CHAPITRE VIII
Amérique du Sud
C/u/«. — Cours forcé introduit pendant la guerre contre l'Espagne. Tentatives réitérées pour en sortir. — République Argentine. — Abus du papier monnaie. Dévalorisation en 1882. Maintien de la parité jusqu'en 1885. Spéculation. Révolution. Crise de 1898-1899. Réforme ayant pour objet d'arrêter l'amélioration éventuelle de la piastre. Caisse de conversion. — Brésil. — Mêmes phénomènes*.
Au Chili, le cours forcé, la non convertibilité du billet fut introduit pendant la guerre contre l'Espagne 186.j^l8()9. Sous l'inlluence de Courcelle Seneuil, il n'y avait pas de banque privilégiée. Toute banque avait le droit d'émettre des billets dont le
1. Voir le Papier Monnaie par Subercaseaux, professeur à rUniversité du Chili, chez Giard, Paris 1920.
total ne devait pas dépasser 1 fois et demie le capital versé. La guerre contre l'Espagne terminée, la conversion des billets fut reprise sans encombre. Le régime monétaire était le bimétallisme avec un rapport fixe de 1 à 16 entre Tor et l'argent. En 1878, l'oravajt disparu. En 1878, le Chili subit le contre-coup d'une crise européenne. La situation des finances publiques était détestable. L'Etat emprunta aux banques qui reçurent en échange le pouvoir libératoire pour leurs billets à raison de ■4 fois le montant souscrit par elles et qui demeura déposé au Trésor en garantie des billets (système inspiré des banques nationales des Etats-Unis). Le public retira ses dépôts, l'encaisse s'épuisa. Dans une session extraordinaire, tenue en secret la nuit du 22 juillet 1878, le Congrès autorisa de suspendre le remboursement des billets. Le cours forcé, accordé à 10 millions piastres émis par neuf banques souscriptrices de l'emprunt de 2 millions et demi piastres fut limité à un an; les banques devaient payer à l'Etat 4 0/0 et déposer des titres. Dès septembre 1878, la loi fut modifiée, l'émission portée à 15 millions, distribués entre les banques. En 1870 éclata la guerre avec le Pérou et la Bolivie qui dura jusqu'en 1884. Elle valut au Chili la création de papier monnaie de l'Etat qui circula à côté des billets des banques. En 1881, il y avait 28 millions piastres de billets de l'Etat, 15 des banques. Le change sur Londres, dont le pair était de 44 pence, tomba à 42 en 1877, à 39 en 1878, à 31 en 1880, en 1885 à 20, en 188G à 23.
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Les inconvénients de Tinflation, résultats du cours forcé et des émissions de billets, se faisant sentir au Chili, on voulut revenir à la circulation en espèces argent, en réduisant la quantité dé billets à 18 millions piastres. On décida de former un fonds de conversion en argent. La guerre civile de 1891 empêcha de l'exécuter. La quantité de papier monnaie progressa de 21 millions en 1890 à 42 en 1891, celle des billets de banque de 18 à 20 millions. Il circulait simultanément les deux espèces, toutes deux inconvertibles; après la chute de Balmaceda, on décide d'adopter l'étalon d'or, de réduire la circulation totale de 62 millions à 45 millions. Mais cette restriction du signe monétaire provoqua des résistances, qui partaient des agriculteurs et des exportateurs, hostiles à l'améliorali)n du change. Sous le régime de l'augmentation des émissions, les prix des terres et des maisons, l'endettement des particuliers avaient augmenté ainsi que les cours à la bourse.
En 1892, on promulgua une loi créant une nouvelle unité monétaire or, valant 24 pence. Un emprunt de 1.200.000 ii permettrait de retirer en 1893, 10 millions piastres en billets qui seraient incinérés. Il y eut en môme temps une restriction de la circulation des billets des banques de 19 à 14 millions en 1892. Les elïets de la contraction monétaire, seule issue rationnelle, s'étant fait sentir désagréablement, gouvernement et congrès modilièrenl leur politique, suspendirent l'incinération des billets, autorisèrent les banques à mettre
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en circulation les bons reçus du Trésor contre les prêts faits à celui-ci et dont on créa des coupures de 100 piastres. Le change sur Londres qui était encore à 17 pence à la fin de 1892, au moment où la loi fixait à 24 pence la valeur de l'unité monétaire or, tomba à iîî pence en 180.3, à 11 pence en 1894. De 189o à 1897 ou frappa 38 millions piastres or, 8 millions argent.
