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Tous ces organismes, sans exception, consomment le -Saccharose sans le dédoubler et font fermenter le glucose. Le /?hisopus nigricans, en particulier, produit un alcool bon goût et le rendement en alcool peut être évalué à 32% /2 OÙ 9 p.100.
À côté de ces Mucorinées dont les transformations sont nombreuses et variées, des espèces que nous considérons comme mieux fixées ne subissent que peu de modifications. C'est ainsi que les Phycomyces nitens KüNze, Phycomyces splendens FRiES, Helicostylum piriforme Barer, donnent également des pelotons mycéliens, sous l'influence de l'agitation, mais les filaments très enchevêtrés ne présentent, à part leur cloisonnement plus fréquent, que des particularités peu importantes, qui s’observent également sur les cultures fixes en milieux liquides. Quant aux appareils reproducteurs, ils avortent dans la majorité des cas. Chlamydospores et éléments bourgeonnants provenant de la dissociation d’un thalle en chapelet, telles sont les formes dernières de ces espèces bien fixées. L’agitation fera subir à certaines formes conidiennes d'ascomycètes des transformations non moins intéressantes.
Les Penicillium (Penicillium claviforme, BAINtER, Penicillium erectum BAINIER, Penicillium rubescens BaixiER et les Aspergillus Aspergillus fumigatus FRESENIUS)sontsusceptibles de s’habituer à la vie complètement immergée et subissent, de ce fait, des modifications importantes. Généralement, ils produisent du mycélium stérile, et se maintiennent en cet état. Les cellules se déforment, épaississent leurs membranes, quelquefois même ces champignons émettent de petits bouquets de cellules latérales qui leur donnent un aspect rappelant la forme Dematium.
Soumis à l'agitation, ces mêmes organismes croissent activement, les filaments s’agglomèrent, donnent des sphères mycéliennes ou des masses plus où moins informes sur lesquelles nous reviendrons. Le thalle se morcelle ‘assez facilement, présente des déformations nombreuses ét se charge de globules gras. |
Les formes dématioïdes sont très fréquentes ; les appareils reproducteurs apparaissent tardivement et sont toujours très déformés et rudimentaires.
Placé dans les mêmes conditions, le Sterigmatocystis carbonaria BainiER subit de telles modifications que nous avons cru devoir en faire l’objet d’une description particulière.
Les débuts des végétations sont signalés par des filaments mycéliens cloisonnés, ramifiés, incolores, entrelacés, et dont les ramifications sont souvent contournées.
Un peu plus tard, le cloisonnement du thalle est plus marqué, les articles deviennent très courts, s'arrondissent et forment de longs chapelets réguliers. À ce moment, la croissance du mycélium est plus lente, il prend une teinte jaune, puis jaune sale, jaune verdâtre, vert noirâtre et noire. La dissociation du thalle est à son maximum et le dépôt noir contenu dans le matras est uniquement constitué par des cellules ovales, coupées d’une cloison médiane, revêtues d’une membrane très épaisse. Ces formes constitueront les « formes dernières où kystes ».
Parfois, la membrane fortement épaissie de ces kystes ne tarde pas à se rompre, et cette rupture met à découvert une cellule à paroi mince, incolore, qui émet rapidement un tube germinatif très cloisonné. Ce tube devient un filament mycélien ramifié, sur lequel se produisent des quantités notables de cellules saccharomycétiformes.
En transplantant ces kystes sur les milieux solides (carotte, pomme de terre), on remarque dès le deuxième jour, sur carotte, un dépôt brun foncé, puis noir, formant une croûte peu étendue sur laquelle croit une végétation luxuriante de Coremium, dont les clavules noires peuvent atteindre un demi-centimètre de hauteur.
Autour de ce dépôt rugueux pousse une culture rose semi-fluide, qui envahit peu à peu tout le substratum et qui est constituée exclusivement par des formes-levures, persistant très longtemps (il nous a été permis de conserver ces formes pendant plus d’un mois sur bouillon gélatiné).
Reprises et transplantées, ces cellules reproduisent pendant une ou deux générations des formes-levures et dématioïdes mélangées à des débuts de mycélium, puis souvent, au troisième repiquage, les cultures deviennent males, et se couvrent d’un thalle blanchâtre, sur lequel apparaissent bientôt des appareils reproducteurs noirs, normalement constitués.
Vérification faite, nos cultures sont absolument pures.
Les cultures laissées au repos ne présentent aucune de ces transformations, le mycélium est constitué par des lilaments blanchâtres cloisonnés portant cà et là des rudiments d'appareils reproducteurs.
