‹ Inflation et déflationChapitre 16 sur 74 · OZ LES EXPERIENCES INFLATIONNISTES · texte numérisé non relu

OZ LES EXPERIENCES INFLATIONNISTES

Malgré l'opposition de Fox qui prédit qu'il en serait des billets de la Banque d'Angleterre comme des assignats, le Parlement confirme par une loi, nommée le Bank Restriction Act et votée le 3 mai 1797, l'ordonnance en conseil du roi George III, du 26 février. Elle devait rester en vigueur jusqu'au 24 juin: elle dura de 1797 à 1821. Trois jours auparavant, l'émission de billets audessous de o £ jusqu'à 1 £ avait été autorisée. L'or disparut. Comme il y avait peu de pièces d'argent, pour les payements inférieurs à 1 £, on s'aida en frappant de l'effigie du roi, des dollars étrangers et en faisant émettre par la Banque des pièces divisionnaires de 5 sh.

En 1797, le billet ne fut pas pourvu de la qualité de légal tender. En 1914, force libératoire fut donnée aux billets de la Banque et aux Treasunj Notes. Le remboursement en or, supprimé en 1797, fat maintenu au moins nominalement en 1914. Ceux qui se sont obstinés à réclamer de l'or à la Banque, se sont rendus suspects de poursuivre un objet illégal, comme la refonte,

La suspension du remboursement en espèces ne fat pas sans amener quelques troubles, notamment en Ecosse, parmi les agriculteurs et les classes les moins aisées. D'autre part, elle eut un eiïet moral. Le chancelier de l'Echiquier s'efforça de comprimer les dépenses et de renforcer les recettes par l'impôt. En 1810, l'écart ne fut plus que do 9 millions entre 70 millions de dépenses et 07 de recettes. La Banque aurait pu reprendre;

quelques mois après la suspension, le remboursement de ses billets, mais le gouvernement, pour des raisons politiques, ne voulut pas y consentir. Il entendit conserver ce moyen commode et funeste de trésorerie. La nouvelle loi ne limitait pas l'émission fiduciaire. La leron des assignats avait fait une grande impression. La Banque n'abusa pas du droit. Cependant elle eut le tort de ne pas se guider d'après les cours des changes et la valeur de l'or. Elle n'eut pas de vues générales. Elle se borna^ dans l'escompte et les avances, à examiner chaque cas séparément. Progressivement la circulation alla de 9,7 millions en 1797, à 2i,8 en 1810, en même temps que les escomptes montaient de 5,1 à 23,8 millions. L'écart entre la livre papier et l'or ne fut d'abord pas considérable; en 1809, il augmente : le prix de l'or monte à 90 sh. au lieu de 77. En septembre 1809, Ricardo publia dans le Morning Post une série de lettres sous ce titre : High Price of bullion a proof o/ Ihe dépréciation of banknoles^. « Aussi longtemps, dit-il, que la circulation consiste exclusivement en pièces d'or et d'argent ou en papier immédiatement convertible en monnaies, sa valeur ne peut ni s'élever au-dessus ni tomber au-dessous de la valeur de la circulation métallique des autres pays, pour une somme plus grande que celle qui suffirait à payer les dépenses de transport pour importer les pièces

1. Le haut prix de la monnaie d'or et dargent prouve la, dépréciation des billets de banque.

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éiraugéres ou le métal, si la circulation faisait défaut ou à payer les frais d'exportation en cas d'excédent de circulation intérieure. C'est ce taux de change qu'on appelle le gold point (point de l'or).