En 1895, on avait de nouveau modifié la valeur de l'unité monétaire, l'abaissant de Vi à 18 pence, prescrit le remboursement des billets de l'Etat, chargé l'Etat de convertir les billets des banques qui devaient déposer en garantie des fonds publics. L'Etat se procura 79 millions, retira 4i millions dont 20 millions de bons fiscaux, 9 millions de bons du Trésor, 9 de billets des banques, réduisant la circulation de 44 à 15 millions, dont 12 étaient des billets des banques. Ces 79 millions provenaient d'un emprunt en Europe, de ventes de gisements de nitrate, d'une partie des droits de douane, d'escompte d'obligations de compagnies nitratières. II resta un solde de 17 millions piastres qu'on voulait employer en travaux publics. La situation semblait se consolider. La crainte d'un conflit avec l'Argentine (1898) vint tout compromettre. Les banques, assiégées par les porteurs de billets et les déposants, invoquèrent l'aide du gouvernement, qui les autorisa à fermer leurs portes, transforma leurs billets en billets de l'Etat pourvus du cours forcé. Il leur en laissa la disposition moyennant .: !.) 0 l'an. Le Congrès autorisa en outre l'émission
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de 50 autres millions de piastres. Les conséquences furent celles qu'on pouvait attendre : l'or sortit du Chili (9.902.000 piastres en 1898), les gens apeurés exportèrent des capitaux, thésaurisèrent des billets, dont il fallut augmenter la quantité de 100 millions de 1904 à 1907. Il y eut une hausse générale des prix, une spéculation qui se porta sur tout. Les finances publiques, alimentées par les émissions, périclitèrent. En vue de revenir un jour à la reprise des paiements, on créa un fonds de conversion, qui devait recevoir les droits de douane à l'entrée et à la sortie soit en or soit en devises. Toute la réforme de 1893 se trouva perdue. Le change tomba de 15 pence en 1898, alors qu'on entrevoyait la reprise des paiements à 18 pence, à
9 5/8 en 1908, môme à 7 dl/16 pour remonter à
10 1/2 en 1911. Le Chili passa par une série de crises et de prospérité factice, ruineuse pour le pays et pour les négociants européens.
A la suite de la crise de 1911-1912, une loi du 12 mai 1912, en vue d'améliorer la situation, de donner une élasticité relative à la circulation, autorisa de fournir aux banques des billets contre dépôt d'or à raison de 1 piastre papier pour 12 pence. On avait essayé en 1907 d'introduire cette faculté à raison de 18, quand le change était à 10 pence. La loi de 1912 fournit au déposant d'or la faculté de reprendre le métal contre remise de bilbts. Il était prévu que si le change haussait audessus de 12 pence, la quantité d'or à déposer contre billets pourrait être augmentée,
Le Chili dépend, pour ses linances surtout, de l'exportation des nitrates. L'explosion de la guerre jeta la perturbation. Puis, malgré la perte du débouché et les difficultés de transport, le Chili profita de la demande universelle à des prix inconnus. La piastre qui en 1913 valait 9 11/16, 8 3/16 en 191o, remonta à 13 en 1917, à 17 11/32 (presque au pair) en juin 1918. Avec la fin de la guerre, on retomba à 8 7/8 et Ton remonta à 12 3/16.
On a proposé la création d'une Banque gouvernementale pour régulariser le change. La Banque du Chili, formée par la fusion du Banco Nacional, du Banco Valparaiso, du Banco Agricola en 1903, est la plus importante au capital de 120 millions, dont 60 millions versés.
Pendant la crise de 1914-15, le gouvernement émit des billets contre dépôt de titres hypothécaires au Chili, dor à Londres et New-York. En outre contre obligation de rembourser sur le produit des exportations, il avança des billets aux compagnies nitratières.
