CHAPITRE IV
La politique financière de rAliemagne depuis 1914
Situation au moment de l'explosion de la guerre. De'clanchement des mesures préparées en vue de la mobilisation. Cours forcé anticipé. Modification aux statuts de la Reichsbank. Versement du Trésor de guerre. Création des Caisses de prêts. Politique à vue courte, escomptant une prompte victoire et faisant pendant dix-huit mois la guerre à crédit, sans impôts nouveaux. Absorption de la Reichsbank par rÉtat en guerre. Incapacité des emprunts de résorber les effets du Trésor. Révolution de novembre 1918, après la défaite militaire. Abus des émissions de billets. Le cadre ancien éclate en avril 1921.
La situation telle qu'elle résulte du dernier bilan de paix au 23 juillet 1914, indique une encaissedel.75r)millionsmarks dont!. 691 millions en métal, une circulation de 1.890 millions, une
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marge d'émission de 3.358 millions marks alors que celle de la Banque de France était réduite à quelques centaines de millions de francs et qu'il fallait recourir à une loi pour augmenter le pouvoir d'émission. Le Trésor de guerre fut transféré de Spandau à Berlin : il servit à combler la lacune résultant du drainage entre le 23 et le 31 juillet.
On peut voir dans le volume de M. Rist, comment, dès le 31 juillet, sans attendre la loi du 4 août, la Reichsbank suspend les paiements en or. L'encaisse, le" août, est de 1.477 millions. Les versements continus du public, sollicité dans les journaux, les prêches, les sermons, la portent à 2.533 millions marks or le 15 juin4917. L'encaisse argent de 300 millions marks tombe à 80 et disparait presque entièrement.
Les billets se multiplient : un premier milliard est émis du 23 au 31 juillet, un second la semaine suivante. En attendant la création des 91 caisses de prêts de guerre, qui fonctionneront le 8 août, la Banque fait pour leur compte 69 millions d'avances. Le portefeuille d'escompte grossit en quinze jours à4.426 millions, dont 2.980 pour les particuliers, 1,446 pour le gouvernement. Depuis lors le portefeuille de la Reichsbank ne fut plus alimenté que par les effets et les Bons du Trésor. Le Gouvernement fit voter par le Reichstag des mesures monétaires, destinées à assurer une large abondance de monnaie, puis la création d'un mécanisme juridique permettant à l'État d'emprunter à la Banque, enfin plusieurs moratoires
UiO LES PRINCIPAUX ÉTATS DEPUIS 1914
partiels destinés à ménager certains débiteurs, en l'absence d'un moratoire général dont on ne voulut pas ^
En temps de paix l'Allemagne ne possédait que les billets de banque et le papier monnaie de l'État, certificats de caisse d'Empire, dont l'émission était strictement limitée. Les pouvoirs d'émission de la Reichsbank furent élargis. Il s'ajoutait une troisième monnaie^ les bons des caisses de prêts de guerre.
Les Reichskassenscheine qui avaient été portés de 120 à 240 millions marks par la loi du 3 juillet 1913 et à Taide desquels on avait fait rentrer l'or destiné à compléter le Trésor de guerre, reçurent cours légal et cours forcé le 4 aotit 1914, tout comme les billets de la Banque d'Allemagne.
On abolit les dispositions imposant à la Reichsbank une taxe de 5 0/0 l'an, pour la durée du temps où l'émission dépasserait d'un contingent de 550 millions ou 750 millions en lin de trimestre, la couverture par l'encaisse. Par contre en 1913, la
1. Des moratoires ont été accordés aux territoires occupés par rennemi en Alsace et en Prusse Orientale. Une ordonnance du Conseil fédéral h autorisé les tribunaux à accorder au débiteur sur sa demande un délai de trois mois à condition que sa position justiliât celle mesure et que le créancier ne fût pas lésé d'une iacon disproportionnée, ce fut le moratoire individuel. Les mobilisés lurent mis à l'abri de jioursuites pour dettes. (In tiré allemand de l'étranger fut dispensé do toute obligetion. Les délais impartis pour exifjei' paiement d'un etfet furent prolongés. 11 y eul des ententes particulières. Le comité de la Bourse de Berlin décréta un moratoire des reports qui prit lia ea décembre 1915.
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Banque fut frappée d'un impût de guerre et d'un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices nets : «millions pourlOU, 199 pour 191o, 190 pour 1916, 206 pour 1917, 390 pour 1918, 750 pour 1919.
