‹ Infini et quantité: Étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciencesChapitre 31 sur 63 · L*ESPACE ET LES AUTRES QUANTITÉS · texte numérisé non relu

L*ESPACE ET LES AUTRES QUANTITÉS

loi invariable de l'espace déterminé en lui-même ou de l'espace objectif. C'est une conséquence que laisse entrevoir comme possible, sous une forme paradoxale, il est vrai, le grand logicien anglais Stuart Mill ^.

« Nous n'avons jamais perçu, dit-il, un objet ou une partie de l'espace, sans qu'il y eût encore de l'espace au delà, et, depuis le moment de la naissance, nous avons toujours perçu des objets ou des parties de l'espace : comment donc ridée d'un objet ou d'une partie de l'espace pourrait-elle ne pas s'associer inséparablement à l'idée d'un nouvel espace au delà 1 Chaque instant de notre vie ne peut que river cette association, et nous n'avons jamais trouvé une seule expérience tendant à la rompre. Dans les conditions actuelles de notre existence, cette association est indissoluble; mais nous n'avons pas raison de croire que cela tienne à la structure originelle de nos esprits :. nous pouvons supposer que, sous d'autres conditions d'existence, il nous serait possible de nous transporter au bout de l'espace, et que, après y avoir pris connaissance de ce qui s'y trouve par des impressions d'une espèce tout à fait inconnue dans notre état présent, nous deviendrions à l'instant capables de concevoir le fait et de constater sa vérité; après quelque expérience de l'idée nouvelle, le fait nous semblerait aussi naturel que les révélations de la vue à un aveugle guéri depuis assez longtemps pour que l'effet d'une longue pratique les lui ait rendues familières. »

Ce voyage a au bout de l'espace » dont Mil! nous entretient avec un accent d'aventureuse témérité qui fait penser au génie de sa race, la raison peut, dès Texistence présente, le faire à toute heure et impunément ; il sufSt de ne point gêner son essor. Pour cela, il faut écarter les fantômes que l'imagination lui présente, et mourir, si l'on ose dire, à ces associations fortuites et empiriques d'après lesquelles se règle le cours ordinaire de la vie. Même au point de vue purement spéculatif

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