D’autres espèces, comme les Sterigmatocystis lutea Baï- NIER, Slerigmatocystis alba BAINIER, Sterigmatocystis butyracea BAINIER, Sterigmatocystis ochracea BAINIER, peuvent être considérées comme des plantes mieux fixées. Le Sterigmatocystis lutea, soumis à l'agitation, agrège ses filaments en pelotons, le mycélium très ramifié se cloisonne en articles très courts, se gonfle, se bourre de globules gras ; il ressemble à ce moment au thalle en chapelet des Mucorinées. Puis ces cellules se déforment, émettent latéralement des bourgeons nombreux ; les articles se fractionnent par suite d’un début de dissociation des boules, nous revenons aux formes dématioïdes toutefois plus grossières. Les autres Stérigmalocystes précédemment cités sont aux Ascomycètes ce que les Phycomyces sont aux Mucorinées.
Nous n’insisterons pas ici sur ces espèces, les résultats de nos observations concordant avec ceux obtenus par Ray (1).
Nous signalerons toutefois, dans la deuxième partie de notre travail, quelques particularités d'ordre secondaire observées chez ces organismes.
Les levures rondes (levure isolée d’un dépôt de levure Springer), et les Cryptococcus (Cryptococcus salmoneus SAR-
(1) Ray (J.). Variations des champignons inférieurs sous l'influénce du milieu. Thèse doctorat ès sciences, 1897.
rory) cultivées en milieux liquides agités, s’allongent souvent en articles fusiformes, ou revêtent l'aspect de gros bacilles légèrement arrondis aux extrémités ; chose curieuse, sous l'influence des secousses répétées les cellules successives restent unies les unes aux autres et constituent un pseudomycélium nous avons toujours placé ces cultures à des températures ne permettant pas la formation du voile). La fermentation alcoolique est plus active, et pour le Cryptococeus Salmoneus, la production du pigment est accrue. Nous n’obtenons aucune de ces déformations dans les cultures laissées au repos.
Pour revenir à nos formes primitives, 1l suffit d’effectuer plusieurs repiquages (sur milieux liquides ou solides) ; de fusiformes qu'elles étaient, les levures deviennent ovales puis rondes.
L'Endomyces albicans VuILLEMIN ne produit en liquide agité que des formes-levures, et son pouvoir-ferment est supérieur à celui d’une culture fixe.
Pour que notre étude soit complète, il nous reste à signaler les modifications subies sous l'influence des secousses chez certains champignons inférieurs que l’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de classer d’une facon définitive, et que l’on a réuni provisoirement sous le nom de Mucédinées où Fungi imperfecti. Tels sont les Oidium, Acrostalagmus, Gueguenia, Gliocladium.
L'Oidium lactis FRESENIUS croît très activement en milieu agité ; le thalle se conerète en petites sphères mycéliennes, dont les éléments sont constitués par de longs filaments très ramifiés, cloisonnés, ne portant pas trace d'appareils conidiens. Au centre de ces sphères, nous remarquons quelques formes de souffrance analogues à celles que nous avons décrites dans un précédent travail sur cet organisme (1).
Le Gliocladium roseum Baxter forme aussi des sphé-
(1) Sarroryx (A.). Étude biologique et bibliographique de l'Oidium lactis FRes. (Bull. Soc, mycol., t. XXII, 1°° fasc., 1907.)
roïdes ; les filaments composant ces pelotons sont cloisonnés-ramifiés, et chacune des ramifications ne porte qu'une conidie, ce qui donne à la fructification un aspect d’Acremonium. D'autres fois, nous avons affaire à de véritables pinceaux stériles, où encore à une espèce de pédicelle cloisonné, très ramifié, dont les branches sont ou stériles ou terminées par une seule conidie. Ces formes rappellent les fructifications de début des Cephalosporium Acremontium CoRrpA.
Nous terminerons cet exposé par la description des formes observées chez le Gueguenia cæspitosa BAINIER, mucédinée appartenant à un genre nouveau, dédié à GUEGUEN.
De tous les champignons soumis à notre expérimentation, il est celui qui nous a donné les sphères mycéliennes les plus élégantes et aussi les plus volumineuse {certaines d’entre elles atteignent plus d’un centimètre de diamètre).
Ici encore le cloisonnement du mycélium est intense, les filaments très enchevêtrés présentent sur leur pourtour des accidents nombreux et certaines formes renflées ou en pinceaux présentent beaucoup d’analogies avec celles signalées pour les Penicillium, Sterigmatocystis et Aspergillus. Tous les filaments sontstériles et bourrés de petits globules de graisse.
De cet ensemble de faits exposés aussi brièvement que possible que devons-nous conclure? Nous avons, à dessein, insisté sur les OouvcÈres et les AscomYcëTEs parce que nous y voyions des similitudes dans le développement et la reproduction, mais est-ce à dire que ces deux familles doivent être réunies en une seule ?
En 1885, CuBont regardait certains Saccharomyces comme faisant partie du eycle de développement du Cladosporium herbarum. Rapprochant ce fait des résultats que nous avons obtenus, nous semblerions être autorisé à regarder certaines levures comme faisant partie du eyele de développement de certaines Mucorinées, et aussi certaines autres levures comme faisant partie du développe-
ment de certains Ascomycètes. Nous aurions, en appa rence, des raisons suffisantes d'affirmer que le Dematium pullulans est une forme particulière de Mucor et que ce même Dematium pullulans est susceptible de donner soit un Mucor, soit un Sterigmatocystis où un Aspergillus ?