Quand un pays émet des billets en papier incon-vertibles, ils ne peuvent être exportés dans les autres contrées; s'ils sont en trop grande abondance dans le pays, le change avec les Etats étrangers tombe au-dessous ou le prix de la monnaie s'élève au-dessus du prix de la monnaie légale, dans des proportions plus grandes que le prix de transport. C'est la preuve qu'il y a eu une trop grande émission de papier et Ricardo conclut :

« La seule garantie légitime que le public peut posséder contre la Banque est l'obligation pour elle, de rembourser ses billets en espèces, et on ne peut obtenir ce résultat qu'en diminuant le chiffre de leur circulation jusqu'à ce que le prix de l'or soit abaissé au prix de la monnaie. »

Le prix de l'or à la Monnaie de Londres était identique au prix actuel ; le standard gold (l'or type) aux onze douzièmes de fin devait être frappé, sans aucun frais, on pièces de monnaie valant £ 317 ;-. 10 1/2 d. par once. Or, le prix de l'or standard, vers la fin de 1808 et pendant l'année 1809, s'était élevé à £ 4.9 sh, — et à 4.12 sh. par once. Le prix moyen du marché était de C 4,10 soit 13,50 0/0 audessus du prix de la monnaie.

Le prix de l'argent était aussi do 10 à 13 0/0 audessus du prix de la monnaie.

ANGLETERRE 5o

Le change avec la Hollande était, pendant la seconde moitié de 1S09 et pendant les trois premiers mois de 1810, de 1(> à 20 0/0 au-dessous du pair.

Avant 1797, le total des billets émis par la Banque d'Angleterre était t 10 à 12 millions; en 1798, il s'éleva à C 13.300.000; en 1802, à il 17 millions; en 1809, à £ 19.100.000.

La dépréciation du billet fut de 8 1/20/0 en 1801, de 7 1/4 0/0 en 1802, aux environs du pair de 1803 à 1809, de 13 0 0 en 1810, de 20 on 1812, de 22 en 1813, de 23 en 1814, de 19 en 1815, de 16 en 1816, elle redescend à 2 1/2 en 1817-18 remonte en 1819 à 4 1/2, et disparait graduellement. Les prix des marchandises avance jusqu'en 1814 où ils sont de 70 0/0 supérieur à ceux d'avant la guerre.

Le 1" février 1810, Francis Horncr. demande à la Chambre des communes de réclamer des tableaux indiquant la circulation des billets et le commerce de l'or, et propose la nomination d'un comité denquéte. Celui-ci travailla pendant plusieurs mois, entendit de nombreuses dépositions et présenta un rapport qui tut rédigé principalement par Horner, Huskissonet Thornton. Ce rapport du Bullion Coiiimittee constitue un document de la plus haute importance. C'est une pièce de référence '.

Kn voici les grandes lignes :

1. Sir Francis Baring attribua le mauvais état du change aux restrictions du commerce avec le Continent et à l'accroissement de la circulation de papier qui amenait une diminution de la monnaie métallique.

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« Le prix de l'or a été si élevé et le change sur l'étranger si défavorablennent bas, qu'on peut considérer qu'il y a quelque chose d'anormal dans la circulation monétaire nationale. Le comité a demandé à des négociants compétents la cause de ces phénomènes.

« Beaucoup de déposants sont d'avis qu'une demande inaccoutumée d'or sur le Continent en a été la cause, mais on ne remarque pas de hausse du prix de l'or à l'étranger. En admettant l'existence de cette demande, elle n'a pas amené la hausse de l'or en Angleterre. Le métal jaune n'est pas rare, son pouvoir d'achat n'a pas augmenté ici.

« Le principe de la frappe monétaire anglaise est de maintenir l'équivalence de valeur entre l'or brut et l'or monnayé. Les lois contre la refonte et l'exportation de la monnaie ont pu troubler ce principe. Cependant avant 1797, il était impossible (ju'un écart de valeur se produisit entre le lingot et la pièce d'or. Depuis 1797, l'étalon quel (ju'il fût, a été exposé à des variations par un excès de billets non remboursables en monnaie d'or, susceptible dêtre exporté.

« Quant à la dépression des changes, quelques déposants en voient la cause unique dans la situation du commerce extérieur. Un négociant éminent a confirmé le principe que, sous le régime de la libre convertibilité du billet en or et la libre exportation des métaux précieux, la diHérence du change no peut pendant longtemps dépasser le coflt du transport et de ra>;surance d'un pays à l'autre.

L'état de la circulation explique certainement une partie de la baisse du change.

