CHAPITRE H Angleterre
Suspensioa des payements en espèces en 1797. Repiise en 1821. Absorption des ressources de la Banque d'Angleterre par l'Etat en guerre. De'sorganisation du change. Lettres de Ricardo. Rapport du Bullion Committee, iSiO. Résistance des partisans du papier monnaie. Avantages de la reprise des payements en espèces et du retour à la bonne monnaie.
En 1793, au moment de l'explosion de la guerre avec la France, la monnaie légale en Angleterre était la livre sterling interchangeable avec 8 gr, 22 carats d'or (11/12« de fin). L'or était acheté à raison 3 £ 17 sh. 6 pence par la Banque d'Angleterre; la frappe en était libre. L'exportation de la monnaie ou des lingots résultant de la refonte était normalement interdite, la défense n'était guère observée.
IXFLATIO:-. ^
30 LES EXPÉRIENCES INFLATIONNISTES
Les pièces d'argent avaient force libératoire jusqu'à £ 23: au dessus de £ 25^ seulement par pesée et comme elles étaient fort usées, personne ne songeait à s'acquitter à raison de 5 sh. 2 pence l'once : la perte eût été trop forte. Les billets n'avaient pas force libératoire.
Il circulait librement à Londres et dans les environs des billets de £ 10, 20 et davantage, émis par la Banque d'Angleterre, portant engagement de rembourser en or sur demande, au porteur. En dehors de ce rayon métropolitain, il circulait des billets semblables émis par deux cents banques comptant au plus six associés. Les coupures ne descendaient pas au-dessous de £ 5, à cause de la défense édictée en 1777. La Banque d'Angleterre même n'avait créé de billets de £ 10 que depuis 17o9. Elle avait en circulation 12 millions £ de Ijillets. On ignore le chiffre de la circulation des banques de province. On croit qu'il se rapprochait de ce montant. Il y aurait eu en Angleterre de 20 à 'AQ millions £ en or dont une grande partie était tiiésaurisée. Les faillites de banques provinciales étaient fréquentes. La Banque d'Angleterre flottait entre une grande libéralité et les restrictions do crédit relie adoptait souvent l'une et les autres à contre-temps. La fixation du maximum d'intérêt à 5 0/0 gênait le libre jeu de l'escompte.
L'approche de la guerre en 1792-93 amena des perturbations : pour y obvier, le gouvernement offrit de prêter cinq millions £ en bons de l'Echiquier, dont il ne fut pris que 2.200.0U0 £.
ANGLETERRE ol
Les deux premières années do guerre se jDassèrent sans encombre. En 1794, la Banque se plaignit des demandes excessives d'uvances à l'Etat. Les dépenses progressèrent de 11 millions en 1792 à 24 millions en 1794, 57 en 1796, alors que les recettes ne dépassaient pas 20 à 21 millions. Voilà la source des maux à venir. L'Etat et les particuliers se livraient à des dépenses croissantes qu'une taxation rigoureuse aurait endiguées pour les particuliers.
En 1794, l'encaisse de la Banque était de 7 millions £, ses engagements de 18 3/4 millions, dont 103/4 représentés par des billets. En 1796, l'encaisse descend à 2 millions et demi, les engagements sont de 16 millions. En février 1797, l'encaisse est de 1.100.000 £, les billets de 9,7 millions, les dépôts de 4,9. Le conseil de la Banque informe Pitt que la situation est désespérée. Pitt réunit le 2(i février le Roi, le lord chancelier et quelques autres grands personnages, membres du conseil privé qui intiment l'ordre à la Banque de cesser le payement en espèces, sous réserve de l'apprubation du Parlement.
Le lendemain lundi, la Banque d'Angleterre affiche dans ses bureaux un avis rassurant^ affirmant que sa situation est très forte et qu'elle conlinuera à escompter librement, en remettant des billets.
L'après-midi une réunion de marchands et de bauquiers de la City vote une résolution d'accepter les billets en pn.yoment; elle fut signée de quatre mille personnes.