CHAPITRE V
La politique financière de {Angleterre depuis 1914
La crise politique de l'été 1914, qui se dénoua, par la guerre, surprit lo marché de Londres. Mesures gouvernementales.Suspension du Barik Act de 1S4i qui reste platonique. Le gouvernement assume des responsabilités qui s'élèvent à 82 millions livres. Création des billets d^ Etat {Curreney notes). Maintien nominal du remboursement en or des billets. Phénomène de l'inflation en Angleterre. Mesures pour restreindre après la paix la circulation des Ciirrency Notes, Dettepublique.
Le désarroi dans lequel l'explosion de la guerre a jeté le marché financier britannique a peut-être été plus grand que celui dont on a souffert sur le Continent, et cela par suite de l'enchevêtrement infini des relations commerciales, maritimes, bancaires de l'Ang'leterre avec tous les pays. Par suite du libre échange, du libre marché de l'or que ne troubla jamais une prime défensive, Londres était sans conteste le centre financier le plus puissant, tout comme la livre sterling servait d'étalon com-
mercial, que la parité chilienne, argentine, brésilienne se calculait en pence. L'organisation de la Banque d'Angleterre, demeurée inchangée depuis 1844, était peut-être trop rigide, puisqu'en dehors de 18. 430.000 livres de billets émis contre des titres de l'Etat, aucun billet ne sortait que couvert intégralement livre pour livre, par For. Cette constitution rigide fut suspendue à plusieurs reprises, sous le coup de grandes crises, le gouvernement autorisant la Banque à dépasser le cadre de l'émission non couverte par l'or, mais à condition de relever brutalement le taux officiel d'escompte. A cette rigidité, l'Angleterre a dû le développement des chèques, des paiements sans emploi de la monnaie ou du billet de banque, des compensations entre banquiers. Il ne circulait au moment de la guerre que des billets de £ 3 et au-dessus en Angleterre, tandis qu'en Irlande, il y avait des coupures de £ 1. Au 30 juin 1914, pour une circulation de 30 millions £, la Banque d'Angleterre possédait 40 millions £ or en caisse. Il se trouvait dans les mains du public, dans les coffres des banques, un montant d'or estimé à 123 millions £, qui serait réduit au 30 juin 1919 à 40 millions tandis que la Banque en possédait, à cette date, 88 millions et demi et qu'il s'en trouvait 28.5 millions en couverture des Treasury notes [currencij notes). La perturbation que l'approche delà guerre jeta en Angleterre et qu'augmenta encore la détermination de ne pas laisser s'accomplir pacifiquement de la part de l'Angleterre, la violation de laneutra-
LA rOUTIOUE FINANCIÈRE DE L'aNGLETERRE 171
lité de la Belgique par l'Allemagne, fut intense. Les créances sur l'étranger dont on avait besoin pour régler les affaires en cours, menaçaient de ne pas rentrer en temps utile. L'étranger rapatriait de toutes parts les siennes, si bien que dans une agence de quartier de la Société Générale, on offrait 24 francs pour une livre sterling (chèque). Il fallait assurer le paiement dos acceptations, le règlement des différences de la liquidation du Stock Exchange.
Le gouvernement anglais n'hésita pas à se charger de lourdes responsabilités. On les a estimées à 82 millions £ Pour la première fois, dans l'histoire moderne de l'Angleterro, il y eut confusion entre les fonctions monétaires et fiscales de l'Etat.
Il y eut un léger run sur les banques vendredi 31 juillet et samedi l*"" août, elles remboursèrent 90 0/0 en billets, 10 0/0 en or. Ceux qui voulaient de l'or durent se rendre à la Banque d'Angleterre qui satisfit toutes les demandes du public et des banques. En deux jours, elle donna 18.262.000 £, elle porta l'escompte à 10 0/0. Le 3 août lundi était Bai^k holidmj . Le chômage fut prolongé jusqu'au vendredi 7 août, au lendemain de la promulgation du Currency Act. Le Gurrency and Bank notes Act du 6 août 1914 autorise la Trésorerie à émettre des billets de 1 £ et de 10 shillings, qui auront cours légal, un pouvoir libératoire illimité et les banques d'émission à émettre des billets au delà des limites légales; la partie d^e la loi de 1844 concernant l'émission des billets fat suspendue, il était laissé à la Banque et à la Trésorerie d'en
faire usage sans devoir en référer au Parlement ' . Les Banques privées et les Caisses d'épargne purent recevoir des avances en currency notes par l'intermédiaire de la Banque d'Angleterre jusqu'à concurrence de 20 0/0 de leurs dépôts, au taux ofliciel d'escompte. La Banque d'Angleterre ne fit pas usage de la suspension du Bank .4cf :elle émit £ 16.62-3.000, du 22 juillet au 2 septembre, de billets qui furent couverts intégralement en or.
Les Treasury notes, dont le porteur pouvait obtenir le remboursement en or à la Banque d'Angleterre, constituent une dette flottante ayant priorité sur toutes les autres charges statutaires ou non.
A la réouverture des banques le 7 août, toute panique avait cessé. Le public savait qu'il n'y aurait pas disette d'instruments de paiement'-.
Les banques acceptèrent entre elles des Clearing house certificates. Nous mentionnons les divers moratoires dont quelques-uns prirent fin le 4 novembre. Les banques y avaient renoncé dès le mois de septembre ce qui aurait justifié le retrait
1. Le Bank Act fut suspendu trois fois avant 1914. En d'antres termes, la Banque fut autorisée à émettre des billets sans couverture d'or, pour plus de 18.450.000 £, à condition de transférer au département de rémission des fouds publics, pris dans le Banking Department.