CHAPITRE II États-Unis
IJillets coloniaux. Billets continentaux. Banqueroute de 1790, Guerre de Sécession. Émission de papier
monnaie {greenbacks, 1862). Politique de Mac CuUoch après la guerre pour préparer la reprise des paiements en espèces qui a lieu en 1879, malgré les
campagnes inflationnistes. Banqueroute monétaire des États du Sud.
L'histoire monétaire des États-Unis est des plus instructives : elle montre au xviii" siècle tous les inconvénients de l'abus du papier monnaie, tous les maux de l'inflation, avec la banqueroute au bout. Au xix'= siècle, la guerre de Sécession oblige les deux belligérants à recourirau papier monnaie, celui du vaincu s'effondre dans la faillite, le vainqueur met une douzaine d'années à revenir au paiement en espèces.
Période coloniale. — La colonie du Massachu-
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setts fut la première en 1600 à émettre des billets de crédit pour payer la solde des troupes envoyées guerroyer au Canada. Ces billets sans cours forcé au début, qui devaient servir à payer les impôts et qui constituaient une forme d'emprunt déguisé, perdaient immédiatement les 2/o de leur valeur. En 1692 ils furent pourvus de la force libératoire, durent être acceptés avec 5 0/0 de prime par les collecteurs de taxe et portaient promesse d'être remboursés en argent dans 12 mois.
Les autres colonies, toutes à court de ressources liquides, suivirent cet exemple, malgré le veto des autorités métropolitaines. 11 y eut d'incessants conflits avec les assemblées coloniales, soutenues par l'opinion publique, refusant les crédits aux gouverneurs. Les négociants dans les colonies, les marchands dans la City souffraient de la surabondance des billets accompagnée d'une hausse et d'une instabilité de prix. En 1751 et en 1763, le Parlement anglais interdit l'émission de papier monnaie dans les quatre provinces de la Nouvelle Angleterre. Massachusetts dilua l'émission au point qu'une livre sterling en or fut l'équivalent de 11 livres en papier, puis fit une faillite de 90 0/0. Les abus les plus scandaleux furent commis au détriment des créanciers. La colonie de Rhode Island avec 20.000 habitants émit 400.000 £ de billets de crédit. La corruption dans les assemblées coloniales fut abominable '.
1. Voir.Voney anrf /îa/i/cm,^/, par Horace White,18GJ.Bosloi:i.
72 LES EXPÉRIENCES INFLATIONNISTES
Cette émission excessive de billets pour payer les dépenses du gouvernement local, les frais de guerre, faire des prêts aux particuliers, amena la dépréciation rapide et arriva dans le New-Hampshire à l'anéantissement complet (1763). A New- York^ la dépréciation ne dépassa pas 23 0/0. Il y eut des troubles, des désordres provoqués par ceux qui voulaient plus de papier monnaie et qui par cette voie tendaient à l'anéantissement des dettes publiques et privées.
Cette orgie de billets de crédit aboutit sous une forme brutale à toutes les conséquences que nous avons trouvées en Europe ; renchérissement, insécurité des transactions, spéculation déchaînée.
Cette leçon ne servit pas à empêcher l'émission de papier monnaie en 1775, par le Congrès Continental, avant la déclaration de l'indépendante, malgré les avertissements de Franklin et de Pelatiah Webster '.Rapidement 13 millions furent émis de juillet à décembre 1773, amortissables en quatre ans, 1779, au moyen du paiement des taxes. A cause de la jalousie des Etats, qui ne voulaient pas autoriser l'imposition de taxes fédérales et qui faisaient des objections à un papier à cours forcé, il fallut compter sur la bonne volonté du public. Dès leur apparition, les billets continentaux subir une perte^.
1. Voir Horace White, déjà cilé, Professer Suniner, Finances nf American Reunlulio» ; Bolles, Financial History, of United Stales.