On laissa intacte la fiction de la couverture obligatoire de l'émission par une encaisse de 33 0/0, mais on assimila à l'or, aux certificats de caisse d'Empire, les bons émis par les caisses de prêts en coupures de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 marks. L'émission en fut fixée à 1.500 millions le 4 août 1914, à 3 milliards en novembre 1914. Ce chiffre a été rapidement dépassé, sans qu'aucun acte officiel en ait prévenu le public. Ces 91, puis 99 caisses de prêts ont fait des avances sur marchandises et sur titres aux particuliers, aux commerçants, aux industriels, aux banques de dépôt, aux caisses d'épargne, aux coopératives de crédit. Ces monts de piété spéciaux ont permis de mobiliser des valeurs de tout ordre. Théoriquement l'avance était de trois mois, 1/2 0,0 au-dessus du taux officiel, pour 100 marks au minimum. Ils sont devenus les banquiers des villes et des États particuliers quand l'Empire se fut réservé l'accès des bourses pour ses émissions, tout comme ils ont été mis à contribution lors des emprunts de guerre. Cette institution, qui avait fonctionné en Prusse en 1848, en 1866, en 1870 dispensait la Reichsbank d'immobiliser des ressources en prêts sur nantissement; elle évitait de modifier les statuts, permettait de dissimuler la vraie situation monétaire en faisant entreries bons
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des caisses de prêts dans le calcul de rémission comme partie intégrante de l'encaisse, à l'égal du métal. Pour ceux qui n'allaient pas vérifier critiquement les chiffres, le fait que, dès 191S, l'encaisse métallique était tombée au-dessous de 33 0/0, demeura dissimulé. Les bons de caisse n'ont pas cours légal, mais toutes les caisses publiques sont tenues de les recevoir pour leur pair nominal. Comme ils donnent droit à la Reichsbank d'émettre un montant triple de billets, les caisses de prêts font leurs avances non en bons, mais en billets de la Reichsbank. La Banque mettait en circulation la quantité de bons qu'elle jugeait nécessaire, surtout les petites coupures. Au moment des emprunts, aux fins de trimestre, le montant détenu par la Reichsbank grossissait.
Ce système pouvait paraître fort ingénieux, mais il était fort dangereux et contenait les germes de l'inflation la plus excessive.
Comme toute la politique financière de l'Empire, il supposait une guerre courte, victorieuse, le paiement des frais de guerre par le vaincu. Il ajournait l'introduction des impôts nécessaires et usait largement du crédit, en remettant à la Reichsbank des effets du Trésor en (juantités croissantes, si bien que les emprunts régulièromoiit faits doux fois par an ne suffisaient plus à les résorber et qu'après chaque opération, il restait un résidu de plus en plus considérable. La pompe aspirante manquait de force.
Le tableau suivant que nous empruntons h
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M. Prion est instructif. Il indique le montant des ertots du Trésor en circulation, les emprunts de guorre réalisés et le solde non absorbé des effets du Trésor après chaque opération de crédit :
Fmnnint ^^^'^ <^° Trésor Produit de Effets retirés + ^ en circulation l'emprunt ou restants —
Milliards Marks
Premier 1914
Deuxième 1915
Troisième 1915
Oudtrième 1916
Cinquième 1916
Sixième 1917
Septième 1917
Huitième 1918
Neuvième 1919
A partir du cinquième emprunt, l'emprunt consolidé (automne 191G) ne résorbe plus. En fin de compte, neuf emprunts ont produit 89 milliards et il est resté 53 milliards d'effets du Trésor. Quant aux Darlehenskassen, leur émission en milliards marks a été de 1,3 en 1914, 2;3 en 1915, 3,4, en 1916, 7,8 en 1917, 13,6 en 1918.
Âlin de bien faire comprendre le mécanisme d'où est sortie rindation allemande, il faut dire que, en temps de paix, la Reichsbank escomptait des bons du Trésor, en moyenne, une centaine de millions. Au 31 juillet 1914, le bilan indique 396 millions. Ces bons ou effets ne pouvaient servir de couverture aux billets, pour lesquels il fallait des effets avec deux signatures et une durée de 90 jours.
Une loi du 4 avril classa comme lettres de
change les bons du Trésor à trois mois et les f traites engageant l'Empire même à une signature (? tirées par les fournisseurs). Ces bons ou ces traites vont remplir le portefeuille, servir de cou- | verture à l'émission des billets qu'ils servent à retirer de la Banque, sans qu'on fasse de distinction entre eux et les eil'ets commerciaux. Cette publicité indispensable est naturellement refusée.
Une première loi, suivie de onze autres, ouvrit au chancelier d'Empire l'autorisation de recourir au crédit pour 5 milliards marks.
A partir de la chute de la monarchie en Allemagne, les finances publiques sont allées à la dérive.
Nous ne ferons pas l'histoire des émissions de billets. L'Etat central en 1920 a continué à mettre la Ileichsbank à contribution, faute de receltes fiscales suffisantes. La dépréciation du mark qui a été de 92 0/0 à l'étranger en est la conséquence.
Le tableau suivant indique les chiffres des did'érents chapitres à la fin de 1920 et les augmentations survenues depuis 1914. En soustrayant le total des augmentations du chiffre de décembre 1921), on obtient celui de 1914, sauf pour l'or, où il faut ajouter au lieu de soustraire.
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