U'ipublique Argentine. — Les Etats sud-américains ont tous, par des guerres étrangères et civiles, traversé des périodes de finances endommagées, d'émissions de papier monnaie, qui ont pesé sur eux, alors que le développement de leurs ressources, sans cet héritage déplorable, leur eût permis de jouir des avantages d'une bonne et saine monnaie. Tous ont subi les effets funestes de l'inflation. Tous ont considéré que, soit les oscillations soit la baisse du change étaient un facteur
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favorable à l'exportation, comme elles l'étaient à la spéculation. La considération du coût des importations et du paiement de la dette extérieure, du respect des contrats^ ne fut jamais très puissante. D'ailleurs la concurrence folle des banquiers étrangers, en Argentine par exemple dans les années antérieures au Krach Baring en 1890, procurant des capitaux aux conditions existantes en Europe, grisa les Sud-Américains, qui trouvaient preneurs pour tous les titres qu'ils mettaient en circulation. L'inflation, sous toutes ses formes, avec tous ses dangers sévit. Le pouvoir politique était dans les mains de gens ignorants des notions élémentaires d'économie politique.
Sans remonter au delà de 1882, nous rappellerons qu'à cette époque, il y avait en Argentine 882 millions de piastres de papier monnaie inconvertible . Une piastre or valait 24,05 piastres papier. En 1879, elle avait valu 30 piastres papier. En 1882, une dévalorisation eut lieu. Un billet nouveau fut émis à raison de 23 pesos anciens. La parité avec l'or fut rétablie. Elle se maintint deux ans de 1883 à 1883, date oi^i il fallut rétablir le cours forcé, alors qu'il y avait 59 millions piastres en circulation dont 28 émis par la Banque Nationale, 27 par celle de la province de Buenos-Ayres.
En 1887, les banques furent autorisées à émettre des billets, en déposant en garantie piastre pour piastre des titres or de l'Etat. Il fut émis :
AMÉRIQUE DU SUD {"il
39 millions
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l'or
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"0 en billets
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En 1S!H», la Révolution éclate, rédifice de la prospérité s'ellondre. En 1S91, la Banque hypothécaire de Buenos-Ayres ne paya plus ses conpons, les banques, envahies par les déposants, implorèrent lassistance de l'Etat*.
L'or fit de 2i2 à 3 ifi 0/0 de prime.
La circulation pour une population de 4 millions et quart d'habitants était :
281 millions
avec prime 2o2
En 1899, on procéda à une rélorme inspirée par la maison de banque Ernesto Thornquist, qui était très intéressée dans le développement de l'industrie sucrière et qui redoutait les conséquences d'une amélioration du change. Le buta atteindre était de mettre un verrou dans la direction du relèvement de la valeur de la monnaie, de restreindre les retraits de papier monnaie. Un message du Président au Congrès, le 1" mai 1S99, exposa les incon-
1. Voir le Mai'c/té Financier ainsi qne les Crises depuis 1SS9 par .M. Ratlalovich.
2. Le Ministre des Finances constata en 1899 que la dépréciation de la monnaie avait trouvé son expression dans les prix, les salaires. 11 était hostile à l'assainissement sérieux de la ruonnaie.
vénients que le cours forcé, existant depuis 15 ans avait eu pour les pays; il fit valoir qu'une certaine adaptation de la vie économique avait eu lieu, qu'il fallait se garder d'y jeter la perturbation, que l'objet principal était la stabilité, non le retour du change au pair. Le change s'était amélioré en effet, mais les écarts entre le plus haut et le plus bas étaient encore de 66 points en 1896, de 41 en 1897, de 72 en 1898.
On s'arrêta au cours de 2.27 pour 1 piastre or, ce qui correspondait à O.M cents or =^ 100 cents papier. Thornquist avait suggéré le cours de 2.50.