(( La politique de la Banque d'Angleterre n'a pas tenu compte du cours du change et du prix de l'or, ce qui eût été essentiel, à en juger par l'expérience des colonies nord-américaines, de l'Ecosse, de l'Irlande, de l'Angleterre.

« Avant le cours forcé, la baisse du change et le prix élevé de l'or agissaient automatiquement pour réduire les billets. Avec le cours forcé, cette action restrictive a disparu, l'émission est demeurée sans frein suffisant.

« La Banque d'Angleterre est d'avis qu'aussi longtemps que des billets sont émis seulement contre escompte de bons effets à courte échéance, la quantité de billets en circulation ne saurait être exagérée.

« Cette affirmation est exacte sous le régime de la convertibilité, elle ne l'est pas avec le cours forcé, car les billets peuvent, en ce cas^ se déprécier sans être présentés à l'échange et peuvent s'accroitre indéfiniment. Le maintien des lois contre l'usure, empêchant de relever l'escompte au-dessus de 5 0/0, rend la situation plus mauvaise. La Banque d'Angleterre voit si peu la vérité, qu'elle prétend que sa politique serait aussi efficace avec un taux plus bas d'escompte.

« Un frein automatique vaut mieux qu'un frein appliqué arbitrairement. L'erreur de la Banque d'Angleterre dans l'exercice d'un pouvoir d'émission non limitée qui n'aurait jamais dû lui cire

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concédé, estgrandement responsable delà situation actuelle en 1810.

« L'émission des billets est considérable et en voie d'accroissement. Elle n'est pas due récemment à de nouvelles avances à l'Etat, mais à l'augmentation graduelle des escomptes. La quantité des billets demandée varie avec les circonstances, l'introduction de chambres de compensation, l'état de confiance réciproque. L'existence de billets de banques de province, qui ont augmenté et qui sont échangeables en billets de la Banque d'Angleterre complique la situation. Si celle-ci continuait, l'Etat devrait participer aux bénéfices.

« La reprise des payements en espèces est le seul remède à un excès de billets. L'excès qui abaisse la valeur de la monnaie est un grand mal. La persistance du mal peut provoquer la demande de réduire la teneur en or de la pièce d'or pour ramener la parité entre le papier et l'or. Le seul remède, c'est la reprise des payements en espèce?. Les détails peuvent être laissés à la Banque, mais l'époque de la reprise doit être fixée dès à présent, avec un délai de deux ans, que la guerre continue ou non. Une panique intérieure pourrait servir de prétexte pour ajourner la reprise, mais non l'état du change étranger. »

Le fonds même du rapport, son idée maîtresse, c'est que lorsqu'un billet remboursable en espèces cesse de l'être, il peut être maintenu à sa valeur nominale seulement si la quantité émise est soumise à une limite établie en observant le prix des

métaux précieux elle cours du change. Pour avoir négligé cette doctrine, on a eu l'écart entre le billet et les 123 grains d'or du sovereign.

Le rapport fut présenté le 8 juin ISIO. La prorogation du Parlement en fit ajourner la discussion. Dans l'intervalle, Huskisson, Oiddy, Ricardo intervinrent dans la presse.

Le (> mai 1811, Horner soumit seize résolutions à la Chambre des communes, dont la quatorzième déclarait que le devoir de la Banque était de prendre en considération le cours du change et la valeur des métaux précieux en fixant la circulation des billets tant que subsistait le cours forcé; la seizième réclamait l'abrogation du non-remboursement en espèces, dans un délai de deux ans. Un débat s'engagea, il dura quatre jours. Horner, Thornton, Huskisson et surtout Canning se prononcèrent en faveur des résolutions. Elles furent repoussées par 151 voLx contre 75; l'abrogation du cours forcé dans un temps limité le fut par 180 contre 45.

Le 13 mai, Vausittart proposa dix-sept contrerésolutions, affirmant qu'il n'y avait pas d'écart entre les billets et la monnaie d'une part, le métal de l'autre : provenant non d'un excès de billets, mais de la rareté du métal précieux, il était justifié. Vansittart obtint la majorité malgré l'absurdité flagrante de ses thèses'.

