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CHAPITRE IX

Conclusion de cet essai historique

Univei^salité des phénomènes : la mauvaise monnaie résulte généralement des besoins de l'État, qui a besoin de ressources immédiates. Trois méthodes d'assainissement : reprise des paiements, banqueroute, dévalorisation. Implacabilité des sanctions, lorsque les lois économiques sont violées.

Ne pouvant entreprendre une histoire monétaire universelle, ni retracer les altérations subies par la monnaie, l'affaiblissement comme le renforcement, nous avons dû limiter l'esquisse de ces phénomènes monétaires à un certain nombre de pays. Tous présentent la caractéristique de provoquer le déclanchement certain de sanctions économiques, un appauvrissement général et des embarras financiers. Les violations de ce qui constitue les

lois naturelles dans ce domaine, qu'il s'ae^isse des altérations ou des mutations de la monnaie métallique et des émissions exagérées de papier monnaie ou de billets de bancjue, forment un objet constant d'étude et de référence. L'origine des mesures, qui ont porté atteinte à la bonne et à la saine monnaie, se trouve dans l'insuffisance des ressources de l'État, dans la situation obérée des linances publiques.

On constatera une grande uniformité et dans les causes et dans les conséquences. L'État a eu besoin de ressources considérables et immédiates que ni l'impôt ni l'emprunt ne pouvaient lui donner à bref délai. La monnaie métallique qu'il pouvait obtenir étant insuffisante, il lui substituait un signe monétaire, sans valeur intrinsèque, qu'il dotait du pouvoir libératoire et dont il rendait l'acceptation obligatoire. S'il ne l'émettait pas luimême, il se le faisait prêter par les banques centrales d'émission, dotées de privilèges spéciaux (monopoles).

« Les lois » d'Oresme et de Grcsham jouent dans toute leur ampleur. Il s'y ajoute celle que M. White a appelée la loi d'accélération des émissions et de la dépréciation.

Trois voies s'ouvrent pour sortir du cours forcé, pour revenir à une monnaie offrant les garanties de sécurité, de stabilité, d'élasticité : la reprise des paiements en espèces ;

La banqueroute monétaire;

La dévalorisation partielle.

128 LES EXPÉRIENCES INFLATIONNISTES

Nous les verrons parcourues toutes les trois. Sià deux reprises, la France au xviii* siècle a pris la seconde, elle a brillamment résolu la question au xix% (1871-1878), de même que l'Angleterre en 1823, les États-Unis en 1879.

Si nous pouvions évoquer un souvenir personnel nous rappellerions qu'en 1890, ayant consulté sur les modalités de la réforme monétaire russe, M. George Goschen, l'auteur du livre célèbre sur les changes étrangers, le chancelier de l'Échiquier qui fit la conversion des consolidés, nous exprima très fortement l'opinion que seule, la méthode employée par l'Angleterre en 18:22, par la France et Les État-Unis en 1878, méritait d'être prise en considération et suivie par les États désireux de reprendre les paiements en espèces. Toute atteinte à la parité monétaire, existant avant le cours forcé et la dépréciation, lui paraissait condamnable et uue compromission qui serait suivie de beaucoup d'autres.

L'étude de l'histoire monétaire justifie ceux qui pensent qu'avec plus de fermeté et de clairvoyance, on aurait pu éviter la plupart des inconvénients qu'a entraînésl'abandon de la bonne monnaie. S'il eût été impossible de se soustraire entièrementàla suspensiondu remboursementdesbillets, il aurait été loisible de le reprendre beaucoup plus tôt qu'on ne l'a fait. Quelques exemples peuvent être invoqués : au lieu de tenter l'aventure des assignats gagés sur les biens du clergé, on aurait pu adopter la proposition de Necker de recourir à

la Caisse d'Escompte du Commerce, en transformant celle-ci en banque privée qui eût émis, dans des conditions déterminées, des billets remboursables en espèces tant que celles-ci n'avaient pas tlisparu, chassées par le papier monnaie, ou qui eût facilité à l'État un emprunt gagé sur le revenu des biens du clergé, comme suggéra Du Pont de .\emùurs.Chase,lorsqu"illit ses premiers emprunts, au lieu de laisser aux banques de New- York, de Philadelphie et de Boston l'or qu'elles avaient en caisse et qui aurait servi à gager les billets qu'elles lui auraient versés, commit la faute de disperser cet or. Les banques furent amenées à suspendre le remboursement et Chase à émettre des greenhacks. A une date plus rapprochée, il aurait été possible de retirer en septembre 1914 les currency tintes émises en août pour permettre aux banques de dépôt de rembourser leurs dépôts. La guerre du Japon fut soutenue par la Russie sans que la loi monétaire fût transgressée et sans que le remboursement des billets fût suspendu.

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