Afin d'exécuter la réforme, un bureau d'échange, nommé caisse de conversion fat créé, doté de recettes spéciales. Cette réserve ne devait servir qu'à la conversion des billets. La conversion ne devait pas être immédiate, l'Etat ne disposant pas de ressources à cet effet. Il fallut attendre que le public, ayant besoin de billets, apportât de l'or. En 1901 lorsqu'on craignit la guerre avec le Chili, le gouvernement prit 11.6 millions pesos or qui se trouvaient à la caisse, celle-ci commença à fonctionner réellement en 1902, alors que la circulation était de 290 millions. En 1906, elle avait émis 2.334 millions piastres billets contre 1.027 millions piastres or, sur le pied de 0.4i = l. Contre les billets anciens, on forma un fonds or qui en 1908 s'élevait à 21.5 millions piastres (de 48 pence). La Caisse, créée pour donner de la stabilité au change, fonctionna grâce au développement de la richesse nationale et de la grande exportation. Si elle n'avait
pas existé, le change serait revenu au pair ancien, ce qui eût été inliniment meilleur qu'un système artificiel. En 1913, la caisse possédait 233 millions piastres or, plus 30 millions dans le fonds d'échange de la Banque Nationale, soit 203 millions pour une circulation papier de 823 millions,valant à laparité or 362.2 millions. Pour une population de 7 millions et demi, cela faisait i8 pesos or par tête.
L'explosion de la guerre en 1914 coïncida avec un affaiblissement de prospérité dû à la mauvaise récolte. Afin de soutenir le change, la Banque Nationale fut autorisée à faire usage du fonds d'échange. La Caisse de conversion put prendre sur ses disponibilités à condition de ne pas descendre au-dessous de 40 0/0 de couverture. Les légations argentines furent autorisées à recevoir de l'or en dépôt pour compte de la Caisse de conversion qui crédita à Buenos-Ayres les déposants en piastres papier pour payer les exportations.
La guerre fut avantageuse à l'Argentine, marchande de produits agricoles. De 1914 à 1919, il entra 188 millions piastres or, y compris les sommes déposées dans les légations, la réserve s'éleva à 413 millions piastres or pour une circulation de i.lGo millions piastres papier.
Dès septembre 1916, un projet de loi fut présenté en vue d'introduire la circulation effective de l'or, de supprimer le cours forcé et de limiter les quantités de billets à émettre par la caisse de conversion. La prime sur le change argentin n'a pas entravé l'exportation. Les prix ont haussé. L'infla-
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lion a fait son œuvre. L'avenir montrera si Ton a eu tort de négliger l'assainissement des finances publiques.
De 1913 à 1918, les importations ont fléchi, les exportations grandi ; Texcédent en faveur des exportations a été de 2^23 millions £. La dette argentine a diminué à l'étranger. En 1915, il a été emprunté
125 millions dollars 6 0/0 à 5 ans à New-York.
Un tableau analogue pourrait être fait du Brésil qui possède du papier monnaie depuis 1820, quia connu le système de la Banque unique et de la pluralité des émissions, les abus du papier monnaie, les oscillations et la dépréciation du change, les effets de la mévente du café'. En 190(5, on créa une caisse de conversion, en prenant comme type de monnaie le change moyen des dernières années qui était entre 16 et 15 pence. On s'arrêta à 15 pence. Le mécanisme était le même que dans l'Argentine. La loi laissait entrevoir le retour éventuel au pair de 27 pence, elle n'établissait pas una quebra do padrao (réduction de l'étalon), mais elle instaurait temporairement la fixité du taux d'échange des billets et de l'or.
De 1900 à 1909, les dépôts d'or s'élevèrent à 242 millions milreis, les retraits à 17 millions, le solde à 225 millions. La circulation inconvertible, décrut de 664 à 628 millions. Mais ce mécanisme artificiel, dont les créateurs ont eu l'arrière-pensée
1. Le pair dn inilreia est 27 pence. En 1890 le milreis est à 23 pence, en 1892, il ne vaut plus que 10 pence. Il est destiné à tomber beaucoup plus bas, à 5 pence en 1898.
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de comprimer sous prétexte, de tixité l'amélioration du cluinge. est très délicat; les perturbations économiques générales et locales ont leur répercussion; les dépôts d'or s'arrêtanl, les demandes de remboursement augmentent. Les caisses de conversion n'empochent pas les oscillations dans le sens de la baisse. Ce sont des expédients et dos palliatifs.