1. La troisième résolution contenait toute la substance de rargumentation. Elle était ainsi conçue : « Les billets de la Banque d'Angleterre ont jusqu'à présent été, et sont, en ce moment, tenas par le public, dans l'opinion publique, à

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Il avait affirmé que les billets de la Banque (qui n'avaient pas force libératoire) étaient acceptés comme les espèces l'avaient été, sans difficultés par le public. Cette assertion fut contredite. Lord King qui, en 1803, avait écrit une brochure pour prouver la dépréciation du billet, informa ses fermiers par circulaire qu'à l'avenir il n'accepterait plus de billets en exécution de contrats portant engagement de payer en bonne monnaie légale et qu'il exigeait des guinées ou des pièces d'or portugaises de même poids ou le montant en billets suffisant pour acheter la somme en or au cours du marché.

Cette démonstration força le Parlement de voter une loi obligeant à recevoir les billets, sans toutefois prononcer le mot de légat tender,

La Chambre des Lords discuta le 2 juillet 1810 les 17 thèses adoptées le 15 mai par la Chambre des Communes. Elle se prononça contre un bill qui conduisait à l'introduction de lois imposant au pays le cours forcé d'un papier monnaie, mesure

une valeur égale à la monnaie légale du royaume et généralement acceptés comme tels dans toutes les trausactinns pécuniaires auxquelles la monnaie, est légalement applicable. »

(Janung répondit : « Je ne puis croire qu'il soit possible, avant que le vote ait été émis, qu'une assemblée composée d'hommes raisonnables puisse lui donner son approbation. Une livre d'or (453 grammes) vaut exactement 58,16 en banknotes, soit exactement 56 guinées. Or 44 1/2 guinée.'? pèsent exactement une livre. L'honorable gentleman aflirme que des j)ersonnes donnent volontiers 56 guinées pour une marchandise qu'elles pourraient avoir pour 44 1/2 guinée5. »

chargée d'injustice, destructive de toute confiance dans la sécurité des contrats et, comme Ta démontré une expérience indéniable, productive des calamités les plus fatales.

En novembre 1810, l'or valut 84 sli. 6 pence, IIU en août 1813 et tomba à 85 en octobre 1814, remonta en février 18ioà8'J; après l'évasion de Napoléon, il arriva à 110. Après Waterloo, il cota 83 en octobre 1815, 78 sh. 6 pence en 1816.

A cette époque, avec un écart seulement de 7 pence et demi entre le cours de l'or et la parité, la reprise des payements aurait dû. être facile, mais la Banque se sentait à l'aise, sous le régime delà non-convertibilité. Elle était dispensée de se préoccuper du remboursement. En outre, on se faisait des idées exagérées du montant de métal nécessaire. De 1808 à 1815, l'encaisse, qu'on appelait alors le Trésor, avait fléchi de 8 à 2 millions £. La Banque se mit à le renforcer. Elle paya jusqu'à 80 sh. l'once, ce qui équivalait à donner 1 livre 6 pence pour 1 sovereign. Il eût été plus intelligent de retirer des billets, au lieu de payer 6 pence par livre de plus que la valeur nominale du billet pour accumuler les espèces en vue ■ du remboursement.

En novembre 181G, l'encaisse étant de 8 millions £, l'or à 78 sh. 6 pence, la Banque voulut tâler le terrain. Elle se déclara prête à rembourser en or les billets de 1 et 2 livres, émis avant 1812. Très peu de billets furent présentés. En avril 1817, avec l'encaisse de 10 millions et l'or à 79, elle lit la môme offre pour tous les billets de 1 et 2 £ anté-

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rieurs à 1816. Là encore, il y eut peu de demandes. L'encaisse étant de 12 millions en septembre 1817 et l'or à 80 sh. elle offrit de rembourser n'importe quels billets antérieurs à 1817. Mais là elle fut prise, faute d'avoir tenu compte du prix de l'or et du change. De grosse quantités de billets furent présentées. Entre août 1817 et février 1819, l'encaisse lléchit de 7 millions et demi, sans qu'il y eût une réduction correspondante des billets en circulation.

