OBSERVATIONS
OBSERVATION I (M. Fleury).
Septicémie sub-aiguë à streptocoque viridans avec splénomégalie, érythèmes, arthralgies. Guérison au quarantième jour après ouverture d’un foyer pyorrhéique par extrac-
tion d’une dent de sagesse.
Le 16 août dernier, je fus appelé auprès de Mne G..., atteinte depuis quinze jours d’un état fébrile grave.
Agée de 42 ans et habituellement bien portante, hormis quelques troubles menstruels et vaso-moteurs qui semblent le fait d’une ménopause précoce, Mme G... fut prise à la campagne d’un mal de gorge vers les derniers jours de juillet. Elle souffrait de douleurs articulaires, et des éléments éruptifs sont apparus. La température prise très irrégulièrement, a souvent dépassé 399 et les sueurs étaient fréquentes.
C’est vers le 16€ jour de sa maladie que je l’examine. L'aspect général traduit une certaine fatigue, mais il ne paraît pas y avoir d’amaigrissement et le teint est resté assez clair. La température est de 3995. Le pouls, régulier et un peu mou, bat à 132. Au voisinage des genoux et sur
la cuisse gauche on trouve quatre placards éruptifs : rouges
et ne s’effaçant pas à la pression, de contours irréguliers, larges de 3 à 5 em., modérément infiltrés, indolores. Un élément analogue apparu au début de la maladie et desquamant légèrement se voit au dos de l’annulaire droit. Il n’y à pas de panaris d’Osler. Les articulations des genoux sont douloureuses, mais leur aspect extérieur et leur mobilité sont normaux. L’abdomen est souple, le foie normal, le rein droit abaissé et palpable. La rate est aisément palpable. Les bruits du cœur sont clairs ; il n’y a pas de souffle. Les poumons sont normaux. La gorge est rouge, et quelques mucosités sont visibles sur le fond du pharynx. La langue est humide. Il existe une tendance à la constipation. l
Peut-être faut-il voir dans la pharyngite le point de départ de cette septicémie. On prescrit du salicylate de soude, des injections camphrées, des badigeonnages antiseptiques de la gorge.
Le lendemain la fièvre descend à 3804. On surseoit à l’hémoculture qui à peu de chance de pousser, les urines examinées au laboratoire de M. Guerbet contiennent avec des traces d’albumine, quelques cylindres granuleux, des leucocytes, de rares hématies et des cellules épithéliales. Je demande de la septicémine pour le lendemain.
La malade accusant des vertiges, le salicylate de soude fut diminué (puis bientôt supprimé).
L'évolution ultérieure se lit sur la feuille de température.
Du 18 août au 25 août, la température ne dépasse guère 380. Après quelques accès d’anxiété et d’agitation, l’état général s’améhiore ; la diurèse est satisfaisante, une ali-
mentation assez substantielle est possible. Seules évoluent
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9% des poussées irrégulières, des placards éruptifs qui s’effacent ou reparaissent avec le même type. La gorge devient
presque normale. Six injections intra-veineuses de septicémine sont pratiquées.
Le 26 août, la fièvre remonte à 3808. L’hémoculture en bouillon est faite à ce moment. On fait trois injections intramusculaires de néo-physiosthénine. La température atteint 3901, oscille et revient à 380.
Le 28 août, M. Guerbet nous communique le résultat de l’hémoculture : streptocoque viridans. Je fais alors cinq injections intra-veineuses de gonacrine. La température reste pendant trois jours inférieure à 3801, mais les trois
jours suivants, elle oscille de 3803 à 3902.
La gorge de la malade est maintenant tout à fait normale. Recherchant une autre origine à la septicémie, je prie mon distingué confrère et ami, le D' Minière de rechercher si les dents peuvent être incriminées. Venu le 4 septembre examiner la malade (qu’il avait déjà soignée pour de la pyorrhée alvéolaire localisée) il trouve, selon une note qu’il a bien voulu me remettre « la dent de sagesse inférieure gauche mobile et douloureuse à la pression et à la percussion. Il n’y a ni trismus ni réaction ganglionnaire. Le sillon gingivo-jugal est libre. La dent réagit normalement au chaud et au froid ».
Il ne s’agit ni de pulpite ni de gangrène pulpaire, mais d’un clapier pyorrhéique avec rétention de pus. Si l’on insère une pointe mousse au collet de la dent, on constate que la gencive est décollée et le ligament de la dent détruit sur une hauteur de 4 à 5 mm. Le stylet ramène de ce cla-
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pier pyorrhéique du pus que l’on peut d’ailleurs faire sourdre par pression du bourrelet gingival.
Etant donné l’importance de la « focal infection » dans les septicémies et la fréquence du streptocoque viridans dans les lésions dentaires, nous décidons l'extraction qui a lieu le 6 septembre sans incident, sous faible anesthésie locale « Buteline ».
Le 6 septembre, la température était restée inférieure à 380 ; le 7, elle est de 3707 le matin, 3802 Le soir ; le 8, de 3707 et 3708 ; dorénavant elle ne dépassera plus 3705. La malade entre en convalescence. La splénomégalie persistera encore une huitaine de jours, les placards éruptifs s’effacent rapidement.
Depuis cette époque, la malade reste en parfait état de santé.
Ainsi une septicémie, caractérisée par la présence du streptocoque viridans dans le sang et par un état fébrile avec splénomégalie, arthralgies, placards cutanés éruptifs, a guéri à la sixième semaine après que l’extraction d’une
dent de sagesse infectée eût ouvert un foyer pyorrhéique.
A cette observation, nous joindrons d’autres faits publiés à l’occasion du Congrès de Stomatologie de 1929 ou rapportés dans les thèses de M. Schmutz et de Mme Bruckmann.