PARUS
à l’action de la pénicilline qu’à celle des sulfamides, pris séparément » et malgré quelques échecs qu’il a enregistrés il pense que « le traitement mixte permet de vaincre la plupart des cas de pénicillo-résistance et de sulfamido-résistance. Il nécessite des doses plus réduites de sulfamides et par conséquent diminue les accidents d’intolérance... Ce traitement mixte demande des doses beaucoup moins considérables de pénicilline que lorsque celle-ci est utilisée seule ».
MULLER, dans sa thèse, arrive à des conclusions similaires. |
Indépendamment de ses avantages pratiques, ce traitement associé n’a été, en somme, appliqué qu’à des affections dont les germes pathogènes se sont avérés généralement sensibles soit à la pénicilline seule, soit aux sulfamides seuls, soit aux deux médications à la fois, mais qui sont devenues réfractaires tant à l’action des sulfamides qu’à celle de la pénicilline, employés séparément pour des causes multiples relevant de la nature de ces affections elles-mêmes et de leurs germes ou de l'insuffisance de réaction de l’organisme ou bien de la thérapeutique elle-même et de ses effets défectueux.
En tout cas, toutes ces affections qui ont été soumises à ce traitement mixte avaient tant du point de vue théorique que du point de vue pratique quelques chances pour guérir. La supériorité incontestable et incontestée de cette méthode thérapeutique justifie pleinement l'intérêt que lui portent les médecins.
Mais il n’en va pas de même lorsqu'il s’agit d’affections qui, par la nature même de leurs germes pathogènes, se sont révélées pénicillo-résistantes et sulfamido-résistantes.
Les essais tentés pour traiter ces affections par l’association pénicilline-sulfamides sont très rares. A peine
ASE
en trouve-t-on quelques observations dans la littérature’ médicale.
M. FELD, Y. BARRÉ et B. SUREAU citent un cas de méningite à entérocoques, guérie par l’association pénicilline-sulfamides. Nous ne rapporterons que le résumé de cette observation, tiré de l’ouvrage : La pénicilline et ses applications, de R. MARTIN, F. NITTI, B. SUREAU et J. BERRODL.
« Nous avons eu l’occasion de traiter et de guérir, avec M. FELD et Y. BARRÉ, une méningite à entérocoques. Il s'agissait d’une affection évoluant lentement d’une facon presque torpide, et survenue à la suite d’une intervention pour arachnoïdite de la grande citerne consécutive à un traumatisme : malgré un traitement sulfamidé énergique (10 gr. de sulfamides par jour pendant 10 jours, injections intrarachidiennes quotidiennes de 20 cc. d’une solution à 0 gr. 85 %) nous ne constatons aucune amélioration. C’est alors que malgré la pénicillo-résistance classique de l’entérocoque, nous avons associé au traitement sulfamidé un traitement local pénicilliné (2.000 puis 1.000 unités par voie intrarachidienne par jour) qui amena la guérison en 8 jours, les sulfamides avaient été interrompus au cours du traitement à la suite d’une hématurie. Il nous a paru intéressant — concluent-ils — de noter ce cas d’un germe qui sulfamido-résistant d’une part, pénicillorésistant de l’autre, a cédé à l'association des deux médicaments à doses faibles (le malade a recu en tout 12.000 unités de pénicilline ».
GIROIRE, BOQUIEN et CHARBONNEL-MONTEL citent aussi un cas de méningite à entérocoques, post-rachianesthésique sulfamido-résistante guérie par la pénicilline.
Dans ce cas, les auteurs ont employé la pénicilline à hautes doses (80.000 un. O. par voie intramusculaire et 20.000 un. O. par voie intrarachidienne par jour pendant 6 jours) aussitôt après le traitement sulfamidé qui
n’avait pas donné le moindre résultat. On ne peut pas dire que ce traitement ait été un traitement réellement associé. La pénicilline n’a pas été employée en même temps que les sulfamides, mais elle l’a été presque aussitôt après ceux-ci et son action heureuse ne se fit pas longtemps attendre. On peut supposer que l’action curative de la pénicilline qui à elle seule n’est pas capable, autant que les sulfamides, de triompher in vitro de l’entérocoque, a été in vivo en quelque sorte préparée par les sulfamides. La résistance de l’entérocoque fut vainvue par l’action synergique de ces deux médications.
La guérison de ces deux cas d’affections à entérocoque ajoutée à celle de nos deux cas d’affections à pneumobacille nous montre que des germes pathogènes, en l’occurrence le pneumobacille et l’entérocoque, l'un et l’autre in vitro résistants tant aux sulfamides qu’à la pénicilline, peuvent cependant être vaincus dans les milieux naturels de l'organisme humain par l’action synergique de ces deux médications associations.
” L'association. pénicilline-sulfamides efficace dans bon nombre de çcas devenus sulfamido-résistants ou pénicillo-résistants peut également donner de beaux résultats thérapeutiques dans les affections classiquement insensibles à chacun de ces deux médicaments pris séparément.
Par quel mécanisme arrive-t-elle à enrayer ces affections et en l'occurrence les affections à pneumobacille et à l’entérocoque ?
En nous inspirant de quelques notions que nous avons précédemment exposées, nous voudrions avancer l'hypothèse suivante pour expliquer ce mécanisme :
La pénicilline ainsi que les sulfamides passent pour être généralement inactifs vis-à-vis de certains germes parmi lesquels figurent le pneumobacille de Friedländer et l’entérocoque. Or les expériences in vitro et in vivo chez l’animal ont montré que ces deux médica-
LE MTS
ments ne sont pas absolument inactifs mais qu’ils sont capables de manifester une certaine activité bien que très faible à l'égard de ces deux germes.
La pénicilline, d’après les listes publiées par ABRA- HAM, CHAIN, FLOREY et coil. en 1941, peut à une dilution inférieure à 1 : 1.000 produire une inhibition partielle ou complète du pneumobacille et n’en produit aucune à une dilution égale ou supérieure à 1 : 1.000. Elle est donc capable, à de très fortes concentrations, d'exercer un effet inhibiteur sur ce germe.
Elle inhibe, de même, à de fortes concentrations, la croissance de l’entérocoque qui est, selon FLEMING; BOoRNSTEIN, MAC KEE et RAKE, généralement insensible à son action. HELMHOLTZ et SUNG, étudiant 24 souches de j’entérocoque, le trouvent relativement sensible, mais 60 fois moins que le staphylocoque doré.
Les sulfamides, d’après les études expérimentales de FEINSTONE et coll.; SESLER et SCHMIDT, donnent dans les infections provoquées chez la souris à l’aide du pneumobacille de Friedländer certains pourcentages de survie : la sulfanilamide en donne 2 %,.la suifapyrazine — 6 %, le sulfathiazol — 2 %, la sulfadiazine et la sulfapyrazine 74 % environ.
Donc, si minime que soit l’activité antibactérienne des 3 premiers corps sulfamidés vis-à-vis du pneumobacille, elle n’en est pas moins réelle. Le nombre d’animaux survivants, si faible qu'il soit, montre que les sulfamides, généralement inactifs contre le pneumobacille, sont, dans une certaine mesure, néanmoins capables de les protéger contre les infections dus à celui-ci.
D'autre part, il est également établi que l’intensité de l’action bactéricide du sang est proportionnelle à sa concentration en pénicilline ou en sulfamides. Ces substances ajoutées au sang exaltent de facon extraordinaire le pouvoir bactéricide de ce dernier et cela d’au-