Il est évident qu'HaLLiER et son école auraient tiré de ces faits des conclusions encore plus saisissantes.
Sans attacher une importance plus grande qu'il ne convient aux observations de Cugontr, faites vraisemblablement sur des cultures impures, et en ne retenant que les résultats obtenus par l'emploi de notre technique rigoureuse, nous formulerons des conclusions beaucoup moins hasardées.
Avec CosTANTIN, KLEBS, BACHMAN, MATRUCHOT, VUILLE- MIN, GUEGUEN, RAY, BEAUVERIE, nous admettrons qu'il n y a pas, aussi facilement qu'on l’a prétendu, transformation d'espèces les unes dans les autres sous nos yeux, mais qu'il y a variabilité dans les formes caractéristiques et multiplicité dans les appareils reproducteurs.
Chaque fois que l'expérimentateur soumet une Mucédinée quelconque à un agent physique ou chimique, cette moisissure pourra subir de profondes modifications, je dirai méme des transformations complètes ; et si l’on remplace dans son milieu primitif, et au repos, le champignon ainsi transforme, il revient peu à peu, au bout d'un temps plus ou moins long, à sa forme première. Le laps de temps nécessaire à cette réintégration est d'autant plus considérable que l'agitation a été maintenue plus longtemps.
Néanmoins il nous sera permis de signaler les analogies existant entre certains de ces organismes appartenant à des classes différentes, et nous verrons que certaines Mucorinées prennent des formes que nous relrouverons chez les Mucédinées.
Les analogies se poursuivront jusque dans la ressemblance des propriétés biochimiques.
BRereLp en 1892 et, après lui, BerLÈsE ont admis que /e Cladosporium herbarum, par suite de sa parenté avec le Dematium pullulans, est une forme de développement commune à plusieurs Ascomycètes. Nous partageons entièrement cette manière de voir et nous admettons même que le même aspect peut se retrouver chez beaucoup de Mucorinées. En effet, sauf chez quelques espèces bien fixées, il nous a été facile d'observer chez ces Oomycètes les formes dématioïdes les mieux caractérisées.
Déjà BEAUVERIE, en étudiant l’Aspergillus variabilis Gas- PERINI, Signalait des formes analogues, et émettait l’'hypothèse que les formes Oospora, Penicillium, Aspergillus, Sterigmatocystis sont des complications d'espèces issues du Dematium pullulans, forcées de s'adapter à une vie aérienne, tandis que ces Dematium, continuant de végéter dans l’intérieur d’un liquide, se seraient maintenus dans leur forme ou compliqués en Hormodendron, Cladosporium et genres voisins.
Cette hypothèse nous parait fort logique, mais ne pouvons-nous pas émettre l'avis que ce même Dematium pullulans est le type ancestral des Mucorinées, que cette espèce vivant au milieu de conditions nouvelles sans avoir pu constituer une force héréditaire suffisante pour maintenir ces caractères temporairement acquis, s’est transformée peu à peu et sous l'influence des phénomènes physiques et chimiques en Mucorinées, Sterigmatocystis, Aspergillus, Penicillium ?
Ce n’est là évidemment qu'une simple hypothèse qui est loin, croyons-nous, de trouver sa confirmation.
Comme le dit VurzLemix (1) dans ses remarquables Études biologiques sur les Champignons, « les cryptogames « inférieurs constituent dans le monde organisé un groupe « entièrement aberrant — mal armé dans la lutte pour « l'existence. Mais ne voyons-nous pas que ces organismes
(1) Vurzzemi (P.), Étude biologique sur les Champignons (Bull. Soc. des Se. Nancy, t. VIII, série nr. Tax. XX, 1886).
re
« sont doués d’une plasticité qui leur permet de vivre « dans les circonstances les plus diverses. À peine un -«< ensemble de circonstances fâcheuses met-il sa vie en « péril que déjà, véritable Protée, le champignon s'est « revêlu d’une armure nouvelle et brave ces menaces, « prêt à subir une nouvelle métamorphose dès que les « actions extérieures l’exigeront. » De là évidemment changements, transformations chez ces êtres. Y a-t-il lieu de s'étonner alors que, soumise à l'influence de l'agitation, la moisissure subisse des modifications dans sa structure et son développement ?
Il importe aujourd’hui au mycologue désireux de faire progresser la science de s'attacher de plus en plus aux recherches biologiques sur les champignons inférieurs, dans le but de déterminer sous quelles influences et dans quelle mesure peuvent varier les caractères morphologiques et les propriétés biochimiques.
En procédant méthodiquement à ces recherches expérimentales, on arrivera en mème temps à mieux différencier entre elles les formes véritablement distinctes, s'acheminant ainsi vers une conception plus nette et plus scientifique de l'espèce, restreignant le nombre des prétendues entités spécifiques qui tendent de plus en plus à encombrer la Science.