‹ Infini et quantité: Étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciencesChapitre 10 sur 63 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

L'argument principal en effet, celui qui domine tout Je débat, et seul donne aux faits une valeur démonstrative, est celui-ci : Comment des parties indéterminées en nombre composeraient - elles un tout déterminé? Gomment ce tout existerait-il, si les éléments qui doivent le constituer ne pouvaient parvenir à l'existence?

Certains chimistes philosophes, M. Dumas et M. Wurtz entre autres, tout en proclamant l'absolue nécessité de résoudre les corps quels qu'ils soient en unités d'un certain ordre, hésitent à croire que ces unités se résolvent elles-mêmes en un nombre défini d'éléments ultimes. Les équivalents n'ont donc à leurs yeux qu'une valeur relative. Ils représenteraient des groupes déterminés quant à leur nombre, indéterminés quant à leurs parties intégrantes. La molécule selon M. Dumas ^, l'atome selon M. Wurtz ^, seraient seuls soumis aux formules de la chimie; au delà commencerait l'inconnu. Cette opinion, quelle que soit l'autorité des savants qui Pont émise, est loin, ce semble, de donner pleine satisfaction à la pensée. Comment certains éléments se trouvent-ils soustraits aux lois de la chimie, sans l'être également à celles de la divisibilité physique? Et puis, lorsqu'à tous les degrés de l'investigation scientifique, si loin qu'on la pousse, la nature nous montre le déterminé et le fini, pourquoi vouloir qu'elle cache rindéfîni sous ses derniers voiles? Conçoit-on qu'elle travaille sur deux plans différents, opposés même, selon que son activité s'exerce ou ne s'exerce pas sous nos yeux ? Et enfin, si elle le fait, comment parvient-elle à donner une apparence d'unité à des œuvres aussi discordantes, à réconcilier les contraires, à créer avec le négatif le positif, avec l'inachevable l'achevé?

D'ailleurs, sur ce terrain difficile et où nous ne craignons que trop que l'on conteste notre compétence, nous pouvons opposer les autorités aux autorités. M. V. Regnault et après lui l'illustre professeur du collège de France M. Ber-

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