auxquelles l'analyse et la méthode venaient de faire faire de si grandes conquêtes, dans ce pays d'invention et de perfectionnement qui a seul le droit de croire encore à la marche progressive de l'esprit humain. Il était certainement redevable de ces richesses d'instruction à l'heureuse tutelle sous laquelle le hasard l'avait placé, et il en rapportait religieusement les résultats à son père d'adoption ; car la tendresse de son âme ne cédait en rien à l'élévation de son esprit. Ce dévouement reconnaissant et pieux contient sans doute le principal secret de sa vie. Son amour pour une des filles du docteur, qui en avait trois, devait faire le reste ;

mais on sait déjà que je n'étais entré que par hasard dans ces confidences. Le temps seul m'a depuis appris que Joseph Solbioski avait été, dans la campagne de 1808, l'âme des généreuses entreprises d'André Hofer, dont l'intelligence droite et saine, mais peu développée, n'aurait pu suffire à la complication des affaires dans lesquelles l'engageait sa nouvelle fortune, quand il devint, par la force des événements, le chef militaire et politique, le commandant et le législateur du Tyrol ; époque presque unique entre toutes les époques, où un homme du peuple, sans lettres et sans ambition, se trouva dépositaire de l'autorité sans l'avoir voulu, et en usa sans en abuser. On n'ignore pas que l'administration d'André Hofer fut comparée alors à celle de Sancho dans l'ile de Barataria, et je doute qu'on puisse en faire un éloge plus magnifique et plus complet, car les peuples ne peuvent avoir de meilleur arbitre que le bon sens d'un homme naturel et moral. La pensée sourit sans doute à quelques-unes de ces lois de circonstance, improvisées par un pauvre aubergiste de village qui a été investi par la guerre, et au milieu d'une ceinture de bataillons ennemis, des droits du suprême

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pouvoir ; mais il se mêle des larmes d'attendrissement à ce sourire, quand on a lu comme nous le texte de ces proclamations paternelles inspirées par un si profond amour de riiumanité. Ce qu'il recommande à ses frères, à ses enfants, traqués dans leurs rochers comme des bêtes fauves, ce qu'il les supplie d'accorder à son amour, car il n'ordonne jamais qu'au nom de l'affection, c'est d'épargner l'effusion du sang étranger hors le cas légitime de leur défense personnelle; et puis, c'est de sanctifier leurs armes par la prière, par les bonnes œuvres et par les bonnes mœurs.

Il y en a une, datée d'Inspruck, où il venait d'entrer vainqueur des Bavarois, à la tête de vingt mille paysans, dans laquelle ce géant de quarante ans, que la nature avait organisé comme un autre pour les passions, s'adresse à la piété des femmes, les rappelle à la pudeur antique, et les conjure de cacher leur sein et leurs bras, suivant le chaste usage de leurs mères. Cela est fort ridicule peut-être ; mais cela serait sublime dans Plutarque, .i la vie de Scipion, d'Aratus ou de Philopœmen.

Je n'ai pas perdu de vue Solbioski dans cette digression, puisqu'il était, à l'époque

OÙ j'ai remonté, secrétaire d'André Hofer. Il y avait entre ces deux nobles créatures une sorte d'identité. C'était un corps et une âme. Qu'on juge par là de Joseph!... Au premier aspect, son teint frais et pur, son regard plein de douceur, son rire toujours affable, quoique souvent amer et mélancolique, ses cheveux longs, blonds et bouclés, n'annonçaient pas le héros des temps difficiles; et cependant l'effet singulier de ses cils, de ses sourcils et de ses moustaches brunes, lui permettait d'animer quelquefois sa physionomie d'une manière imposante. Il acquérait alors cet air de résolution et de fierté qui révèle un grand caractère ; mais il aurait fallu plus d'expérience et de perspicacité que je ne me suis jamais piqué d'en avoir, pour deviner un conspirateur dans cet ange aux yeux bleus.

Nous ne parlions donc entre nous qu'amitié, amour, poésie, beautés de la nature réveillée, charmes de la campagne printaniére, et tout ce qui enchante un cœur jeune que le malheur n'a pas encore entièrement desséché. Cela ne dura pas longtemps. Les affaires du docteur, qui paraissaient se compliquer tous les jours, le forçaient à s'absenter souvent. L'acqui-