La Banque montra trop de libéralité à escompter, elle réduisit ses ressources en faisant une avance à l'Etat et en distribuant de trop grosses sommes à ses actionnaires.

En 1819 des commissions secrètes des deux Chambres furent chargées d'étudier la reprise des payements. Elles conclurent aussitôt à la folie des tentatives partielles de reprises des payements. Le Parlement intordit à la Banque de continuer dans cette voie.

A cette époque, le portefeuille de la Banciue en effets de commerce était très réduit, 4 millions et demi à peine, il était grossi par les avances à l'Etal. Afin d'agir sur la circulation, il fallait réduire lu dette de l'Etat. Le Parlement, à la demande de la Banque, insista sur le remboursement de 10 millions de iJ de bons de rEclu{iuier. Le résultat en fut excellent : l'encaisse augmenta, la circulation en février 1821, se trouva au-dessous du maximum atteint en avril 1817 (20 millions contre 27 millions £), l'encaisse de 12 millions contri> 0 millions dei:.

ANGLEïfiRRR G3

A celte époque, la K^jnise du payement en espèces devint facile. L'encaisse couvrait plus de la moitié.

Le 1" mai 182i, l'échangea vue des billets contre la monnaie de métal fut repris à guichets ouverts *.

Comment se fait-il que l'émission des billets n'eût pas pris de plus fortes dimensions. D'après Tooke, dans son Histoire des pi'ix, cela est di\ au maintien du taux élevé d'intérêt à 5 p. 100. Celuici a pu y contribuer. La vérité, c'est que la Banque, dans les premières années et dans les dernières du Suspension Act, s'attendait à une prochaine reprise des payement en espèces et voulait être en mesure d'y faire face. La leçon des assignats n'avait pas été perdue. Dans la période intermédiaire, après la rupture de la paix d'Amiens, la Banque se relâcha. La discussion de sa politique, notamment par le comité de 1810, la rappela à plus de modération.

Malgré lour obstination apparente, les gouverneurs et les régents de la Banque d'Angleterre ont été sensibles aux critiques et à la doctrine établissant des rapports entro les effets d'une grosse circalation fiduciaire et le cours du change.

Le Gouvernement avait résisté h la reprise des

1. Jusqu'en mars 1819, le Conseil de la Banque se refusa I reconnaître un lien entre le retrait des billets et ramélioration du change. En 182;, sur la proposition d'un administrateur, cette opinion fut officiellement contredite. On admit que l'émission des billets devait être conduite eu prenant en considération l'état du change et le marché des roétaux précieux.

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paiements en espèces parla Banque et à l'abandon du papier monnaie. Cependant, en 1822, à la veille de la date où ces paiements devaient être repris, il eut à combattre nombre de ses amis, qui voulaient maintenir le régime du papier.

Ils avaient pour doctrine que le resserrement de la circulation était la cause de la diminution des prix :

« Ils pensaient, dit Smart \ qu'ils avaient compris la situation quand ils avaient dit que c'était le resserrement de la monnaie qui forçait les banques à renoncer à leurs vieilles facilités. S'ils étaient obligés de réduire les prix de quelque chose qu'ils voulaient vendre sans trouver d'acheteurs, ils pensaient que c'était parce que l'acheteur n'avait pas assez de pièces de monnaie dans sa poche pour payer le prix qu'ils avaient demandé. »

Un publiciste agité, Cobbett, poussa « la théorie quantitative » à son dernier degré; il dit que jamais la guerre n'avait élevé le prix du blé; c'était le papier ; la baisse du prix du blé ne venait donc pas de la saison favorable, mais du « changement dans le volume des instruments de circulation». En même temps, sans recular devant la contradiction, il prétendait que la disette des pommes de terre en Irlande provenait de la reprise des paiements en espèces. Ses articles étaient largement cités et reproduits dans les journaux de province; et VEdinburgh Review le désignait

1. Economie Annals of Ihe Ninateenth Cenlitri/, t. 11, p. S2.

comme le premier des journalistes hebdomadaires « en pouvoir et en popularité ». Il allait de meetings, en meetings, organisés par les agriculteurs, leur disant :

« Les prix tomberont au-dessous de ceux de 1793. C'est reconnu universellement, excepté par M. Webb Hall et quelques autres, que la chute des prix est due au bill de M. Peel, en un mot à la diminution de la monnaie en circulation. Qu'estce qui arrivera quand il aura son plein elïet en 1823, quand les billets de la Banque d'Angleterre n'auront pi as de cours forcé, quand les banques seront obligées de payer en or, et quand la plus grande partie de ces banques seront forcées de disparaître?