sition d'un vieux château dans le voisinage du Tagliamente le retint éloigné près d'une semaine, et il s'en fallait d'autant que le terme de mon rendez-vous fût échu, quand il arriva pour repartir avec Joseph, car il était cette fois accompagné de sa fille, qui descendit avec lui chez un ami. Nos adieux furent tristes, et cependant je cherchais à les prolonger. Il m'en sou\ient, Joseph et mol, nous avions peine à nous quitter, quoiqu'il sourit avec une sorte de malice à l'idée de notre séparation éternelle, et nous marchions encore bien tard, les bras entrelacés, à la lueur des llambeaux qui éclairaient la place et le péristyle du théâtre, parce que c'était pour le psuple un jour d'ivresse joyeuse et de bruyante gaieté, ce jour du carnaval qui a conservé longtemps tout son attrait dans les Etats vénitiens. Je me doutais à peine de ce spectacle, moi, pauvre jeune homme que dix verrous tenaient reclus à Paris pendant ces fêtes éblouissantes des riches et des heureux de la cour impériale, que madame la duchesse d'Abrantés a décrites .ivec tant de naturel et de grâce; mais il devait avoir un aspect particulier à Trieste, où il faisait foisonner sous les colonnades et à travers les illuminations cette partie

casanière de la population qui est aussi un spectacle : les Grecs, les Albanais, les Turcs, dans leurs vêtements si variés et si pittoresques ; les jolies filles juives qui percent d'oeillades si ardentes et si acérées les anneaux coquets de leur noire chevelure; celles d'Istrie, qui s'enveloppent presque tout entières dans leurs longs voiles blancs, et le pavsan du littoral luimême, avec ses rubans flottants et sa toilette d'opéra, que la saison permettait ce jour-là, car la soirée était aussi tiède qu'une des plus belles du mois de mai. Je n'ai pas besoin de le dire à ceux qui se souviennent comme moi du carnaval de Trieste en 1809, si quelqu'un s'en souvient : c'était une féerie.

Une femme en domino s'était emparée de ma main, et c'était une femme, car j'avais touché la sienne. J'oserais dire qu'elle devait être fort jolie; on sait si bien cela ! Joseph, qui s'était entretenu avec nous, avait profité de ce de préoccupation pour s'éloigner, et je n'en étais véritablement pas fâché, car le dernier mot de cette dernière entrevue me coûtait beaucoup à lui dire. La conversation de cette inconnue absorba bientôt d'ailleurs toutes mes pensées. Un

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mystère incompréhensible l'avait fait lire clans ma vie. Le moi qu'elle connaissait ne pouvait être connu que d'elle dans ce pays, où j'étais presque étranger à tout le monde, et mon cœur palpita de plus d'étonnement que de frayeur quand elle me dit adieu sous mon nom, qui ne pouvait être arrivé même à Venise que par la correspondance de mes amis les plus secrets. J'étais sûr que Diana ne l'avait jamais entendu prononcer, — à moins que ce ne fût par... — mais Diana était plus grande.

Elle s'échappait : je la retins. La fascination du masque, de la tournure, de la voix, s'était augmentée en un moment de tout ce qu'il y a de saisissant et d'extraordinaire dans une apparition, dans un rêve !

a Je vous suivrai partout, — ra'écriaije, — ou bien je vous retrouverai si vous essayez de me fuir ! n

Elle s'arrêta.

« Pourquoi pas ? — dit-elle en riant ; — mais ce serait un peu loin peut-être, et ce ne serait qu'un seul jour. Ètes-vous décidé à me rejoindre partout où je serai... le jour de Sainte-Honorine ?

— Attendez, attendez, madame ! le jour

s» MADEMOISELLE DE MARSAN

de Sainte-Honorine? Oh! cela n'est pas possible ! mon honneur y est engagé !

— Adieu donc, — reprit-elle en dégageant ses doigts des miens; — allez où votre honneur vous appelle!...

— J"irai ! mais ne pourrais-je savoir au moins où je vous reverrais ce jour-là, s'il m'était permis de vous y chercher?

— Où vous me reverriez?... Je le veux bien. Dans la chapelle placée sous l'invocation de ma sainte patronne, à l'église de Codroïpo, quand le prêtre aura donné 1.1 bénédiction de la première messe. »

Lorsque je revins à moi, elle s'était cachée dans la foule. Ce rendez-vous, c'était celui que j'avais reçu de Mario Cinci.

Quelques jours s'écoulèrent en nouvelles et solitaires promenades; mais, le jour de Sainte-Honorine, j'étais déjà depuis longtemps arrêté devant la façade de l'église de Codroïpo, quand les portes s'ouvrirent.

Le soleil se levait à peine ; la nef était encore humide et noire. Quelques lampes qui avaient veillé toute la nuit indiquaient seules la chapelle de la sainte; le sacristain achevait de l'illuminer.

Je n'étais pas dévot, mais j'étais pieux, et jamais une aventure de «jalantcrie.

un caprice de volupté, ne m'aurait distrait dans un temple de la profonde émotion que m"inspire la maison de Dieu, surtout quand elle est vide, et que Tâme s'y trouve recueillie en présence de son Créateur et de son Maitre. J'avais d'ailleurs interprété d'une autre manière qu'on est porté à le faire en Italie ce second ajournement.

J'étais placé sous l'empire d'une association immense, qui pouvait compter des femmes au nombres de ses affidés les plus intelligents et les plus actifs, et ressaisir à propos un adepte tiède ou découragé par les illusions les mieux appropriées à son âge et à son caractère. Je dois dire à mon honneur que je n'en avais pas douté un

J'entrai donc dans la chapelle sans y porter d'autre dessein que de prier et d'y offrir au ciel le sacrifice de mon aveugle dévouement pour je ne sais quelle parole qui m'avait lié par des sentiments généreux à cause de la vieille foi et des vieilles libertés. Mes yeux eurent bientôt parcouru l'étroite enceinte. J'étais seul; le sacristain était sorti, le prêtre n'était pas venu, mais le tableau de l'autel resplendissait de son éclat de fête ; c'était une heure imposante, un lieu solennel, un

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beau spectacle pour un chrétien ; et, toutes les fois que le malheur s'est appesanti sur moi, ou que la solitude m'a rendu à moimême, je me suis retrouvé aussi sincèrement chrétien que dans les bras de ma mère, quand elle me passait avec orgueil une longue veste de toile d'argent, à compartiments de verroterie rouge et bleue, pour aller recevoir la première fois le bienfait de l'eucharistie, à la paroisse de Saint-Marcelin. — Cette effusion finie, je regardai le tableau : sainte Honorine condamnée à mourir de faim dans un cachot, pâle, échevelée, palpitante, offrant dans ses traits le mélange de la douleur humaine et d'une divine résignation, mais tendant vers moi des bras suppliants, comme pour implorer un secours. Ses yeux avaient des regards, ses lèvres des mouvements. Qu'elle était touchante et sublime!...

Ce qui me frappa davantage cependant, c'est une de ces ressemblances qu'on est si porté à trouver quand on aime, une ressemblance poignante et mortelle dans la situation où elle avait été saisie, le portrait de Diana ! Heureusement cette image merveilleuse n'était que le chef-d'œuvre de PorJenone.

J'avais froid. Je souffrais de cette émotion, vive comme la réalité. Je me levai ; je marchai sans projet dans la chapelle, dans Téglise, où les rayons du jour commençaient à percer les vitraux et à trembloter sur les murailles. Personne ne se mouvait ni en dedans ni en dehors. Le seul bruit qui troublât le silence des voûtes, c'était celui de mes pas qui retentissaient sur les pavés. Je cherchai à gagner la porte; je m'appuyai en grelottant sur un baptistère qui est placé à l'entrée. J'écoutai, je crus entendre, j'entendis des gémissements, sans savoir s'ils venaient de la chapelle ou du parvis ; mais je crus un instant que c'était encore la sainte qui pleurait d'angoisse et de faim. Impatient de m'affranchir de ce prestige qui troublait ma raison, je franchis les degrés d'un élan. Les pleurs, les gémissements, me poursuivirent dans la rue, déjà entièrement éclairée par le soleil ; je me retournai vers le portail, où j'avais été devancé par mon fidèle Puck, qu'un sentiment de compassion plus qu'humain appelait, caressant et consolant, partout où il entendait des plaintes. Je vous ai parlé de Puck.

Je vis alors une petite fille de treize à quatorze ans, fraîche et jolie comme une

rose, et dont les yeux devaient avoir un charme incomparable, quand ils n'étaient pas noyés par des larmes. Elle était assise au haut du grand escalier, près de la porte où je venais de passer, et, le menton appuyé sur sa main, le coude sur son genou, ses cheveux blonds abandonnés à l'air, la pauvre enfant sanglotait amèrement en regardant un petit éventaire déposé devant elle, et que recouvrait un linge plus blanc que la neige.

n Pauvre Onorina ! » disait-elle...

Au bruit que fit mon chien en s'élanç.int de son côté, elle changea d'attitude, et, la vue arrêtée sur moi, elle s'écria subi-

« Achetez, monsieur, achetez ma belle lazagnc ! étrennez , étrennez la petite marchande. »

Je remontai deux ou trois degrés, et je m'assis un peu au-dessus d'elle.

« Qii'avez-vous donc à pleurer, chère petite, puisque votre corbeille est pleine, et qu'il ne parait pas qu'il lui soit arrivé d'accident ?

— Achetez, monsieur, achetez ma belle lazagne ! Il n'y a pas de meilleure lazagne à Venise ! »

Et elle essuvait ses veux du bout de ses

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jolisdoigts, pour paraître plus engageante.

« Je vous demandais, mon enfant, la cause de votre chagrin, et ce qui pourrai: le soulager. Répondez-moi avec confiance.