« Il n'y a de remède pour les agriculteurs qu'une augmentation de la circulation. La reprise des paiements en espèces est un coup de maître en faveur des porteurs de fonds et des manieurs de monnaie ! »

Le 18 février, Peel trouva nécessaire de défendre son bill : « Si le système du papier continuait, les individus ne seraient jamais satisfaits avec un haut prix fixé pour leurs marchandises; le stimulant, qui dominait pendant la grande guerre, c'était l'espoir d'une augmentation continuelle des prix.

« A cette époque, l'argument contre la reprise des paiements en espèces était la diminution des revenus et des bénéfices des manufactures et du commerce. Personne ne prévoit de semblables conséquences pour l'agriculture. Aujourd'hui les

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réserves ont augmenté, le commerce s'est développé, les manufactures sont devenues prospères. Comment donc la mesure causerait-elle une dépression à l'agriculture seule? »

Malgré cet argument décisif, le 5 mars, Scarlelt (depuis Lord Abinger) présenta une pétition « manifestant la crainte qu'une grande portion de la détresse ne provînt du retour aux payements en espèces, et il ajoutait : — « C'est un fait que les prix ont été réduits par l'augmentation que cette mesure donne nécessairement à la valeur de la monnaie. »

Le 8 mai, Wy vill dit qu'ils se trouvaient en présence de deux solutions : le rappel du PeeV^i bill ou la réduction des impôts de i; 20 millions. La première n'était pas possible; le dégrèvement était donc nécessaire.

Le Gouvernement lui-même avait cru devoir prendre une avance de £ 4 millions en échange d'Exchequer bills. LondonderryetLiverpool expliquèrent fort mal les motifs de celte mesure, Huskisson l'approuva comme destinée à montrer que la Banque avait plus d'or à sa disposition qu'elle ne le jugeait nécessaire.

Le 11 juin, Western condamna la mesure comme aussi injuste qu'impolitique, « non pas parce qu'elle ubaissuille prix mais parce qu'elle élevait la valeur de la moundie », et il déclara que la baisse du prix du blé ne venait pas de l'abondance do la récolte, mais du renchérissement de la monnaie. 11 voulait un système qui, donnant à tous les

produits de l'industrie le même prix relatif que pendant la suspension des paiements en espèces, porterait le froment à 80 sh, par quarter et les salaires à 15 sh. par semaine. Huskisson lui répondit : « La dépréciation de la monnaie, ce fut le triomphe de Law! » Et le Peel's Bill ne fut pas rappelé.

Le grand argument, c'était la baisse du prix des principales marchandises qui comme celle du blé avait été de 40 0/0 depuis 1818.

Tooke' en donne les causes suivantes : «La très grande augmentation des importations à la fin de 1818 et les prix très hauts qui dominaient alors et qai pouvaient seulement être le résultat de la rareté, conduisaient nécessairement, en supposant le maintien d'une circulation égale, à une grande baisse de prix enl819; et l'abondance continue des produits continua la baisse jusqu'à la fin de 18-2-2. »

hln 1822 c'était la cinquième bonne récolte; elle fut magnifique pour tous les produits, blé, avoine, orge, seigle, haricots et pois ; et cependant, au lendemain de la récolte, les prix augmentèrent ^.

Comme conséquence logique de leur argumentation, ceux (jui demandaientle maintien de la circulation de papier pour assurer la hausse des prix brûlaient les machines à battre. Dans une nuit, la malle, en IraVersant le Suffolk, avait va dix^-sopt

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