— Oh ! du chagrin, monsieur, j'en ai beaucoup ! — Achetez, monsieur, achetez ma belle lazagne ! — Il faut vous dire que c'est aujourd'hui la fête de sainte Honorine, ma patronne, et que toutes les jeunes filles de Codroïpo, dans leurs plus beaux habits de fête, vont accompagner sa châsse à la procession... une châsse superbe, garnie de longs rubans, et chacune d'elles en tient un qui est assorti par sa couleur aux rubans de sa parure. Ah ! cela est bien beau à voir ! — Achetez, monsieur, achetez ma belle lazagne ! — Ensuite il y en a quatre qui portent deux à deux de grands paniers pleins jusqu'au bord de violettes, de primevères et de toutes les fleurs de la saison, et qui s'arrêtent de loin en loin pour en jeter par poignées sur la châsse de sainte Honorine. — Et ce sont les plus sages, les plus jolies, et celles qu'on regarde le plus. J'étais une des quatre l'année passée, et je n'ai mis que ce jour-là ma belle robe de toile de Perse à bouquets. Achetez, monsieur, achetez ma bonne l.Azagne !

M ARSAK

— Mais la o Oiiorina ! Et pourquoi ne metlez-vous pas aujourd'hui votre belle robe de toile de Perse à bouquets ?

— Pourquoi, monsieur, pourquoi? C'est pour cela que je pleure. Mon père s'est remarié, et ma belle-mère m'a dit ce matin, quand je lui ai demandé ma robe : i< Il vous sied bien, petite effrontée, de Il vouloir vous parer comme la châsse de « sainte Honorine avant d'avoir com- II mencé votre journée ! On vous donnera Il la robe que vous demandez, si vous Il avez vendu votre lazagne à l'heure de la procession. » Achetez, monsieur, achetez ma bonne lazagne ! »

Et elle recommença de pleurer.

Il Calmez-vous, mon enfant, il y a des remèdes à tout, et vous avez encore le temps d'aller prendre votre place de l'an née passée auprès d'un de ces grands pa niers qui sont pleins jusqu'au bord di violettes, de primevères et de toutes le fleurs de la saison. Je vous jure que vou

— Ah ! vraiment, je n'en aurais pas et' en peine, — reprit-elle, — du temps du seigneur Mario Cinci. Il venait tous les mois depuis longtemps s'approvisionner à

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Codroïpo pour sa maison et pour ses pauvres, et depuis deux mois il y venait jusqu'à deux fois par semaine; il emportait toute ma lazagnc, et ne s'en allait jamais sans me laisser quelque bague, quelque petit bijou, et sans me dire, en me frappant doucement la joue : « Sois sage, « Nina, sois sage, ma belle, et tu feras « un jour quelque bon mariage, car tu es « vraiment aussi gentille que ta pauvre « mère. »

— Eh bien, chère Onorina, vous avez : -.aintenant deux raisons de vous consoler u: de vous réjouir, puisque Mario Cinci v.i arriver.

— Comment arriverait-il, — s"écria-telle, — puisqu'il est mort?...

— Mario est mort !

— Vous le connaissez et vous ne e savez pas ! Il y a quinze jours, il était là où vous êtes, et, contre son ordinaire, il avait passé la nuit à Codroïpo chez son ami le riche docteur Fabricius, pour faire ses dévotions le matin. Je lui vendis toute ma lazagne. — Achetez, monsieur, achetez ma bonne lazagne.

— Elle est achetée. — Continuez.

Nina, je vous en prie, et je ne vous retiendrai plus. »

Ses yeux s'éclaircirent ; ils rayonnèrent. Le contraste que faisait avec la nature de son récit cette innocente joie de jeune fille, si heureuse de mettre une robe de toile de Perse à bouquets, me serra vivement le cœur. Je déposai un sequin sur son éventaire, et je l'écoutai depuis sans la regarder.

« Vous me donnez beaucoup trop, monsieur, et je ne saurais comment changer...

— Je vous donne trop peu, Onorina ; mais continuez, continuez seulement!...

— I.a nuit avait été bien mauvaise ; qu'importe ! Rien ne pouvait arrêter le seigneur Mario quand il avait mis quelque chose dans son esprit. « Il f-iut que « je traverse le torrent quelque temps <i qu'il fasse, — dit-il au docteur, — j'ai « des raisons pour cela ; d'ailleurs, je « reviendrai bientôt, et, si j'étais retenu, « les renseignements que je vous ai donci nés vous permettent de vous passer de 11 moi. )i Hélas ! il ne revint pas, et il ne reviendra jamais !

— Et encore, apprenez-moi du moins, Onorina, comment cela est arrivé...

— Je vous dirai, monsieur, ce que j'en ai entendu dire. Tous les jours

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